Relations internationales, politique intérieure, mode de gouvernement, guerres, négociations, autant d''aspects qui constituent la politique à l'époque
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Frédéric Staps
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Le retour de l'île d'Elbe

Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 12:40

Proclamation du conseil municipal de Paris le 7 mars 1815 :
Sire, depuis le retour de Votre Majesté, la France commençait à respirer; la liberté publique et particulière assurée par une charte solennelle, le crédit renaissant, les ports rouverts au commerce, les bras rendus à l'agriculture, l'harmonie établie entre tous les corps de l'État, la certitude de la paix donnée à l'Europe, tout garantissait à notre pays le bonheur qu'il n'a connu que sous vos ancêtres.
Et c'est le moment que choisit cet étranger pour souiller notre sol de son odieuse présence!
Que veut-il de nous? Quels droits peut-ils prétendre, lui dont la tyrannie nous aurait affranchis de tous devoirs et qui, par son abdication, aurait relevé les plus scrupuleux de leurs serments. Que vient-il chercher dans notre France qu'il désola si longtemps. En vain, depuis un an, Sire, vous vous consumez d'efforts généreux pour réparer tant de maux. Ces maux pèsent encore sur nous et pourtant il ose paraître à nos regards! Il désire donc encore que, pour réparer nos pertes, l'élite de notre jeunesse, victime de son gigantesque orgueil, aille périr sur ces pays, ou dans les neiges de Russie ou dans les montagnes arides de l'Espagne.
Faut-il donc incendier une seconde fois l'univers pour appeler une seconde fois l'univers sur la France? Couvert déjà de tant de sang, c'est du sang encore qu'il demande; c'est la guerre civile qu'il veut apporter aux enfants de la France! Il croit même qu'il ne pourra jamais fatiguer ni la clémence du ciel ni la longanimité d'une nation qui consentait à l'oublier!
Grâce à la Providence, nous respirons enfin sous un régime paternel, sous l'autorité tutélaire et légitime de l'antique race de nos rois. Chaque moment de votre règne, Sire, est marqué par un bon sentiment pour vos Français, par un acte de garantie du bonheur et de la liberté publique; il n'est pas une de vos paroles qu'on ne répète avec attendrissement, pas une de vos actions où ne soient empreints votre amour pour vos sujets et votre ardent désir d'étouffer toute dissension civile. Aussi n'est-il pas un de nous,
Sire, qui ne soit prêt à périr aux pieds du trône pour défendre son roi, aux pieds de Louis le Désiré pour défendre son père.
Oui, Sire, nous le jurons à Votre Majesté.
Ce serment n'est pas le nôtre seulement; c'est celui de tout Français qui aime l'honneur, son roi, sa patrie et sa famille.
Citée d'après Jean Tulard, Les vingt jours, Paris, 2001, pp. 91-93.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 08/01/2004 16:50

fialin

Message par fialin » 12 juil. 2015 12:41

Joli discours, et je crois volontiers que le retour de Napoléon n'était pas nécessaire: les conditions du deuxième traité, indemnité de guerre, perte de la Savoie et de Nice (et de la Belgique?), occupation militaire sont très dures pour la France...sans le retour, le peuple français aurait pu garder le souvenir d'un Napoléon invincible et les royalistes auraient peut-être eu plus de difficultés à s'établir...l'Histoire n'en aurait pour autant pas changé beaucoup, la Restauration étant dédiée à la défaite.

Fialin.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Fialin le 08/01/2004 18:47

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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 12:41

Fialin a écrit :l'Histoire n'en aurait pour autant pas changé beaucoup
L'Histoire, peut-être pas, la légende sûrement. Il aurait manqué à Napoléon son retour triomphal, sa phase libérale, sa défaite tragique et son séjour crépusculaire à Sainte-Hélène. Autant d'éléments qui se sont avérés par la suite fondamentaux dans la construction du mythe.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 08/01/2004 21:31

fialin

Message par fialin » 12 juil. 2015 12:41

Phase libérale? J'en doute, l'antiparlamentarisme faisant élément du bonapartisme...
Défaite tragique? Waterloo compte pour beaucoup comme une victoire, je ne sais pas pourquoi, peut-être à cause de sa demi-victoire sur Wellington et de Victor Hugo, Waterloo, Waterloo, morne plaine...
Le mythe était déjà constitué avec la campagne de France où Napoléon était le dieu invincible et les adieux tragiques de son armée, des adieux pathétiques.

F.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Fialin le 09/01/2004 15:59

Karl

Message par Karl » 12 juil. 2015 12:41

Juste une question en passant :
Pourquoi Napoléon ne fut-il pas fusillé ?
Pourtant, il s'évada de son exil !

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Karl le 11/01/2004 20:19

fialin

Message par fialin » 12 juil. 2015 12:41

Je ne vois pas le rapport entre "Pourquoi Napoléon ne fut-il pas fusillé ?" et "Pourtant, il s'évada de son exil !", en outre je ne comprends pas le sens entier de votre question.

Fialin.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Fialin le 12/01/2004 16:32

Karl

Message par Karl » 12 juil. 2015 12:41

au lieu d'envoyer Napoélon sur l'île de sainte Héléne, pourquoi n'a-t-il pas été fusillé ? (par les anglais.)

