Napoléon, mon aïeul, cet inconnu...

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Frédéric Staps
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Napoléon, mon aïeul, cet inconnu...

Message par Frédéric Staps » 28 nov. 2011 20:50

N'est pas historien qui veut...

Page 68 du livre, Charles Napoléon écrit :
A dix-huit ans, il [Charles Bonaparte] épouse Letizia Ramolino qui en a quatorze ou quinze, âges normaux en ce temps-là.
Ce qui est tout-à-fait inexact. A partir de l'analyse des registres paroissiaux, les historiens démographes ont au contraire constaté qu'au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, la moyenne de l'âge au mariage s'élevait et se situait autour de 26-30 ans et non autour de 15 ans comme certains l'avaient parfois écrit en se basant uniquement sur l'étude des textes littéraires (Romeo et Juliette, notamment).

Autre affirmation surprenante, page 75 :
Elle [Letizia] n'est pas catholique pratiquante, Charles pas davantage porté sur la religion et le couple n'est pas marié à l'église.
A l'époque, "pas marié à l'église", ça veut dire "pas marié du tout". Il n'y a pas d'autre mariage que le mariage à l'église. Pour affirmer cette chose, l'auteur se réfère-t-il au même livre de cette Anglaise dont s'était inspiré Caratini pour affirmer que Napoléon était un bâtard et qui s'appuyait sur une interprétation fantaisiste de termes latins mal traduits ?
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CC
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Message par CC » 28 nov. 2011 21:01

La preuve, s'il en fallait encore une, que le nom ne fait pas tout.

Encore!
:fou:
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Message par Luc Meaux » 29 nov. 2011 14:51

Imaginez que l'on accuse le père de l'empereur d'un détournement de mineur en plus du fait qu'il soit un courreur de jupons notoire... :lol:
Espion, Lève-toi!
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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 29 nov. 2011 19:03

CC a écrit :La preuve, s'il en fallait encore une, que le nom ne fait pas tout.

Encore!
:fou:
Le livre de Charles Napoléon n'est pas ce qu'il y a de pire dans le genre. La préface est même assez plaisante puisqu'elle présente avec une certaine ironie les conséquences et les petites absurdités d'être l'héritier d'une dynastie qui n'a aucune chance de remonter un jour sur le trône.
En revanche, le livre lui-même, du moins ce que j'en ai lu jusqu'à présent, se révèle d'un intérêt limité. Les deux premiers chapitres sont ainsi consacrés à des aspects tout à fait anecdotiques (comme par exemple le fait que Napoléon se rasait à l'envers ou qu'il salissait régulièrement son pantalon avec de la suie parce qu'il avait l'habitude de donner des coups de pied dans les bûches qui flambaient dans les cheminées des Tuileries). Quant aux chapitres sur l'enfance que je suis actuellement occupé à lire, les erreurs qu'on y relève mettent en évidence que Charles Napoléon n'a pas dû lire grand-chose sur l'époque en dehors de ce qui concerne directement son prestigieux aïeul. Or écrire la vie d'un personnage sans s'être vraiment renseigné sur l'époque dans laquelle il vit n'est pas une bonne approche.
Luc Meaux a écrit :Imaginez que l'on accuse le père de l'empereur d'un détournement de mineur en plus du fait qu'il soit un courreur de jupons notoire... :lol:
Le droit canonique autorisait le mariage à partir de 12 ans pour les filles et à partir de 14 ans pour les garçons. Il était toutefois possible d'obtenir des dispenses, c'est ce qui permet par exemple de marier Charles le Téméraire à Catherine de France dès l'âge de 7 ans. De tels mariages restent toutefois exceptionnels et au 18e siècle, comme je l'ai déjà écrit, l'âge moyen au mariage est supérieur à 25 ans. Il y a peut-être toutefois des différences régionales. Mais il est inexact de dire qu'un mariage à quatorze ou quinze ans serait un "âge normal" au 18e siècle, même si c'est un âge où le mariage est autorisé. Quant au soupçon de pédophilie (pudiquement rebaptisé "détournement de mineur"), il est clair que ce n'était pas du tout une préoccupation de l'époque, Louis XV n'hésitant pas à faire peindre Marie-Louise O'Murphy, sa maîtresse âgée de 14 ans.

