La Légende - divinisation

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Diana
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La Légende - divinisation

Message par Diana » 28 déc. 2006 13:46

La divinisation - les reliquaires

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Le premier signe de l'ignorance, c'est présumer que l'on sait.
(Baltasar Gracián 1601-1646)
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CC
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Message par CC » 28 déc. 2006 14:03

Napoléon avait dit de ne pas le comparer à un dieu (je ne me rappelle plus la phrase exacte).
Mais en réalité cela ne devait pas lui déplaire.

Qu'après sa mort on ait recueilli des "reliques", feuilles, herbes sur sa tombe, qu'on ait monté tout cela avec des croquis, mis dans des beaux cadres... ce n'est pas étonnant.

Est-ce diviniser pour autant?
Certains diront oui.
D'autres parleront de "souvenirs".

Ce sont en tout cas de bien beaux objets.
Un peu macabres, certes... mais pas vilains pour autant.

Merci Diana

:fleur:
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Joker
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Légende et transfiguration

Message par Joker » 28 déc. 2006 19:54

Par un curieux paradoxe, si du vivant de Napoléon, alors qu'il régnait, pamphlets et libelles s'étaient accumulés contre lui, à sa mort c'est une effervescence de manifestations à sa louange.

"Ce furent partout, écrit Las Cases, et de toutes parts, des compositions en prose et en vers, des peintures, des portraits, des tableaux, des lithographies et mille petits objets plus ou moins religieux, constatant bien plus que ne saurait le faire toute la prose des rois, l'étendue, la vivacité des sentiments qu'il laissait derrière lui."

L'idole est taillé, tout devient matière à entretenir son culte.
Dans les boutiques, ce ne sont que tabatières, bonbonnières à double fond à l'effigie de Napoléon, mouchoirs brodés de violettes, boîtes en forme de petit chapeau, manches de canne dessinant le profil impérial, statuettes représentant l'Empereur avec sa redingote.
L'image aussi joue son rôle, et Charlet, dira-t-on, achève l'éducation napoléonienne du peuple. Du haut en bas de l'échelle sociale, ses lithographies pénètrent dans les demeures et voisinent parfois avec celles du Christ ou de la Vierge.
Les humbles en font un dieu, les jeunes éprouvent la nostalgie d'une épopée qui offrait un aliment à leur enthousiasme; Alfred de Musset traduira cet état d'âme dans un page célèbre des "Confessions d'un enfant du siècle" : "Ils voyaient se retirer d'eux les vagues écumantes contre lesquelles ils avaient préparé leurs bras."
Et le Lucien Leeuwen de Stendhal constatait : "Je respecte Washington, mais il m'ennuie, tandis que le général Bonaparte, vainqueur au pont d'Arcole, me transporte bien autrement que les plus belles pages d'Homère et du Tasse."
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CC
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Message par CC » 03 janv. 2007 19:40

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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 04 janv. 2007 8:59

CC a écrit :Napoléon avait dit de ne pas le comparer à un dieu (je ne me rappelle plus la phrase exacte).
Il n'a cependant pas hésité à se comparer lui-même avec le Christ.
CC a écrit :Est-ce diviniser pour autant?
Certains diront oui.
D'autres parleront de "souvenirs".
Dans son livre sur les Cent-Jours (que je n'ai plus sous la main, l'ayant emprunté en bibliothèque :cry:), Dominique de Villepin citait un texte écrit pendant les Cent-Jours où Napoléon était explicitement désigné comme un dieu qu'il fallait adorer. On doit sans doute l'interpréter comme une allégorie. Il n'empêche, c'est bien d'une divinisation dont il s'agit, comme Louis XIV qui se faisait représenter en Apollon sur les peintures de Versailles.
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Joséphine
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Message par Joséphine » 17 janv. 2007 20:46

C'est normal que des personnes le prennent pour un dieu! Il a quand même fait des choses extraordinaires!
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Message par Joker » 17 janv. 2007 21:01

Joséphine a écrit :C'est normal que des personnes le prennent pour un dieu! Il a quand même fait des choses extraordinaires!
Su base de ce seul critère, on risque fort de se bousculer au Panthéon divin ! :diable:
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Message par Joséphine » 17 janv. 2007 22:23

Napoléon a fait de grandes choses! Il a construit des routes, des ponts, le code civil, il s'est occupé du bien être des personnes, il a bouleversé l'ordre établi. Ce ne sont pas des choses que fait le commun des mortels. Rassurez-vous, ils ne seront pas si nombreux, au panthéon!
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Message par Joker » 17 janv. 2007 22:37

