Relations internationales, politique intérieure, mode de gouvernement, guerres, négociations, autant d''aspects qui constituent la politique à l'époque
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Frédéric Staps
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Napoléon et la paix

Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 10:45

L'histoire que "Napoléon a toujours voulu la paix" est en grande partie une légende. Sans la guerre, Napoléon n'aurait jamais existé et il a toujours utilisé la guerre comme instrument politique. Si l'on veut aujourd'hui accréditer cette légende, c'est simplement parce que, de nos jours, il est un peu passé de mode d'admirer les grands guerriers, mais c'est quand même bien la volonté, l'ambition et la force de cet homme qui font que certains l'admirent. Il suffit de lire Stendhal (Le rouge et le noir) et Dostoïevski (Crimes et châtiments) pour s'en rappeler.

1° Napoléon était un militaire.
On sait bien que tous les militaires se considèrent comme de grands pacifistes mais qu'ils justifient leur utilité par l'adage latin : " Qui vis pacem, para bellum " (1). Or ce que l'on peut constater, c'est que généralement ceux qui ont bien préparé la guerre finissent généralement par la faire et que la paix sort rarement de leurs victoires sinon peut-être celle qu'illustre l'autre adage latin " Ubi solitudinem faciant, pacem appelant " (2). Par ailleurs, ce sont les victoires militaires qui ont permis à Napoléon d'arriver là où il est arrivé. Sans la guerre, il serait resté un simple officier d'artillerie.
2° Napoléon ne négociait pas, il imposait ses conditions.
Dans la plupart de ses campagnes militaires, on constate la même volonté de créer par ses victoires une situation où il ne doit pas négocier, mais où il peut dicter les conditions de la paix. Cela faisait en fait partie de sa stratégie : vaincre rapidement l'ennemi par l'effet de surprise et puis obtenir la paix qu'il souhaitait. En général, ça lui a plutôt bien réussi (seconde campagne d'Italie, campagne d'Austerlitz, campagne de Prusse, campagne de 1809). Toutefois, quand la Grande Armée a commencé à s'engluer dans la guerre d'Espagne et que Napoléon a dû recourir à d'autres troupes (étrangères pour la campagne de Russie ou composées de très jeunes soldats inexpérimentés pour la campagne de France et Waterloo), ça n'a plus fonctionné aussi bien. Mais en 1813, Napoléon, croyant pouvoir encore renouveler sa stratégie, s'est plus ou moins dérobé aux négociations qui lui auraient peut-être permis d'éviter moyennant de sérieuses concessions territoriales l'invasion de la France et la perte de son trône.
3° Loin de chercher à créer les conditions d'une paix durable, Napoléon humiliait les vaincus.
L'exemple le plus manifeste est la manière dont Napoléon a traité le roi de Prusse au terme de la campagne de 1806 en refusant toute négociation avant d'avoir obtenu une victoire totale, en imposant le paiement d'indemnités exorbitantes et en amputant la Prusse d'une grande partie de son territoire pour les intégrer dans des Etats vassaux. Les répercussions de ces humiliations qui visaient peut-être plus encore la reine que le roi ne se sont d'ailleurs pas limitées à la revanche des Prussiens dans les guerres contre Napoléon. Pour une bonne part, on peut considérer que cela a joué un grand rôle dans le processus d'unification de l'Allemagne qui aboutit grâce à une victoire contre un Bonaparte et à des conditions de paix humiliantes pour la France avec les conséquences ultérieures que l'on sait.
On trouvera également des conditions de paix humiliantes dans les traités avec l'Autriche. L'attribution du Tyrol à la Bavière est par exemple une décision parfaitement gratuite et inutile qui ne pouvait générer que des rancoeurs.
De manière générale, l'expansionnisme français ne permettait pas une issue pacifique.
4° Napoléon n'a pas toujours été obligé de faire la guerre.
Il est clair que Napoléon a déclenché certaines guerres sans qu'il s'agisse d'une réponse à une agression extérieure : la guerre d'Espagne évidemment, l'occupation des Etats pontificaux qui passe sans doute inaperçue et la campagne de Russie. Il est amusant de constater que ce sont finalement les guerres qu'il a déclenchées lui-même qui sont en grande partie à l'origine de sa perte.
5° Le blocus continental empêchait tout apaisement.
Il s'agissait d'une mesure parfaitement inefficace qui ruinait essentiellement les pays "amis" et qui a surtout favorisé le développement d'une certaine corruption. C'était aussi un obstacle à toute négociation avec l'Angleterre, alors qu'il y avait au sein de l'opinion anglaise des voix favorables à la paix. Mais Napoléon ne voulait apparemment pas de ces négociations, sinon pourquoi aurait-il viré Fouché pour avoir de sa propre initiative essayé d'établir de telles négociations ?