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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 30 nov. 2011 20:30

Napoléon était-il un sale gamin ?
Charles Napoléon p. 86 a écrit :Dès sa petite enfance, il se mettait en colère et les gens lui cédaient. Il a vite appris à utiliser la violence comme un moyen d'action, la menace verbale d'abord et les coups s'il le faut. Bien que petit et fluet, il n'a jamais peur de se battre.
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Dominique T.
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Message par Dominique T. » 01 déc. 2011 14:58

Si vous aviez vu le Napoléon de Toone, vous auriez vu que c'était le cas ! :D :fou:
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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 18 déc. 2011 18:45

CC a écrit :Encore!
J'ai donc continué ma lecture (je n'ai pas encore terminé). Mais l'impression première se confirme : rien de vraiment nouveau dans ce livre malgré son titre et une approche pas très rigoureuse.
On trouve notamment un certain nombre d'inexactitudes. En voici quelques-unes :
  • Pichegru qui se serait pendu alors qu'il est mort étranglé par sa cravate. Cela peut paraître anecdotique, mais comme les doutes à propos du suicide viennent essentiellement de la méthode inhabituelle utilisée, ce n'est pas totalement sans importance ;
  • Carnot qui mourrait "en exil après avoir voté contre l'empire" alors qu'il a été ministre de l'Intérieur pendant les Cent-jours ;
  • Moreau, soi-disant "gracié" parce qu'il était impossible de le fusiller, alors qu'en réalité, il avait été dans un premier temps acquitté par le tribunal et puis ensuite condamné à une peine de "voleur de mouchoirs" (deux ans de prison) suite aux pressions de Napoléon sur le tribunal pour obtenir une lourde condamnation
On relève également certains oublis :
  • Aucune mention du soulèvement tyrolien, évidemment ;
  • Silence presque complet également sur l'Espagne ;
  • Dans le chapitre consacré à la première campagne d'Italie, la correspondance de Napoléon avec Joséphine prend presque autant de place que le reste et la disparition de la République de Venise abandonnée aux Autrichiens n'est même pas mentionnée (pas plus d'ailleurs que la répression menée contre la population civile qui résistait aux Français) ;
  • Aucune mention de la question hollandaise lors de la rupture de la paix d'Amiens.
En ce qui concerne le rétablissement de l'esclavage ou les massacres de Jaffa, on peut reconnaître à Charles Napoléon le mérite de ne pas essayer de trouver de mauvaises justifications pour ces actes, mais il ne peut s'empêcher de dire pour les seconds que "ça lui ressemble peu", ce qui fait qu'on peut considérer ce livre comme une hagiographie modernisée.
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Message par Admirateur-du-XXIe » 18 déc. 2011 19:26

Pierre Desmarest a écrit :
CC a écrit :Encore!
J'ai donc continué ma lecture (je n'ai pas encore terminé). Mais l'impression première se confirme : rien de vraiment nouveau dans ce livre malgré son titre et une approche pas très rigoureuse.
On trouve notamment un certain nombre d'inexactitudes. En voici quelques-unes :
  • Pichegru qui se serait pendu alors qu'il est mort étranglé par sa cravate. Cela peut paraître anecdotique, mais comme les doutes à propos du suicide viennent essentiellement de la méthode inhabituelle utilisée, ce n'est pas totalement sans importance ;

    oui il est mort, c'est sans importance :humour:
  • Carnot qui mourrait "en exil après avoir voté contre l'empire" alors qu'il a été ministre de l'Intérieur pendant les Cent-jours ;

    Il est cependant bien vrai qu'il avait voté contre l'Empire
  • Moreau, soi-disant "gracié" parce qu'il était impossible de le fusiller, alors qu'en réalité, il avait été dans un premier temps acquitté par le tribunal et puis ensuite condamné à une peine de "voleur de mouchoirs" (deux ans de prison) suite aux pressions de Napoléon sur le tribunal pour obtenir une lourde condamnation
Là, je ne suis pas d'accord. Napoléon a en fait même grâcié Moreau des 2 ans de prisons pour que l'armée du Rhin l'aime (rappelons qu'elle idolâtre Moreau). Il se l'a serait aliénée si condamnation à mort, c'est pourquoi il ne l'a pas fait, peut-être même en reconnaissance de sa valeur militaire qui sait ?

On relève également certains oublis :
  • Aucune mention du soulèvement tyrolien, évidemment ;
  • Silence presque complet également sur l'Espagne ;
  • Dans le chapitre consacré à la première campagne d'Italie, la correspondance de Napoléon avec Joséphine prend presque autant de place que le reste et la disparition de la République de Venise abandonnée aux Autrichiens n'est même pas mentionnée (pas plus d'ailleurs que la répression menée contre la population civile qui résistait aux Français) ;
  • Aucune mention de la question hollandaise lors de la rupture de la paix d'Amiens.
En ce qui concerne le rétablissement de l'esclavage ou les massacres de Jaffa, on peut reconnaître à Charles Napoléon le mérite de ne pas essayer de trouver de mauvaises justifications pour ces actes, mais il ne peut s'empêcher de dire pour les seconds que "ça lui ressemble peu", ce qui fait qu'on peut considérer ce livre comme une hagiographie modernisée.
Il manque aussi la campagne de France, les circonstances troublantes de Waterloo etc... Mais mais bien cher Pierre, je rends hommage à votre célérité mais c'est un livre commercial, qui eut repéré ça ? En tout cas je suis d'accord avec vous. Mais je pense que vous devriez écrire à C.N de la part du forum, ou même l'inviter ici même.
Que vive la mémoire et la gloire de l'Empereur !!!
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