Les idées d'un jeune lieutenant

Pour parler ici des habitudes de l'homme Napoléon, de ses préférences et de ses aversions, mais aussi de ses proches, des familiers, des contemporains, des militaires.
Pour aborder les habitudes, les grands évènements, le mode de vie...
Pour poser vos questions sur la période du Premier Empire.

Les idées d'un jeune lieutenant

Message par Frédéric Staps » 07 Déc 2018 18:43

Celui qui ne désire de parvenir qu'impulsé par le pur sentiment de contribuer à la félicité publique est l'homme vertueux qui se sent du courage, de la fermeté, des talents. Il maîtrisera l'ambition au lieu d'en être maîtrisé et, dès lors, il pourra jouir du sentiment et de la raison: il jouit toujours de la liberté morale.

Mais l'ambition, ce désir immodéré de contenter l'orgueil ou l'intempérance, qui n'est jamais satisfait, qui mène Alexandre de Thèbes en Perse, du Granique à Issus, d'Issus à Arbelle, de là dans l'Inde; l'ambition qui lui fait conquérir et ravager le monde pour ne pas la satisfaire; le même feu l'embrase; dans son délire, il ne sait plus quel cours lui donner; il s'agite, il s'égare... Alexandre se croit un Dieu; il se croit fils de Jupiter, il veut le faire croire aux autres. L'ambition qui conduit le négociant à la fortune, de là au Contrôle général sans le contenter par la première place des finances; l'ambition qui mena Cromwell, comme il menait l'Angleterre, mais pour le tourmenter par tous les poignards des furies; l'ambition qui renverse les Etats, les fortunes particulières, qui se nourrit de sang et de crimes; l'ambition qui inspira Charles-Quint, Philippe II, Louis XIV, est, comme toutes les passions désordonnées, un délire violent et irréfléchi qui ne cesse qu'avec la vie : comme un incendie, favorisé par la bise impitoyable, ne finit qu'après avoir tout consumé. Richelieu, né dans la médiocrité, arrive, après des fatigues et des tourments infinis, à être roi sous le nom de ministre. Il va jouir sans doute de son élévation, il vivra tranquille. Que lui reste-t-il à désirer?... Mais il n'est pas cardinal! Il obtient le chapeau; mais il est dans le royaume un Corneille! Il devient poète et ses flatteurs, comme l'on s'en doute, le placent au premier rang. Pour le coup, que peut-il convoiter?... La même folie qui altéra la cervelle d'Alexandre, produite par la même cause, s'empare de Richelieu. Il veut être un autre Bacchus, il veut être cru saint: il meurt dans cette espérance et son dernier soupir est un acte d'imposture, mais qu'il se flatte devoir le conduire à son but.
En paraphrasant Clemenceau, on pourrait dire que l'histoire militaire n'est pas de l'histoire.
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Re: Les idées d'un jeune lieutenant

Message par Cipriani Franceschi » 08 Déc 2018 12:42

où avez-vous puisé ce texte ? d'écrits de jeunesse de Napoléon ;)

en tout cas, on voit bien que l'ambition et ses excès, qu'il reproche à Alexandre et Richelieu, ne s'applique pas au futur Empereur qui lui n'est mue que par le "noble sentiment de contribuer à la félicité publique" :D
La nature l’avait doué de toutes les qualités nécessaires à un ministre de la Police (Comte Charles-Tristan de Montholon)
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Re: Les idées d'un jeune lieutenant

Message par Frédéric Staps » 08 Déc 2018 13:18

Cipriani Franceschi a écrit :où avez-vous puisé ce texte ? d'écrits de jeunesse de Napoléon ;)

C'est un extrait du texte "Discours sur les vérités et sentiments qu’il importe le plus d’inculquer aux hommes pour leur bonheur" que le jeune lieutenant Buonaparte avait écrit pour participer au concours annuel de l'Académie de Lyon en 1791.
Cipriani Franceschi a écrit :en tout cas, on voit bien que l'ambition et ses excès, qu'il reproche à Alexandre et Richelieu, ne s'applique pas au futur Empereur qui lui n'est mue que par le "noble sentiment de contribuer à la félicité publique" :D

C'est une manière de voir les choses. Mais on peut aussi se dire qu'une fois parvenus au pouvoir, bien des hommes mettent de côté les nobles idéaux qu'ils avaient développés dans leur jeunesse, car ils s'avèrent incapables de les mettre en pratique ou parce qu'ils n'avaient développé de telles idées que pour se conformer à une mode passagère.
En paraphrasant Clemenceau, on pourrait dire que l'histoire militaire n'est pas de l'histoire.
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