La famille, le sexe, le mariage, les femmes...

Tout ce qui concerne la vie à l'époque de Napoléon
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Frédéric Staps
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La famille, le sexe, le mariage, les femmes...

Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 18:02

Napoléon, défenseur des valeurs familiales traditionnelles, n'a toutefois guère appliqué ces grands principes dans sa propre vie privée. Délaissant la trop provinciale Désirée Clary qui ne pouvait servir sa carrière, il choisit d'épouser l'ancienne maîtresse de Barras dont il peut difficilement ignorer la conduite "libérée", ce qui ne l'empêchera toutefois pas de s'en plaindre même si ce n'est pas cela qui justifiera le divorce ultérieur, mais le fait qu'elle n'est pas en mesure de lui donner un enfant de son sang et peut-être aussi qu'elle ne peut l'introduire dans la famille très fermée des souverains européens.
Une fois parvenu à un niveau de pouvoir et d'autorité qui lui en donne les moyens, Napoléon, qui a pourtant réintroduit dans la législation française des mesures assez sévères en matière d'adultère (touchant, il est vrai, essentiellement les femmes), ne se privera pas de multiplier en parallèle avec ses victoires militaires des conquêtes féminines.
A côté de cela, il tiendra également sur l'amour un discours assez contradictoire. Reconnaissant du bout des lèvres qu'il a peut-être pu être un peu amoureux de Joséphine (dont la relative indifférence à son égard n'a pas cessé de le torturer pendant toute la première campagne d'Italie), il va se construire une image d'un homme indifférent à la chose dont les femmes seraient tombées amoureuses sans que lui-même y attache une importance démesurée, ce qui évidemment est loin d'être le cas.
L'exemple de Marie Walewska le montre amplement. La jeune femme se rend à un relais où Napoléon doit passer pour lui adresser un compliment somme toute assez banal et plus patriotique que véritablement amoureux : "Soyez le bienvenu, mille fois le bienvenu sur notre terre..." Après cela, Napoléon n'a de cesse de la faire rechercher et une fois identifiée, il s'empresse de la faire inviter au bal, ce qu'elle n'ose faire, car elle est honteuse de l'audace qu'elle a eue. Si donc coup de foudre il y a eu, c'est plus chez l'empereur des Français qu'il faut le rechercher que chez la comtesse polonaise.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 30/07/2004 07:32
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Message par Marie Walewska » 12 juil. 2015 18:02

Marie Walewska avait idéalisé Napoléon depuis sa jeunesse. Elle possédait une reproduction du tableau "Napoléon au pont d'Arcoles" devant lequel elle a fait rêver ses quinze ans...

Lorsqu'il l'invita au fameux bal, la remerciant de son compliment, lui disant qu'il viendrait "chercher un merci de sa jolie bouche", la statue est tombée de son piédestal: Comment, ce héros romantique, dont elle rêvait comme Libérateur de sa patrie, n'était au fonds qu'un homme de chair et de sang? Elle était honteuse d'avoir déclenché chez lui un vil désir physique... Elle allait changer d'avis plus tard, et c'est justement ce Napoléon humain, de chair et de sang, qu'elle allait aimer du plus profond de son être. love.gif

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Marie Walewska le 30/07/2004 18:30
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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 18:03

Marie Walewska a écrit :Elle était honteuse d'avoir déclenché chez lui un vil désir physique...
L'idée est intéressante. C'est une interprétation personnelle ou vous vous basez sur un texte ?

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 30/07/2004 22:41
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Message par Marie Walewska » 12 juil. 2015 18:03

L'idée vient d'un livre - un roman en fait - intitulé "Trois femmes et un empereur" (ou quelque chose d'approchant...)