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Karl le 12/01/2004 20:03

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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 12:41

Contrairement à Frédéric Staps, Andréas Hofer et le duc d'Enghien auxquels on a fait un procès pour justifier l'exécution qui avait déjà été décidée au préalable par Napoléon, Napoléon lui-même n'a fait l'objet d'aucun procès. La relégation à Sainte-Hélène n'était donc pas à proprement parler une peine d'emprisonnement. Le "geölier" devait obtenir audience auprès du "général" Bonaparte.
Faire un procès à un ancien chef d'Etat aurait peut-être créé un précédent fâcheux. Les seuls à pouvoir le faire sans que cela ne pose problème était sans doute les Français, mais ce n'était sans doute guère possible. D'une part, parce que Napoléon s'était livré aux Anglais, d'autre part, parce qu'une part importante de l'opinion française l'aurait difficilement accepté, sans compter le risque de renouveler le couac du procès Moreau.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 13/01/2004 13:23

FA8

Message par FA8 » 12 juil. 2015 12:41

En tout cas le vol d'Aigle montre bien l'attachement du peuple à l'Empereur.


Amicalement

Posté sur le forum Pour l'Histoire par FA8 le 18/01/2004 11:35

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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 12:41

FA8 a écrit :En tout cas le vol d'Aigle montre bien l'attachement du peuple à l'Empereur.
Comme son voyage vers l'île d'Elbe par la vallée du Rhône avait montré le contraire, à tel point que Napoléon a préféré éviter d'y repasser lors de son "vol de l'Aigle".

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 19/01/2004 17:13

FA8

Message par FA8 » 12 juil. 2015 12:41

Comme son voyage vers l'île d'Elbe par la vallée du Rhône avait montré le contraire, à tel point que Napoléon a préféré éviter d'y repasser lors de son "vol de l'Aigle".

Le fait est que l'Empereur en 20 jours se trouve à Paris, porté par le peuple qui lui est resté fidèle.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par FA8 le 19/01/2004 17:39

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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 12:41

Les partisans véritables de Bonaparte étaient les habitants des campagnes qui avaient peu souffert des vices de son administration antérieure, la conscription exceptée, et qui avaient eu à supporter, plus que toute autre classe, les outrances de la noblesse dont l'arrogance, durant sa courte prospérité, venait de réveiller des haines un peu amorties par ses longs malheurs. Ce fut par ces campagnards que Bonaparte se vit entouré, porté en triomphe dès qu'il eut touché le sol de France.
Benjamin Constant, dans Mémoires sur les Cent-Jours, cité d'après Jean Tulard, Les vingt jours, Fayard, 2001, p. 203.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 21/01/2004 11:40

FA8

Message par FA8 » 12 juil. 2015 12:41

Bonjour.

Habitants des campagnes=peuple! Donc il n'y a aucun soucis.


Amicalement

Posté sur le forum Pour l'Histoire par FA8 le 21/01/2004 11:51

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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 12:41

FA8 a écrit :Habitants des campagnes=peuple! Donc il n'y a aucun soucis.
Ce n'était pas une contradiction, mais un apport d'informations complémentaires. Je viens de lire ce texte. J'ai trouvé intéressant de le citer. Le texte de Jean Tulard lui-même me paraît lui aussi particulièrement intéressant. Je vais donc le citer également et je ferai ultérieurement mon commentaire :wink: .
Sur le trajet de la route Napoléon, la petite troupe venue de l'Île d'Elbe fut très vite accompagnée de paysans en armes dont l'origine n'est pas précisée mais qui étaient probablement des journaliers, à considérer la manière dont ils abandonnaient si facilement leurs terres, des paysans pauvres à coup sûr. Le coup de maître, involontaire, de Napoléon a été de traverser non la riche vallée du Rhône, mais des terres arides où la domination de la noblesse était plus difficilement supportée, où ne s'était guère développée une bourgeoisie rurale aisée et conservatrice. Constant note que les mots de « servage » et de « glèbe » échauffaient les esprits. C'est une nouvelle révolte des paysans, une autre « grande peur » que déchaîne le retour de Napoléon. Toutefois, les violences contre les personnes et les biens ont été rares, à la différence de 1789.
Ces manifestations paysannes de « haine contre la noblesse », selon le mot de Constant, s'accompagnent de cris hostiles à l'égard du clergé: « À bas les prêtres! À bas la calotte! » Le retour de la dîme est redouté plus encore que le rétablissement des droits féodaux. On s'inquiète aussi de la remise en cause des ventes de biens ecclésiastiques. « Je retrouve la haine des prêtres et de la noblesse aussi universelle et aussi violente qu'au commencement de la Révolution », confiera Napoléon à Molé, le 20 mars. Fiévée, préfet de la Nièvre, avait prévenu le gouvernement: « Les paysans [de mon département] craignent le retour de la religion et le rétablissement de la dîme. »
Jean Tulard, Les vingt jours (1er-20 mars 1815). Napoléon ou Louis XVIII ?, Fayard, 2001, pp. 205-206.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 21/01/2004 13:38

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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 12:41

Pour revenir à la popularité de Napoléon au moment du retour de l'île d'Elbe.

Elle est difficilement contestable. Sur la route de Paris, une population toujours plus nombreuse vient acclamer Napoléon. On peut néanmoins s'interroger sur la nature intrinsèque de cette popularité.
Le fait que Napoléon lui même dise « Je retrouve la haine des prêtres et de la noblesse aussi universelle et aussi violente qu'au commencement de la Révolution » montre bien qu'il y a un décalage entre les aspirations des gens et ce que Napoléon représente réellement. Ce soutien populaire est sans doute plus l'expression d'un rejet d'un certain nombre de choses (y compris des choses que l'empereur lui-même entend bien garantir) qu'une adhésion à toutes les valeurs de l'Empire. La population voit en Napoléon celui qui va empêcher les nobles et le clergé de rétablir leur pouvoir plutôt que celui qui va reprendre fermement les rênes du pouvoir et les conduire à nouveau triomphalement à la conquête de l'Europe.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 29/01/2004 11:20

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