Maintenant, que les choses soient claires, il ne s'agit pas ici de porter un jugement de valeur du style "Napoléon était un méchant parce qu'il n'était pas pacifiste", mais d'essayer de se rapprocher de la vérité historique. Napoléon n'était pas un pacifiste, ça me semble plutôt clair : la guerre était pour lui un moyen indispensable de la politique, mais ce n'était pas une fin. Il me paraît inutile d'essayer de le ramener à un visionnaire de l'Europe ne rêvant que d'établir la paix universelle. C'est parfaitement anachronique. L'individualisme, l'ambition, la réussite des meilleurs, le patriotisme et le nationalisme étaient à l'époque des valeurs naissantes auxquelles s'identifiaient sans hésiter les hommes nouveaux, croyant dans le progrès. Les remises en question apparues au 20e siècle n'étaient pas de mise à l'époque. Il est donc inutile d'essayer de faire coller Napoléon à une image qui n'est pas la sienne et qu'il aurait été le premier à récuser. C'est de toute façon une altération parfaitement vaine : ceux qui détestent la guerre continueront à détester Napoléon et ne croiront pas un instant à cette fable et ceux qui l'admirent continueront à admirer ses campagnes militaires et à râler que l'on essaie de rabaisser leur héros en essayant de gommer son principal titre de gloire.
____________
Notes :
(1) "Si tu veux la paix, prépare la guerre".
(2) "Là où ils font le désert, ils appellent cela la paix".

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 26/09/2003 21:19

the argie

Message par the argie » 12 juil. 2015 10:45

Maintenant c'est politiquement incorrect dire qu'on admire quelqu'un, n'importe qui, pour ses habilites militaires. Les grands heros de nos temps sont les hommes qui n'utilisent la violence, je ne sais pas pour quoi, si l'histoire humain est un succession des guerres et conflits. Pendant des siecles on a admire les vertues guerriers des heros.
Sur Napoleon, pendant sa jeunesse il a admire les grands guerriers de l'histoire ancien et, il n'y a pas de doutes, il a voulu les imiter. Maintenant ces capacites guerriers ne sont pas de valeurs dans notre societe. Mon pere m'a dit beaucoup de fois que nous sommes dans une societe effemine. Et je suis d'accord avec lui, bien sur. Un hector, un alexandre, meme un napoleon n'auront pas lieu dans notre temps.
Napoleon, depuis 9 ans, a vecu dans un ambiance militaire et il l'a aime, il a dit qu'il est ne pour etre militaire pas un pacifiste. Donc, je ne sais pas s'il a dit quelque fois:" je suis un pacifiste" mais s'il a dit ça c'etait beaucoup plus une idee qu'un realite.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par the argie le 27/09/2003 21:50

Cipriani

Message par Cipriani » 12 juil. 2015 10:45

d'un autre côté je suis persuadé qu'il a à un moment aspiré à la paix attention je ne dis pas, tout fait pour que cette paix soit effective, et peut-être que de ce point de vue la politique menée dans les territoires annexées était trop intolérables pour que les populations rattachées de force à l'empire français acceptent de ne pas se rebeller, mais aspiré à la paix notamment après la naissance du roi de rome, goûter enfin au confort d'une vie bourgeoise, voir grandir son enfant (et d'autres éventuels à venir) a passé 40 ans on aspire sûrement à autre chose qu'aller se peler les fesses en russie, et dormir sur un lit de camp...