Comme les chapitres consacrés à Joséphine et à Marie-Louise comportent beaucoup de citations et de récits tirés des biographies "officielles" (notamment de "Joséphine" d'André Castelot, et de son "Napoléon" pour ce qui concerne Marie-Louise), j'en ai déduit - peut-être naïvement - que le chapitre consacré à Marie Walewska - écrit à la première personne - comportait des idées tirées de sa correspondance ou d'un Journal intime. Il reste que la comtesse s'est beaucoup fait prier avant d'accepter une rencontre en privé avec Napoléon, qu'elle s'est refusée à lui durant cette entrevue et qu'il a piqué une telle colère, écrasant sa montre en disant qu'il allait faire la même chose avec la Pologne, que la pauvre s'est évanouie... et qu'il aurait, selon toutes apparences, profité de la situation... Pas rancunière pour deux sous, elle a accepté ses remords et son amour, pour finir par tomber complètement sous le charme.

Mais au nom de la "rigueur historique" :wink: , il faudrait bien que je me tape une biographie "officielle" de Marie, un de ces jours...

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Marie Walewska le 02/08/2004 14:14
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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 18:03

Existe-t-il un livre qui aborde ce sujet en évitant les poncifs de la légende ?

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 02/08/2004 15:10
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Message par Marie Walewska » 12 juil. 2015 18:03

En fait, le roman dont je vous parle est plutôt "anti-légende"... Le livre portant sur les femmes de Napoléon et non sur lui-même, l'Empereur n'y est pas montré sous son meilleur jour. Ses colères, ses "mots" plutôt cruels à l'endroit de Joséphine ("Ne dirait-on pas qu'ici tout est prolifique excepté ma femme?) et sa jalousie maladive à l'endroit de Marie-Louise (pratiquement confinée dans un sérail à la mode orientale!) y sont d'ailleurs amplement soulignés.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Marie Walewska le 02/08/2004 15:36
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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 18:03

Qui est l'auteur de ce livre ?

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 02/08/2004 16:04
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Message par Marie Walewska » 12 juil. 2015 18:03

Je vérifie ça ce soir (j'ai 6 heures de décalage avec vous, n'oubliez pas! Je suis au boulot présentement) :oops:

Mais je peux d'ores et déjà vous assurer d'une chose: c'est une femme! :lol:

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Marie Walewska le 02/08/2004 17:16
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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 18:03

Il semblerait que l'auteur est Janine Boissard. Le roman daterait de 1989.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 02/08/2004 18:22
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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 18:03

19 Frimaire an VIII (16 Décembre 1799)
J'ai été à midi et demi chez Bonaparte, un aide de camp est venu de sa part me dire, dans le salon, de monter au déjeuner.
Volney y était; c'était le seul étranger.
Bonaparte a dit :
- Où diable a-t-on pris que je voulusse faire déporter les filles arrêtées au Palais-Royal en Egypte ?
Mme-Bonaparte - Le ministre de la Police m'a dit, ces jours passés, qu'elles étaient destinées pour l'Egypte.
Bonaprte. - C'est une horreur ! Diable, on ne déporte pas ainsi !
Moi. - Hier, Regnault m'a dit aussi que le ministre de la Police avait décidé leur déportation.
Bonaparte. - Et où a-t-il pris cela ? Citoyen Roederer, je vous prie de faire un bon article pour détruire ce bruit-là; mais un article bien détaillé, pas de deux lignes, afin que la chose reste... On peut bien vouloir réprimer la licence du Palais-Royal, mais on ne déporte pas ainsi.
Volney. - Ces demoiselles veulent être élarges...
Bonaparte. - Citoyen Volney (Riant.), ah ! c'est un peu fort ! Vous parlez là comme un vieux garçon ! Nos troupes n'ont pas besoin des filles de Paris en Egypte ; ils en ont et de belles ; ils ont de Circassiennes. (Le mamelouk qui était derrière Mme Bonaparte sourit.) Ah ! il m'entend bien. N'est-ce pas, tu m'entends ? (Riant.) N'est-ce pas, il y a des filles en Egypte ? (Il se retourne vers son mamelouk qui le servait.) N'est-ce pas, Roustan, il y a de belles sultanes en Egypte ? (Il se lève de table, répète sa question à Roustan, et ajoute : ) Tu entends le français à cette heure, n'est-ce pas ? (Il lui prend la tête dans ses deux mains, et la balance deux ou trois fois de droite à gauche.)
Extrait de Bonaparte me disait... : conversations notées par le comte P.-L. Roederer.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 23/08/2004 13:42
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L'adultère

Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 18:03

Les dispositions du Code Napoléon
Il n'y a guère que le discours légal, juridique, pour ne pas porter vraiment les traces des situations nouvelles : éternelle mineure, la femme est plus que jamais la "propriété" de son époux. Pour la loi, le trio adultérin ressemble en tous points à celui des siècles qui précèdent, à ceci près que l'adultère est une des trois seules causes de divorces reconnues par le Code Napoléon - divorce aboli en 1816. Sa configuration place toujours la femme coupable entre le mari et l'amant : l'équation inverse, deux femmes et un homme, ne constitue pas vraiment un délit; elle ne fait que prouver la bonne santé masculine. Le Code civil de 1804, élaboré par des hommes qui veulent revaloriser le mariage malmené par les lois révolutionnaires, réaffirme, encore plus nettement que par le passé, l'inégalité des situations, l'adultère féminin étant toujours considéré comme plus grave que l'adultère masculin pour la famille et pour la société : si les époux se doivent mutuellement fidélité (art. 212), l'homme n'est passible d'une condamnation que s'il a "tenu sa concubine dans la maison commune" (art. 230). Tenir, c'est-à-dire loger, entretenir au domicile conjugal; ailleurs, il a tout le loisir d'assouvir ses caprices, en somme, il n'est guère astreint qu'à la discrétion. Tout ce que lui demande la loi, note drôlement un contemporain qui écrit en 1849, Ernest Legouvé, c'est de "reconduire sa maîtresse chez elle après le couvre-feu".
L'adultère - jusqu'à sa "décriminalisation" en 1975 - est une infraction punie par le Code pénal rédigé en 1808 [?]. Mais, alors que la femme reconnue coupable risque de trois mois à deux ans de prison dans une maison de correction (art. 337) - en fait la moyenne des peines ne dépasse guère six mois -, le mari échappe aux sanctions : il risque seulement une amende de cent à deux mille francs. Le Code civil de 1804 le rétablit dans sa puissance d'antan et lui octroie encore d'autres droits : s'il a porté plainte contre sa femme, il peut à tout instant arrêter la procédure et revenir en arrière pour reprendre au bercail la brebis égarée, tandis qu'une épouse intentant une action contre son mari ne peut plus se rétracter. Par ailleurs, la recherche en paternité est strictement interdite (art. 320), le mari ayant le droit du pater familias sur tous les enfants mis au monde par sa femme. Dernière injustice, héritée des siècles précédents : "Le meurtre commis par l'époux sur l'épouse ainsi que sur le complice, à l'instant où il les surprend en flagrant délit dans la maison commune est excusable." Le mari justicier risque de un à trois ans de prison, quand il n'est pas acquitté, tandis que l'épouse, pour le même crime, est accusée d'homicide (art. 324). En dépit de la rigueur des lois et d'une jurisprudence qui ne laisse aucune issue aux femmes mal mariées, les esprits changent lentement. A la fin du XIXe siècle, la bourgeoisie recule devant la crinte du scandale et les procès concernent surtout les familles modestes. L'infraction d'adultère n'est plus guère invoquée par l'époux offensé que s'il cherche à se procurer une preuve facile pour obtenir une séparation de corps (ou un divorce, après 1884). Un constat du commissaire de police, dressé au vu du flagrant délit - ou au moins d'une cohabitation équivoque - établit la faute. Fort de cette violation, le conjoint offensé retrouve en partie sa liberté.
Sabine Melchior-Bonnet et Aude de Tocqueville, Histoire de l'adultére. La tentation extra-conjugale de l'Antiquité à nos jours, Editions de la Martinière, 1999, pp. 148-151.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 10/10/2004 07:52
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