Joséphine a écrit :Napoléon a fait de grandes choses! Il a construit des routes, des ponts, le code civil, il s'est occupé du bien être des personnes, il a bouleversé l'ordre établi. Ce ne sont pas des choses que fait le commun des mortels. Rassurez-vous, ils ne seront pas si nombreux, au panthéon!
On pourrait en dire autant de bon nombre de chefs d'Etat, dont certains n'ont pas conservé une excellente réputation pour autant.
Mais il est vrai que l'Empereur a su, mieux que quiconque, soigner son image de marque. :wink:
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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 17 janv. 2007 23:12

Joséphine a écrit :Il a construit des routes
Louis XV a probablement fait construire plus de routes que Napoléon. Il n'a pas été divinisé pour autant. Au contraire même. La postérité garde de lui une image plutôt négative.
Joséphine a écrit :le code civil
Encore et toujours le Code civil ! Tout le monde répète inlassablement que c'est une oeuvre extraordinaire, mais très peu de gens sont capables d'en dire davantage.
Joséphine a écrit :il s'est occupé du bien être des personnes
Je dois dire que je ne l'avais encore jamais entendue, celle-là. C'est dans le domaine militaire que Napoléon s'est incontestablement le plus illustré. Pouvez-vous m'expliquer en quoi cela a bien pu contribuer au bien-être des personnes ?
Joséphine a écrit :il a bouleversé l'ordre établi.
Il a plutôt rétabli l'ordre qu'il ne l'a bouleversé. :?
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Message par Joséphine » 17 janv. 2007 23:36

Je ne suis pas juriste, je ne peux vous en dire davantage sur le code civil, mais j'ai quand même lu que c'est lui qui l'avait mis en place, même s'il n'était pas tout seul à l'avoir rédigé.
C'est vrai que le domaine militaire est pour beaucoup dans la gloire et la renommée.
Quant aux personnes, il s'est occupé de détruire les privilèges des riches pour mieux répartir les avoirs. Et tout le monde pouvait arriver à quelque chose; les personnes ne se trouvaient plus confinées dans une classe définie par la naissance. C'est quand même un grand bouleversement, ça! C'est aussi en ça qu'il a bousculé l'ordre établi, même si lui aimait bien l'ordre. Il en a mis un nouveau en place. C'est aussi dans ce nouvel ordre que s'est formée la "noblesse d'Empire" que des royalistes refusaient de prendre en considération parce que les gens qui la composaient n'avaient pas de particule. Preuve aussi que l'ordre en question était bouleversé.
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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 17 janv. 2007 23:59

Joséphine a écrit :Je ne suis pas juriste, je ne peux vous en dire davantage sur le code civil, mais j'ai quand même lu que c'est lui qui l'avait mis en place, même s'il n'était pas tout seul à l'avoir rédigé.
Au risque de vous faire de la peine, je dois vous dire que Napoléon n'a pas rédigé le Code civil. Les rédacteurs du Code civil sont les membres de la commission que Napoléon a mise en place à savoir Tronchet, Bigot de Préameneu, Maleville et Portalis. En revanche, le Premier Consul a pris part à plusieurs séances du Conseil d'Etat où les articles du Code civil ont été discutés. Mais imaginer que Napoléon aurait rédigé lui-même le texte du Code civil relève de la légende.
Joséphine a écrit :C'est vrai que le domaine militaire est pour beaucoup dans la gloire et la renommée.
Sans la gloire militaire, à peu près personne ne s'intéresserait à Napoléon.
Joséphine a écrit :Quant aux personnes, il s'est occupé de détruire les privilèges des riches pour mieux répartir les avoirs.
Pure légende.
Joséphine a écrit :Et tout le monde pouvait arriver à quelque chose; les personnes ne se trouvaient plus confinées dans une classe définie par la naissance. C'est quand même un grand bouleversement, ça!
Ce sont les principes (théoriques) de la Révolution française, ça, pas l'oeuvre de Napoléon.
Joséphine a écrit :C'est aussi en ça qu'il a bousculé l'ordre établi, même si lui aimait bien l'ordre. Il en a mis un nouveau en place. C'est aussi dans ce nouvel ordre que s'est formée la "noblesse d'Empire" que des royalistes refusaient de prendre en considération parce que les gens qui la composaient n'avaient pas de particule. Preuve aussi que l'ordre en question était bouleversé.
Napoléon a effectivement essayé de mettre en place une nouvelle noblesse. Mais le remplacement d'une élite par une autre n'est pas en soi un complet bouleversement des choses. Cela s'est fait de tout temps. A ce compte-là, Clovis, Charlemagne et Hugues Capet seraient des "révolutionnaires" puisqu'ils ont confisqué comme Napoléon le pouvoir à leur profit et établi une nouvelle dynastie en mettant en place de nouvelles élites.
En voulant instituer une "noblesse d'Empire" et créer une nouvelle dynastie, Napoléon s'est montré incapable de penser le pouvoir d'une autre manière que celle qui prévalait sous l'Ancien Régime. Aveuglé par la soif du pouvoir, il n'a pas su se retirer après avoir accompli son oeuvre comme Cincinnatus ou George Washington.
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Message par Joséphine » 18 janv. 2007 23:58