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Cipriani le 27/09/2003 22:09

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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 10:45

Cipriani a écrit :je suis persuadé qu'il a à un moment aspiré à la paix
N'était-ce pas ce qu'il avait fini par obtenir à l'île d'Elbe ? :wink:

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 28/09/2003 07:31

François
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Message par François » 12 juil. 2015 10:46

Encore une fois, Frédéric, vous proposez un Napoléon organiquement lié à la guerre par les argements classiques que l'on retrouve dans l'interprétation hostile du personnage.

C'est, comme je l'ai déjà écrit dans un autre forum, faire fi de la complexité et du détail des relations internationales à l'époque napoléonienne, et c'est ignorer, ou feindre d'ignorer, que lorsque Napoléon accède au pouvoir, la France et l'Europe sont déjà en guerre depuis sept ans.

Nous avons déjà, ailleurs, débattu de la reprise de la guerre avec l'Angleterre en 1803, et bien que nous n'étions pas d'accord avec la conclusion à en tirer, nous accédions quand même là à autre chose qu'à des clichés.

À vous lire, il faut imaginer un Napoléon qui se programme une belle petite guerre annuelle, à la stupéfaction de l'adversaire, pur comme l'air de l'Amérique, qui ne sait de quoi il en retourne quand il voit fondre sur lui les troupes françaises. Ce n'est pas aussi simple. La conquête napoléonienne ne ressemble en rien à l'action entreprise par Alexandre, qui lui se lance bel et bien dans une vaste opération de conquête qui se situe d'ailleurs dans une toute autre logique - et une toute autre époque. L'admiration de Napoléon pour les «antiques» ne peut expliquer en rien la politique étrangère qu'il mène en Europe.

J'admets cependant avec vous que l'invasion de l'Espagne, bien qu'elle se comprend dans le prolongement de la dynamique révolutionnaire, ne répond pas à une agression - encore que l'Espagne avait sérieusement songé à rallier la coalition si Napoléon avait rencontré quelques difficultés majeures en 1806 et en 1807. J'admets aussi avec vous que l'invasion de la Russie était une catastrophique erreur, bien que le tsar avait menacé d'envahir le Grand-Duché de Varsovie dès 1811, et que le tsar préparait de longue date la revanche. Je reconnais avec vous que ces deux conflits, moins «motivés», ont pu, et pour beaucoup, expliquer les difficultés françaises. Cela fait penser à l'échec américain au Vietnam, tant les soldats américains comprenaient mal le sens de leur présence dans ce pays.

Cependant, ce qui ressort clairement des relations internationales à l'époque napoléonienne, c'est que Napoléon entend profiter pleinement de ses victoires pour réorganiser l'Europe à sa façon - et briser profondément l'héritage «féodal», que le Congrès de Vienne essaiera tant bien que mal de rétablir. Il y avait, dans cette politique, que Talleyrand n'approuvera jamais, un risque de réaction tout aussi grand, et avec des moyens autrement plus puissants, que la réaction engendrée par la Révolution elle-même. Lire Mettrenich est, par exemple, parfaitement éclairant en cette matière.

Pacifiste, Napoléon? Certes non. Conquérant absurde, irrationnel, impulsif? Certes pas davantage. Mais son inconstestable génie militaire lui a donné le pouvoir de réorganiser l'Europe, (et même l'Amérique latine,) dans un temps après tout très bref. Il ne pouvait alors que se faire d'irréductibles ennemis. Et sans tomber dans le déterminisme historique, il y avait là grand risque que tout cela aboutisse à un retentissant échec. Ce qui fut.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par François le 01/10/2003 04:58

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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 10:46

Retour à la case départ ?

