Ce que c'est que Waterloo

Ici se joue l'avenir de l'Empire - c'est le quitte ou double.

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TN
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Ce que c'est que Waterloo

Message par TN » 03 janv. 2007 8:58

"L'homme avait été à la fois agrandi et amoindri par Napoléon. L'idéal, sous ce règne de la matière splendide, avait reçu le nom étrange d'idéologie. Grave imprudence d'un grand homme, tourner en dérision l'avenir. Les peuples cependant, cette chair à canon si amoureuse du canonnier, le cherchaient des yeux. Où est-il ? Que fait-il ? Napoléon est mort, disait un passant à un invalide de Marengo et de Waterloo. - Lui mort ! s'écria ce soldat, vous le connaissez bien ! Les imaginations défiaient cet homme terrassé. Le fond de l'Europe, après Waterloo, fut ténébreux. Quelque chose d'énorme resta longtemps vide par l'évanouissement de Napoléon.

Les rois se mirent dans ce vide. La vieille Europe en profita pour se reformer. Il y eut une Sainte-Alliance. Belle-Alliance, avait dit d'avance le champ fatal de Waterloo.

En présence et en face de cette antique Europe refaite, les linéaments d'une France nouvelle s''ébauchèrent. L'avenir, raillé par l'empereur, fit son entrée. Il avait sur le front cette étoile, Liberté. Les yeux ardents des jeunes générations se tournèrent vers llui. Chose singulière, on s'éprit en même temps de cet avenir, Liberté, et de ce passé, Napoléon. La défaite avait grandi le vaincu. Bonaparte tombé semblait plus haut que Napoléon debout. Ceux qui avait triomphé eurent peur. L'Angleterre le fit garder par Hudson Lowe et la France le fit guetter par Montchenu. Ses bras croisés devinrent l'inquiétude des trônes. Alexandre le nommait : mon insomnie. Cet effroi venait de la quantité de révolution qu'il avait en lui. C'est ce qui explique et excuse le libéralisme bonapartisme. Ce fantôme donnait le tremblement au vieux monde. Les rois régnèrent mal à leur aise, avec le rocher de Sainte-Hélène à l'horizon.

Pendant que Napoléon agonisait à Longwood, les soixante mille hommes tombés dans le champ de Waterloo pourrirent tranquillement, et quelque chose de leur paix se répandit dans le monde. Le congrès de Vienne en fit les traités de 1815, et l'Europe nomma cela la restauration.

Voilà ce que c'est que Waterloo.

Mais qu'importe à l'infini ? toute cette tempête, tout ce nuage, cette guerre, puis cette paix, toute cette ombre, ne troubla pas un moment la lueur de l'oeil immense devant lequel un puceron sautant d'un brin d'herbe à l'autre égale l'aigle volant de clocher en clocher aux tours de Notre-Dame.
"

Victor Hugo "Les misérables"

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CC
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Message par CC » 03 janv. 2007 19:38

http://www.napoleonprisonnier.com/chron ... html#apres

Bonaparte tombé semblait plus haut que Napoléon debout. Ceux qui avait triomphé eurent peur. (...)
Les rois régnèrent mal à leur aise, avec le rocher de Sainte-Hélène à l'horizon.


Quelle force quand même!

Quelle force également que de si bien écrire. Avec de tels textes, la légende ne pouvait qu'être bien servie!

Merci, Thinap.

:fleur:

TN
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Message par TN » 04 janv. 2007 8:30

Eh oui, Chantal : quelle force de si bien écrire. Comme tu le soulignes à juste raison, avec de tels textes, la légende ne pouvait qu'être bien servie, et Hugo n'est pas le dernier promoteur de l'Empereur, même s'il aurait pu lui tenir rigueur par rapport à son père.

Avec Victor Hugo on est rarement (voir jamais) déçu. Ce qui est paradoxal chez lui, c'est qu'il a porté aux nues l'oncle autant qu'il a voué aux gémonies le neveu.
Modifié en dernier par TN le 04 janv. 2007 10:07, modifié 1 fois.

nanesse
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Message par nanesse » 04 janv. 2007 9:32

il parlait bien de Napoléon Le Petit pour Napoléon III, c'est ça ?

TN
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Message par TN » 04 janv. 2007 10:06

Tout à fait, c'est bien de Napoléon III dont parlait Victor Hugo quand il pensait à Napoléon le petit.

Mais, je ne sais plus pourquoi ; peut-être à cause du coup d'état ...

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Joséphine
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Message par Joséphine » 08 mars 2007 18:32

Peut-être qu'il était physiquement petit?

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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 08 mars 2007 21:09

Ben non, il était plus grand que Napoléon "le Grand", son oncle.

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Joséphine
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Message par Joséphine » 11 mars 2007 10:29

Alors ce doit être un code. Vous connaissez le code, Pierre Desmarest?

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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 11 mars 2007 10:57

C'est tout simple. Victor Hugo a d'autant plus magnifié l'oncle qu'il voulait dénigrer le neveu.

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Joséphine
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Message par Joséphine » 12 mars 2007 21:14

Oh! Tout simplement! Merci pour l'explication!

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Message par Surcouf35 » 13 mars 2007 16:28

Cher Pierre Desmarest, je croyais que Napoléon était lui aussi court sur pattes, les jambes arquées, plutôt disgracieux à terre, mais qu'au contraire à cheval - et contrairement au tonton qui était un piètre cavalier - il avait une prestance tout à fait exceptionnelle, je me trompe ?
Ensuite notre ami Victor fut-il un opposant au régime ou à l'homme ? N'a t-il pas soutenu Louis Napoléon lorsque celui-ci brigua la présidence en 48 ?Merci de m'éclairer
La parole a été donnée à l'homme afin de masquer sa pensée et le regard afin de dissimuler ses paroles

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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 13 mars 2007 18:11

C'est en partie parce qu'il avait soutenu sa candidature lors de l'élection de 1848 que Victor Hugo se transforma en farouche opposant après le coup d'Etat du 2 décembre. Son exil était une forme d'expiation pour avoir contribué à l'avênement du Second Empire.

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général BERTRAND
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Message par général BERTRAND » 02 août 2007 1:37

Petite entorse au sujet pour vous montrer la plaque commémorative située dan sla cour de la mairie de Portoferraio rappelant le passage de Victor Hugo à l'île d'Elbe. Il était encore bien petit! (Photos 10 mai 2007)
Traduction d'ici peu.

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Joséphine
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Message par Joséphine » 03 août 2007 12:16

Hugo est étroitement lié à Waterloo. On connaît tous au moins ces premiers vers "Waterloo, morne plaine".

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