Le dédain des grandeurs.

Pour parler ici des habitudes de l'homme Napoléon, de ses préférences et de ses aversions, mais aussi de ses proches, des familiers, des contemporains, des militaires.
Pour aborder les habitudes, les grands évènements, le mode de vie...
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Le dédain des grandeurs.

Message par CC » 03 mars 2007 14:44

En 1807, on soumet à l'Empereur des modèles et dessins de monnaies avec cette légende: Napoleone protegge l'Italia. En marge du document descriptif, l'Empereur écrit de sa main: "Ce type n'est pas convenable, ce qu'on veut mettre en place de Dieu protège est indécent. » Ces mots partent bien de la même plume qui écrivait, en 1808, au ministre de la marine: "Je vous dispense de me comparer à Dieu. Il y a tant de singularité et d'irrespect pour moi dans cette phrase, que je veux croire que vous n'avez pas réfléchi à ce que vous écriviez.»
On peut, sans trop se hasarder, affirmer que son faible attachement aux prérogatives impériales fut une des causes directes de sa chute. Plus entiché des honneurs souverains, il aurait pu traiter de la paix et conserver un trône amoindri, il est vrai, mais encore très brillant. Il ne le voulut pas. Il mit sa dignité bien au-dessus de la vanité. A l'appui de cette assertion, voici le passage d'une note remise, au nom de Napoléon, par Caulaincourt, au congrès de Châtillon, en 1814 : « Sa Majesté ne tient pas aux grandeurs; elle n'en achètera jamais la conservation par l'avilissement." Dans une lettre ultérieure, au même ambassadeur, l'Empereur dit: « Vous parlez toujours des Bourbons; je préférerais voir les Bourbons en France, avec des conditions raisonnables, aux infâmes propositions que vous m'envoyez! »

Napoléon intime - Arthur-Levy - p399

Un peu plus loin, l'auteur dit que c'est parce que justement Napoléon était détaché des choses de ce monde que sur la route de Sainte-Hélène il se préoccupe de sa bibliothèque alors qu'un autre à sa place aurait été anéanti.

Etait-il très maître de lui ou détaché de ce monde à la manière qu'un religieux?
Je ne l'ai jamais imaginé si détaché que cela. :|

Par contre, un autre à sa place aurait sans doute voulu conserver le trône alors que lui refusait tout compromis.
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Message par CC » 03 mars 2007 19:01

http://www.napoleonprisonnier.com/napol ... eries.html

Pour découvrir également quelques exemples de flatteries des contemporains.

:fleur:
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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 03 mars 2007 21:34

CC a écrit :On peut, sans trop se hasarder, affirmer que son faible attachement aux prérogatives impériales fut une des causes directes de sa chute.
C'est vraiment du n'importe quoi.
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Message par CC » 04 mars 2007 2:03

Je ne sais pas. Oui, sans doute.
Mais je pense qu'il a voulu dire que si Napoléon avait mis le fait d'être empereur au-dessus de la dignité, il aurait signé la paix au lieu de continuer la guerre jusqu'au bout du possible.

L'Empereur d'Autriche a vu sa capitale et son palais occupés et n'a pas perdu son trône pour autant.

Le tsar de Russie a vu sa capitale occupée et incendiée et n'a pas perdu son trône.

Napoléon, lui, a tout vu s'effondrer.
Mais il n'a jamais voulu signer la paix. Il a toujours refusé d'accepter un compromis.

Peut-être parce qu'il mettait sa dignité au-dessus de son statut d'empereur?

C'est en tout cas ce que suggère Arthur-Levy.

Napoléon a toujours lié sa position à ses victoires. Avait-il raison?
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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 04 mars 2007 9:08

Tout à son adoration inconditionnelle de Napoléon, Arthur-Lévy ne veut rien comprendre et par un raisonnement absolument tordu, il veut faire passer pour admirable un des plus graves défauts de son héros : son incapacité profonde à obtenir une paix durable.

Napoléon aurait-il obtenu durablement la paix s'il avait comme le prévoyait le traité d'Amiens quitté la Hollande ? Il est impossible de répondre avec certitude à une telle question. Une chose est sûre cependant : son refus de le faire a été la cause principale de la reprise de la guerre avec l'Angleterre qui ne s'est terminée qu'avec la défaite de la France et sa chute.
Dans un tel contexte, affirmer qu'il "mit sa dignité bien au-dessus de la vanité" est parfaitement absurde.
CC a écrit :Le tsar de Russie a vu sa capitale occupée et incendiée et n'a pas perdu son trône.
Et pourquoi aurait-il dû perdre son trône ? Outre le fait que Moscou n'était plus à l'époque la capitale de la Russie, mais bien Saint-Petersbourg, la Campagne de Russie se solde par une défaite complète des envahisseurs. Alexandre a donc appliqué cette fois-là la stratégie de Napoléon : aucune concession pour obtenir la paix mais d'immenses sacrifices pour gagner la guerre.
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Joséphine
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Message par Joséphine » 05 mars 2007 18:55

Il aurait pu perdre son trône parce que Moscou était occupée. Nul ne pouvait encore prédire si Napoléon allait ou non s'installer là, nul ne pouvait savoir ce que ferait l'hiver.
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Message par TN » 06 mars 2007 8:06

Joséphine a écrit :... nul ne pouvait savoir ce que ferait l'hiver.