Cher François, c'est à juste titre que vous pouvez avoir l'impression en lisant ce texte de vous retrouver face à un exposé qui ne tient aucun compte de ce qui a pu se dire dans les débats. Il s'agit d'un texte un peu ancien que j'avais posté initialement sur le forum Napoléon 1er, mais qui avait malencontreusement disparu suite à un problème survenu sur ce forum. En ayant par chance conservé le contenu, je l'avais ensuite repris sur le forum Napoléon. Je me suis permis de refaire la même chose sur ce nouveau forum sans le modifier.
Je ne suis par contre pas tout à fait d'accord avec vous quand vous écrivez qu'il s'agit des "argements classiques que l'on retrouve dans l'interprétation hostile du personnage". Si je me réfère par exemple à l'ouvrage de Roger Caratini qui représente une des dernières synthèses importantes (ce qui ne veut pas dire qu'elle soit bien faite) dans la littérature franchement hostile à Napoléon, tout en se donnant toutefois l'air de se vouloir objective, l'approche me paraît sensiblement différente. Roger Caratini ne semble en effet pas déplorer que Napoléon n'ait pas vraiment cherché à conclure la paix, mais plutôt qu'il ait échoué dans sa politique de conquête et que la France soit sortie affaiblie de l'aventure napoléonienne.
Mon point de vue est différent et assez simple (certains le qualifieront d'ailleurs sans doute de simpliste) : une guerre qu'elle soit gagnée ou perdue est de toute façon une mauvaise chose. La guerre, c'est l'autorisation (voire même l'obligation) de commettre des crimes avec la garantie de l'impunité à moins d'être soi-même victime du règlement de comptes de la partie adverse ou de la maladresse des gens de son propre camp. Je suis, et je l'ai déjà dit, sottement pacifiste. Il ne me vient donc pas à l'esprit (du moins, je fais effort pour que ça n'y vienne pas) de prendre parti pour l'un ou l'autre camp dans les conflits guerriers (même si je ne peux m'empêcher de me réjouir un peu quand j'assiste à peu près en direct à la chute du dictateur sanglant qu'est Saddam Hussein ou quand j'apprends que la stupide guerre des Malouines a fait tomber la junte militaire en Argentine).

La dernière guerre de 100 ans entre la France et l'Angleterre.

Je n'ignore nullement le contexte dans lequel se situent les guerres de l'époque de Napoléon. Elles constituent le dernier épisode d'un conflit qui oppose la France et l'Angleterre depuis la fin du 17e siècle. Conflit entre deux super-puissances pour la prééminence mondiale. Conflit dans lequel la France a fait le choix d'utiliser prioritairement l'arme de la puissance militaire tandis que l'Angleterre faisait le choix de l'arme de la puissance économique. En utilisant cette arme, la France est effectivement parvenue à vaincre sa rivale hollandaise qui, suite à la tentative d'invasion française en 1672, a perdu sa place de première puissance économique mondiale non pas au profit de la France, mais au profit de l'Angleterre. Par contre, la France n'est jamais parvenue à vaincre l'Angleterre. L'équipée écossaise de Bonnie Prince Charlie en 1745-1746 a pourtant été à deux doigts de réussir, mais la France n'y avait pas mis les moyens nécessaires. La guerre d'Indépendance des Etats-Unis était également une réussite de la France, mais elle venait trop tard et a grevé les finances de la France à un point tel que Louis XVI a dû convoquer les Etats Généraux pour envisager les moyens de renflouer les caisses de l'Etat, ce qui a provoqué la Révolution française. La Révolution française et Napoléon à sa suite ont encore essayé de reprendre ce combat, mais avec des moyens inadaptés, ce qui a provoqué l'échec final.
Faire la paix avec l'Angleterre, ce qui s'est finalement fait grâce à la défaite de Napoléon, aurait sans doute été la meilleure solution pour tout le monde. Plutôt que d'épuiser les forces vives de la France dans des guerres inutiles et sanguinaires, Napoléon aurait pu utiliser ces ressources pour essayer vraiment de "révolutionner" la société.