Desmarest, ça ne me fait pas de la peine, je me doute bien que Napoléon n'a pas écrit lui-même; il avait des secrétaires pour le faire. Mais il a quand même dicté et les juristes ont mis ça en langage adéquat.
Napoléon n'a pas aboli les privilèges?
Et les principes de la révolution, il a quand même permis qu'ils survivent.
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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 19 janv. 2007 8:53

Joséphine a écrit :Desmarest, ça ne me fait pas de la peine, je me doute bien que Napoléon n'a pas écrit lui-même; il avait des secrétaires pour le faire. Mais il a quand même dicté et les juristes ont mis ça en langage adéquat.
On connaît la manière dont le Code civil a été rédigé. C'est l'oeuvre des quatre membres de la commission dont j'ai cité les noms plus haut. Napoléon a participé aux séances du Conseil d'Etat où les avant-projets du Code civil étaient examinés. Mais jamais il n'a dicté ce texte que des juristes auraient simplement mis en forme.
Joséphine a écrit :Napoléon n'a pas aboli les privilèges?
Non, les privilèges ont été abolis la nuit du 4 août 1789. A cette date, Napoléon n'était qu'un obscur officier d'artillerie en régiment à Auxonne.
Joséphine a écrit :Et les principes de la révolution, il a quand même permis qu'ils survivent.
Surtout quand ça servait ses intérêts. En posant notamment comme principe que la vente des biens nationaux ne pouvait être remise en question, il s'est assuré le soutien (au moins temporaire) des acquéreurs de biens nationaux, c'est-à-dire une part importante de la bourgeoisie et des agriculteurs nantis. En revanche, quand il ne voyait pas quel pouvait être son intérêt de maintenir certains principes de la Révolution, il n'a pas hésité à revenir aux principes de l'Ancien Régime, ainsi en fut-il pour l'abolition de l'esclavage, le droit pénal, la noblesse, la monarchie, l'enfermement arbitraire, le statut de la femme...
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Léon
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Message par Léon » 19 janv. 2007 14:48

Vous savez, Joséphine, Pierre a souvent réponse à tout. Je pense que cela tient au fait qu'il pense que ce qu'il défend est juste et puis cela l'amuse énormément aussi, j'en suis certain.
Pour mémoire, Napoléon prit part à plus de la moitié des séances à l'origine de Code civil. Il en inspira l'esprit et... la rédaction.
Pour ce qui est des femmes, la Révolution, ayant congédié sans façons Olympe de Gouges, n'a pas su prendre conscience de l'importance des femmes à part égale avec les hommes. Napoléon s'inscrit dans cet état d'esprit propre à l'époque. Le Code fut modifié en conséquence, plus tard, très tard il est vrai :roll: .
Pour l'esclavage, lisez donc ou relisez l'excellent ouvrage de Thierry Lentz et Pierre Branda. En 1815, l'Empereur abolissait la traite, premier pas pour l'abolition tout court. En 1802, il n'a pas rétabli l'esclavage "comme cela", mais sous la pression de circonstances qu'il n'a pas su maîtriser. Cela ne l'excuse pas, mais explique la chose en la ramenant à son contexte...
Pour ce que Joséphine dit de l'abolition des privilèges, rien à rajouter... On ne peut tout de même pas tout approuver dans la Révolution, qui institua la propriété privée "sacrée" ! Il faut bien être conscient que depuis la mort de Robespierre, la Révolution devenait la révolution... Tout pour les bourgeois, en somme.
La royauté n'a pas créé ce fameux Code qui avait le mérite d'unifier le droit sur l'ensemble du territoire, permettant plus facilement l'application des fameux principes d'égalité de la Révolution. Ni les lycées, ni le baccalauréat, ni l'agrégation (1808), ni la vaccine obligatoire, ni l'ébauche de Sécurité sociale à Liège, pour les mineurs de fond, en 1813, immédiatement stoppée dans son élan par les tragiques défaites militaires que nous connaissons.
Il est même tout à fait probable que si l'Empire avait duré, nous n'aurions pas connu les deux guerres mondiales, tant le paysage géopolitique européen s'en serait trouvé transformé. Seulement il aurait fallu que "ça dourre", comme disait sa mère.
Pour les réformes sociales, à proprement parler, alors, il y avait Napoléon III... Vaste programme...

A bientôt, pour de passionnants débats :wink:

Léon
Tout est problème dans la vie, ce n'est que par le connu que l'on peut arriver à l'inconnu.

Napoléon
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