Les pestiférés de Jaffa

Relations internationales, politique intérieure, mode de gouvernement, guerres, négociations, autant d''aspects qui constituent la politique à l'époque
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Frédéric Staps
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Les pestiférés de Jaffa

Message par Frédéric Staps » 05 août 2019 11:13

Extrait du livre de Laure Murat et Nicolas Weill, L'expédition d'Egypte. Le rêve oriental de Bonaparte, 1998.
La retraite de Syrie
C'est la retraite. Elle sera pénible, préfigurant par son caractère catastrophique, à en croire certains historiens, celle de Russie. A ceci près que Djezzar, claquemuré dans Acre, se refuse à poursuivre les Français qui longent la côte et ravagent le pays avant de regagner l'Egypte. L'arrière-gard a ainsi ordre de pratiquer une politique de la terre brûlée, et on ne compte plus les villes et les villages incendiés au passage des troupes, souvent harcelées par les habitants. Et que faire des soldats hospitalisés ? Un épisode suffit à restituer l'horreur du sort réservé aux hommes non valides. Il a trait à l'évacuation de Jaffa et a été relaté par le Dr Desgenettes dans son Histoire médicale (1802). Au moment de quitter Jaffa, le 28 avril, le médecin chef raconte qu'il est convoqué par Bonaparte en présence de Berthier : "Après un court préambule sur notre situation sanitaire il me dit : à votre place je terminerais à la fois les souffrances de nos pestiférés, et je ferais cesser les dangers dont ils nous menacent, en leur donnant de l'opium. Je répondis simplement : Mon devoir à moi, c'est de conserver". Le pharmacien chef, Claude Royer, n'hésite pas, lui, à administrer une dose mortelle d'opium à quelques dizaines de soldats, geste que la propagande britannique aura beau jeu d'exploiter, et de grossir.
J'ai essayé de retrouver le passage mentionné dans l'Histoire médicale de l'armée d'Orient disponible sur Gallica, mais sans succès.

Ce passage n'est pourtant pas une invention puisqu'on en trouve également mention dans un article sur le site de la Fondation Napoléon :
Une autre scène va immortaliser le nom de Desgenettes. Elle se situe le 28 avril 1798. Ce jour-là, le général Bonaparte se voit dans l'obligation, après un 3e assaut infructueux, de lever le siège de la forteresse de Saint-Jean d'Acre. Après avoir pris ses dispositions afin de permettre à l'armée de se retirer en bon ordre, il demande au personnel du Service de Santé d'évacuer les blessés et les malades. Parmi ceux-ci on comptait un certain nombre de pestiférés en très mauvais état. Les abandonner aux Turcs, c'était les condamner aux pires supplices, les emmener c'était courir le risque de contaminer les éléments sains de l'armée. C'est alors que Bonaparte, en présence du général Berthier, son chef d'état-major, va demander à Desgenettes de mettre fin à leurs souffrances en leur administrant une forte dose d'opium.
La réponse du médecin ne se fait pas attendre. << Mon devoir à moi, réplique-t-il, avec hauteur, c'est de les conserver>>.
Devant une aussi ferme résolution, le général en chef est obligé de s'incliner et, grâce à cette intervention courageuse, les mourants seront transportés jusqu'à Jaffa. Quelques jours plus tard, contraint à abandonner la ville sous la pression de l'ennemi, Bonaparte va se poser à nouveau la question de leur évacuation ou de leur élimination. Renonçant à s'adresser à Desgenettes dont il connaît par avance la réponse, il obtiendra du pharmacien en chef de l'expédition, Claude Royer, la quantité de laudanum suffisante pour hâter la fin de quelques malheureux.

A la suite de cette triste affaire, une certaine tension s'établit entre le général en chef et le médecin, tension qui allait se manifester à nouveau certain jour où, après le retour de l'armée au Caire, Bonaparte devait déclarer devant les membres de l'Institut d'Égypte que << la chimie était la cuisine des médecins>>. A ces paroles, Desgenettes monte sur ses grands chevaux et interroge: << Comment définissez-vous la cuisine des conquérants>>?.
Sans répondre, Bonaparte hausse les épaules et lui tourne le dos.
« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? »
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Mégapoléon
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Re: Une disparition inquiétante....

Message par Mégapoléon » 05 août 2019 19:42

Ben oui le Général Bonaparte... je peux pas dire l'Empereur il l'était pas encore... avait pas envie de voir souffrir inutilement ses gars.. Il avait pas envie non plus que d'autres tombent malade à cause d'eux... Alors qu'est-ce qu'il pouvait faire d'autre? Les isoler et les laisser crever à petit feu? Vous trouvez vraiment que c'est mieux? Moi je trouve pas. Si on a pas les moyens de soigner les gens autant abréger leurs souffrances... On fait ça avec les chevaux. Pourquoi on pourrait pas le faire avec les hommes? ça choque les bien-pensants évidemment... mais est-ce qui ont une meilleure solution? Alors s'ils ont rien de mieux à proposer qu'ils ferment leur gueule. Desgenettes je peux comprendre qu'il avait pas envie de le faire, à sa place j'aurais pas eu non plus envie de le faire car si j'étais médecin j'aurais envie que les gens guérissent et pas de les achever... C'est peut-être pour ça que j'ai pas fait médecine car à la fin on voit mourir tous ses patients sauf si on meurt avant eux.

Tout hussard qui n'est pas mort à 30 ans est un jean-foutre.
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