Des guerres programmées ?

Certains propos de Napoléon laissent quand même clairement supposer qu'il était conscient de l'utilité de la guerre pour l'affermissement de son pouvoir.
Sur un autre forum, Cipriani a cité une phrase que Napoléon aurait dite à Bourienne :
la conquête a fait de moi ce que je suis, seule la conquête peut me maintenir
J'avais moi-même rapporté un extrait de sa correspondance avec le roi de Prusse, cité par Michel de Grèce :
Je souhaite humilier la Prusse et garder Magdebourg, pour entrer à Berlin quand je veux. Je connais seulement la vengeance et la haine. A l'avenir la Prusse doit haïr les Français mais je la mettrai hors de condition de nous blesser.
Tout ce que l'on a trouvé à me répondre sur ce sujet, c'est que Napoléon n'avait certainement jamais écrit cela et que Michel de Grèce était surtout un auteur de romans. De tels arguments me paraîssent toutefois bien faibles et ne m'amènent pas à réviser mon opinion sur Napoléon en ce qui concerne sa volonté d'humiliation de la Prusse et de ses adversaires en général. L'attitude de Napoléon à l'égard de la Prusse et de l'Allemagne en général a d'ailleurs eu des conséquences particulièrement dommageables pour l'histoire de l'humanité. Si l'unification de l'Allemagne s'est faite autour d'une Prusse militariste, c'est en grande partie à Napoléon qu'on le doit. Au début de l'époque romantique, les Allemands ne se reconnaissaient pas particulièrement dans cet état militaire dirigé par des souverains bornés (à l'exception du seul Frédéric II qui, au départ, était plutôt quelqu'un de cultivé porté sur les arts et la littérature avant que son père ne le fasse rentrer dans le modèle militaire à coups de trique), mais en pratiquant la politique de l'humiliation telle qu'il l'a appliquée, Napoléon a fait de la Prusse le symbole de la résistance de l'Allemagne. Bismarck l'avait d'ailleurs très bien compris, lui qui, pour parachever l'unification de l'Allemagne, eut l'idée de provoquer une guerre contre un autre Napoléon et de proclamer la naissance du IIe Reich dans la galerie des glaces du Palais de Versailles, fondant ainsi la nation allemande sur une double revanche contre Louis XIV (Versailles et l'annexion de l'Alsace) et Napoléon. On sait par ailleurs les conséquences désastreuses de la guerre de 1870, à l'origine de l'esprit revanchard français qui trouve son plein épanouissement dans la guerre 1914-1918 et dans le traité de Versailles en 1919 qui lui-même est en partie à l'origine de la seconde guerre mondiale.
La réorganisation de l'Europe envisagée par Napoléon, plus que mettre un terme à une Europe "féodale" (condamnée de toute façon à disparaître suite aux révolutions industrielle, politique et agricole), a contribué à la naissance d'une Europe des nations fortement antagonistes.

L'imitation d'Alexandre et de César

En Egypte, Napoléon n'a pas caché son ambition de se tailler un empire. J'ai déjà cité plusieurs fois la phrase qu'il prononça le 18 mars 1799 avant d'arriver devant les murs de Saint-Jean-d'Acre, mais il faut sans doute que je la répète encore une fois.
Si Saint-Jean-d'Acre tombe, je serai demain empereur de tout l'Orient.
Le message est on ne peut plus clair. Alexandre et César étaient pour lui des modèles absolus et qui ne souffraient aucune critique. Si le 19 Brumaire, Napoléon a devant l'assemblée appelé un Brutus à se lever s'il trahissait ses serments, c'est bien parce qu'il s'identifiait à César et non à Cincinnatus. Il savait dès ce moment-là que s'il parvenait à s'emparer du pouvoir, il n'avait pas l'intention de le lâcher par la suite. Il fallait toutefois faire bonne figure et donner des gages à l'Assemblée en faisant croire qu'il approuvait l'action de Brutus. Il n'en était rien évidemment. Le seul fait qu'un prédicateur avait un jour dit dans un sermon que César était damné parce que non chrétien avait suffi à faire basculer Napoléon dans l'athéisme. L'action de César était donc pour lui uniquement positive. De même en ce qui concerne Alexandre, il a voulu l'imiter sans aucune réserve et peut-être même a-t-il essayer de le dépasser (*), les massacres de Jaffa surpassant peut-être en horreur l'incendie de Persépolis.