Pourtant Caulaincourt (le duc de Vicence), qui avait été ambassadeur auprès du Tsar, avait prévenu Napoléon de ce qu'était l'hiver russe. L'Empereur n'en tint pas ou peu compte ... on connait la suite.
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Message par CC » 06 mars 2007 16:48

L'hiver russe dépasse, je pense, ce qu'on peut imaginer.

D'autre part, Napoléon avait perdu cette capacité d'écoute qu'avait paraît-il le Premier Consul.

Il devait aussi être tellement sûr de lui et de son ascendant sur Alexandre qu'il ne pouvait imaginer que le tsar l'ignorerait superbement. :|
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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 06 mars 2007 17:56

Ce n'était de toute façon pas Alexandre qui dirigeait les opérations militaires, mais Koutousov. En cas de défaite, ce n'était donc pas le tsar qui aurait été le principal responsable.
A l'inverse, Napoléon cumulait les fonctions de responsable politique et de responsable militaire. Tant qu'il était victorieux, cela renforçait le pouvoir impérial, mais dès qu'il commença à perdre, son pouvoir fut ébranlé. Et ce d'autant plus qu'en 1814 comme en 1815, il s'est retrouvé seul à vouloir continuer la guerre alors que ses subordonnés voulaient négocier la paix. Le seul moyen d'y parvenir était donc de l'écarter du pouvoir. En ne tenant aucun compte de cet aspect fondamental, Arthur-Lévy s'égare dans des considérations dépourvues de sens sur son soi-disant "faible attachement aux prérogatives impériales" qui serait cause de sa chute.
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Message par CC » 06 mars 2007 18:05

Oui, mais il s'est quand même entêté alors qu'il aurait pu accepter la paix avant que les ennemis ne soient en France, avant d'en arriver à la fin du possible. :|

Il ne l'a pas fait.

Aurait-il pu rester empereur après la campagne de Russie?
Pourquoi avoir refusé tout compromis?
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Message par Frédéric Staps » 06 mars 2007 22:57

CC a écrit :Pourquoi avoir refusé tout compromis?
Sans doute parce que jusqu'au bout, il a cru qu'il pourrait renverser les choses en remportant de nouvelles victoires. La comparaison avec un joueur de poker a été faite plusieurs fois. Contrairement à ce que pensent certains, il ne s'agit pas de caricaturer le personnage, mais plutôt d'essayer de comprendre un comportement. Comme le joueur de poker qui n'arrive pas à s'arrêter tant qu'il n'a pas tout perdu parce qu'il est persuadé qu'il va pouvoir se refaire à la partie suivante, Napoléon n'a pas réussi à trouver le moment où il aurait dû faire la paix, moyennant un certain nombre de concessions. Même après Waterloo, il n'avait pas entièrement renoncer à croire qu'une victoire militaire pourrait provoquer un retournement de situation.
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Message par Surcouf35 » 07 mars 2007 11:39

Effectivement, je trouve la comparaison avec le joueur de poker assez proche du raisonnement de l'empereur...D'ailleurs on peut parfois s'etonner de ce que l'on pourrait nommer un "aveuglement" alternant avec de curieuses périodes de lucidité... La lecture de l'ouvrage "en traîneau avec l'empereur" de Caulaincourt est assez édifiante à cet égard...C'est à la fois un concentré de (faible) auto critique mais un manque total de prise en compte parfois de l'état de son armée...
D'ailleurs, pour en revenir au joueur de poker, le retour de l'Ile d'Elbe était un formidable coup contre le destin qui le fuyait...Jouer avec l'inéluctable, c'est assez proche du personnage...Sans vouloir faire de parallèle foireux, bien plus tard Hitler fut atteint un peu du même syndrôme...Non seulement il adorait jouer avec le destin mais certains détails parfois esthétiques n'étaient entérinés par lui que parce qu'il allaient contre une croyance ou un dogme établi (par exemple l'inversement pour l'emblême nazi de la svastika...)
La parole a été donnée à l'homme afin de masquer sa pensée et le regard afin de dissimuler ses paroles
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Joséphine
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Message par Joséphine » 07 mars 2007 18:24

Je n'aime pas ces comparaisons avec Hitler!
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Message par Surcouf35 » 08 mars 2007 11:16

Joséphine, je ne compare pas Napoléon avec Hitler, loin s'en faut....Même si une analyse des deux trajectoires est toujours interessante, ne serait-ce que pour y mettre en valeur les différences et quelques similitudes...Mais les deux hommes sont assez loin l'un de l'autre...
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Message par Surcouf35 » 08 mars 2007 11:27

Joséphine, faites donc un tableau avec deux colonnes et amusez vous à effectuer en détails les comparaisons qui vous irritent...C'est assez instructif, de l'envolée des "deux petits caporaux" aux chutes de Paris et de Berlin, en passant par le suicide d'Hitler et la tentative de Napoléon...La campagne de Russie etc etc...
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