(*) Il n'y a pas de doute que Napoléon a considéré qu'il avait surpassé César. A Sainte-Hélène, en évoquant avec nostalgie son glorieux passé devant Las Cases, Napoléon avançait le chiffre de ses victoires qu'il comparaît à celui de César. Il était gagnant haut la main.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 01/10/2003 09:12

hypolite

Message par hypolite » 12 juil. 2015 10:46

Vous nous resservez cet extrait de Michel de Grece qui est plus que douteux (je ne l'ai jamais lu ailleur et de Grece n'est pas un admirateur de Napoléon, loin s'en faut) !
Napoléon humiliait les vaincus ? C'est oublier un peu vite qu'il aurait pu détruire la Maison d'Autriche ou encore confisquer le trône de Prusse ! Moi, je trouve qu'Il a été plutôt magnanimme, surtout avec les aprés l'arrogance des Prussiens !
La Campagne de Russie faisait suite a des menaces réelles sur le Grand Duché de Varsovie et le violation des traités, on ne peut donc pas la mettre dans le même "sac" que la Campagne d'Espagne ! :roll:


Posté sur le forum Pour l'Histoire par hypolite le 03/11/2003 10:44

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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 10:46

hypolite a écrit :Vous nous resservez cet extrait de Michel de Grece qui est plus que douteux (je ne l'ai jamais lu ailleur et de Grece n'est pas un admirateur de Napoléon, loin s'en faut) !
Je ressers cet extrait en indiquant les réponses peu satisfaisantes qui m'ont été faites quand je l'ai posté pour la première fois et tout ce que vous trouvez à répondre, c'est la même chose. Il paraît peu vraisemblable que Michel de Grèce ait inventé ce texte. Il s'agit peut-être d'un faux, mais il n'est certainement pas de son cru.
hypolite a écrit :Napoléon humiliait les vaincus ? C'est oublier un peu vite qu'il aurait pu détruire la Maison d'Autriche ou encore confisquer le trône de Prusse ! Moi, je trouve qu'Il a été plutôt magnanimme, surtout avec les aprés l'arrogance des Prussiens !
Et pourquoi s'est-il montré "magnanime" à votre avis ?
hypolite a écrit :La Campagne de Russie faisait suite a des menaces réelles sur le Grand Duché de Varsovie et le violation des traités, on ne peut donc pas la mettre dans le même "sac" que la Campagne d'Espagne !
Tiens, je croyais que la campagne d'Espagne se justifiait par la crainte d'une trahison des Espagnols. C'est du moins ce que vous avez écrit un jour.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 03/11/2003 12:02

hypolite

Message par hypolite » 12 juil. 2015 10:47

Il c'est montré magnanime dans le sens ou il pouvait mettre un terme au regne du Roi de Prusse et de l'Empereur d'Autriche et ne l'a pas fait !
Pour l'Espagne, la raison est moins claire et moins officielle que pour la Russie, mais elle n'en est pas moins réelle ! Les Bourbons d'Espagne jouaient un double jeux et seraient devenu une menace au premiers revers ! :roll:


Posté sur le forum Pour l'Histoire par hypolite le 03/11/2003 12:38

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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 10:47

hypolite a écrit :Il c'est montré magnanime dans le sens ou il pouvait mettre un terme au regne du Roi de Prusse et de l'Empereur d'Autriche et ne l'a pas fait !
Vous ne répondez pas à la question du pourquoi de cette magnanimité. :x

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 03/11/2003 12:47

hypolite

Message par hypolite » 12 juil. 2015 10:47

Je supposes qu'Il pensait que ces Monarchies avaient encore leur utilité en Europe et qu'il ne t'était pas de notre interet de les supprimer ! :?:
De toute facon, il n'a jamais eu l'intention de conquerir la Prusse ou l'Autriche, il ne faisait que répondre à une agression ! :wink:


Posté sur le forum Pour l'Histoire par hypolite le 03/11/2003 15:16

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La paix par la victoire

Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 10:47

Pour revenir aux conceptions de Napoléon relatives à la paix, il faut bien constater qu'elles doivent beaucoup au modèle de la paix romaine. Dans la plupart des cas, Napoléon a voulu obtenir une victoire décisive pour pouvoir dicter ses conditions aux vaincus. Le traité d'Amiens constitue une des rares exceptions où Napoléon a accepté de négocier une paix sans avoir au préalable écrasé son adversaire. A cette seule exception près, il n'a jamais accepté de signer de paix sans être en position de force. Et si en 1809, il a tant traîné pour signer la paix alors qu'il avait remporté des victoires, c'est sans doute en grande partie parce qu'il n'avait pas encore écrasé la révolte du Tyrol au moment de négocier.
Cette incapacité à faire la paix sans avoir obtenu une victoire éclatante est sans doute à l'origine des plus grosses erreurs de Napoléon qui menèrent à sa chute. Si les troupes françaises se sont enlisées en Espagne, c'est en grande partie parce que Napoléon ne pouvait concevoir une pacification du pays autrement que par la force. De même, en Russie, s'il s'est laissé entraîné jusqu'à Moscou, c'était pour obtenir cette victoire qui obligerait Alexandre à se plier à ses conditions. En 1813, à nouveau, les négociations pourtant entamées ne peuvent aboutir, car Napoléon, en vrai joueur de cartes, s'imagine jusqu'au dernier moment qu'il pourra se refaire. De même dans la campagne de France, refusant catégoriquement de participer à des négociations, il pousse ses maréchaux plus conscients de la situation réelle à le court-circuiter pour négocier sans son accord la seule solution réaliste.
En 1815, fidèle à ses principes, il se mettra en campagne sans même essayer d'envisager une autre solution.
Nourri de la lecture des auteurs antiques, Napoléon n'ignorait donc pas l'histoire, mais il n'a voulu en retenir que les leçons qui correspondaient à ses conceptions et ne pas voir les dangers des solutions qu'il adoptait. A vouloir lui donner raison même dans ses erreurs, certains veulent donc peut-être revivre le même destin que Napoléon. Ils se trompent sans doute, car faire les mêmes erreurs dans d'autres circonstances ne produit pas toujours le même résultat. :lol:

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 15/02/2004 09:50

FA8

Message par FA8 » 12 juil. 2015 10:47

En 1815, fidèle à ses principes, il se mettra en campagne sans même essayer d'envisager une autre solution

A bon??? Il n'était pas encore à Paris, que les dés des coalisés étaient jetés.

Amicalement


Posté sur le forum Pour l'Histoire par FA8 le 15/02/2004 19:44

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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 10:47

Napoléon a-t-il tenté d'ouvrir des négociations ? N'a-t-il pas comme d'habitude essayé de prendre ses adversaires de vitesse avant qu'ils n'aient le temps de concentrer leurs troupes pour l'attaquer ?
Les jeux étaient sans doute déjà joué d'avance. Mais n'aurait-il pas dû le savoir avant même de débarquer à Golfe Juan ? A-t-il seulement hésité face à cette perspective ?

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 15/02/2004 20:13

Jean

Message par Jean » 12 juil. 2015 10:47

Frédéric Staps a écrit :N'a-t-il pas comme d'habitude essayé de prendre ses adversaires de vitesse avant qu'ils n'aient le temps de concentrer leurs troupes pour l'attaquer ?
Est-ce une mauvaise tactique ?

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Jean le 15/02/2004 21:46

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