Relations internationales, politique intérieure, mode de gouvernement, guerres, négociations, autant d''aspects qui constituent la politique à l'époque
Adolphe

Message par Adolphe » 12 juil. 2015 17:04

Dans la mesure où la guerre survient quand on a constaté que toutes les voies légales et diplomatiques ne permettait pas d'arriver à un résultat satisfaisant, ça me paraît bien étrange de parler de légalité à ce sujet. Avec ou sans mandat de l'ONU, la guerre reste la guerre. Certaines sont nécessaire, d'autres sont nuisibles. Et ce n'est pas parce que Bush tient des propos délirants inspirés par ses convictions religieuses que ça y change quelque chose. La guerre en Afghanistan, ils auraient dû la faire bien plutôt, avant que ces cinglés de talibans ne démolissent à la dynamite une partie du patrimoine de l'humanité, tant que Massoud était vivant et pour libérer les femmes du port de la bourka. Mais voilà, les subtils stratèges du Pentagone s'étaient dit que l'ordre des talibans valait mieux que l'anarchie des autres qui risquaient à nouveau de se jeter dans d'autres bras que les leurs. Même grossière erreur en Irak où ils ont laissé Saddam en place après la première guerre du golfe tout en imposant un blocus qui faisait mourir des milliers d'enfants chaque année.
Enfin bref, je m'égare.
Et comme mes comparaisons n'ont pas l'heur de vous plaire, je m'abstiendrai désormais d'en faire, du moins dans des discussions avec vous. Je trouvais pourtant ça intéressant de remettre les choses en perspective et de relativiser. pleure.gif
Pour revenir à Enghien, quelle est la situation ?
Le chouan Cadoudal, déjà soupçonné d'avoir trempé dans l'affaire de la machine infernale, s'introduit illégalement en France pour comploter. Il s'abouche avec Pichegru et Moreau. Il met sur pied un attentat contre le Premier Consul. Un enlèvement, paraît-il. Mais comment y croire alors que faire la peau de Napoléon est quand même le plus sûr moyen d'en être quitte. Heureusement, le pot aux roses est découvert et tout ce petit monde est arrêté. Pichegru se suicide dans sa cellule, mais d'une manière si tortueuse qu'il arrive à jeter la suspicion d'une exécution sur Napoléon.
Pour mettre fin à tout cela, il fallait frapper fort, un coup d'éclat qui terrifie tous ces comploteurs, leur faire comprendre que leurs crimes ne resteront pas impunis. Et pour cela, Enghien faisait parfaitement l'affaire, car en plus on n'avait des soupçons à son égard.
On reprochera peut-être à Napoléon d'avoir frappé un innocent, car les informations qui avaient amené à porter les soupçons sur Enghien étaient en grande partie fausse. Mais est-il juste de reprocher à l'Empereur les carences de ses espions et de sa police ?

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Adolphe le 06/03/2004 15:26

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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 17:05

Comme d'autres intervenants dans cette discussion, je pense que l'infraction au droit international est un problème mineur et même légèrement anachronique dans la mesure où à l'époque personne ou à peu près ne respectait le droit international (on peut d'ailleurs se demander parfois si les choses se sont vraiment améliorées depuis lors).
L'opération de commando visant à capturer un supposé terroriste ne me paraît même pas particulièrement condamnable en soi. Ce qui pose réellement problème dans cette affaire, c'est la manière dont le duc d'Enghien a été jugé. Il a eu un procès où on ne lui a laissé aucune chance de pouvoir se défendre. Il était condamné d'avance car peu importait qu'il fût réellement le prince qui devait venir en France. Ce dont les Français avaient besoin, c'était de quelqu'un à punir pour l'exemple. Il leur fallait une victime expiatoire suffisamment proche des Bourbons pour leur faire peur afin qu'ils comprennent qu'eux n'étaient pas non plus à l'abri de la vengeance et de la puissance de la France. C'était donc une démonstration de force destinée à effrayer tous ceux qui auraient voulu s'opposer à l'irrésistible montée en puissance de la Nation. La transformation du Consulat en Empire avait sans doute la même fonction.
Est-ce que tout cela était le résultat d'un plan machiavélique de Napoléon ? Pas sûr. En confiant le règlement de l'affaire à des subalternes assez bornés qui se sont montrés bêtement expéditifs, Napoléon n'envisageait peut-être pas que l'affaire prendrait cette tournure aussi rapidement. Il voulait peut-être se réserver le beau rôle en accordant en dernière minute la grâce au duc d'Enghien (comme il voulait peut-être une condamnation à mort de Moreau pour pouvoir se montrer dans toute sa clémence - non, non, Cipriani, je n'ai pas écrit "Démence", mais "Clémence"). Une fois l'exécution faite, il fallait bien assumer et couvrir ses subalternes qui avaient peut-être pris un peu vite une initiative malheureuse. Napoléon sentait donc peut-être bien que cette affaire n'avait pas été menée au mieux. Mais de là à en éprouver des remords comme le suggère Artaxerxès, je n'y crois guère. En quelle circonstance Napoléon a-t-il éprouvé un sentiment de culpabilité ? Comme ça, je n'en vois pas, mais je peux me tromper.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 07/03/2004 10:37

Artaxerxès

Message par Artaxerxès » 12 juil. 2015 17:05

"Mais de là à en éprouver des remords comme le suggère Artaxerxès, je n'y crois guère. En quelle circonstance Napoléon a-t-il éprouvé un sentiment de culpabilité ? Comme ça, je n'en vois pas, mais je peux me tromper." (Frédéric Staps)


Votre humble serviteur faisait part d'une hypothèse au sujet d'hypothétiques (oups, je me répète quelque peu dans mes termes…) regrets et non pas remords. Je vois une différence entre le sens des deux termes de par le fait que le remord me semble ajouter, au fait de penser qu'on ait agit d'une façon dont on puisse être mécontent (le regret) –notamment au vu des résultats et conséquences de l'action en question-, une connotation plus "morale", comme le fait d'avoir enfreint une sorte de règle "légitime" de "bonne conduite", pouvant ainsi déboucher sur un sentiment de culpabilité. Pour ma part, si je m'interroge sur le fait que Napoléon ait pu avoir quelque motif de regret au sujet d'Enghien, cela serait dans l'hypothèse qu'il puisse penser que cet épisode ait pu ternir son image et le faire apparaître –entre autres- comme quelqu'un n'hésitant pas à faire sacrifier une personne dont la culpabilité était des plus hypothétiques, et ce dans le cadre d'un simulacre de justice. Un acte ayant pu ternir son image, donc, et surtout son image vis à vis de la postérité. Or (et là, il est vrai que je "tords" le problème dans tous les sens, donc je conçois parfaitement que cela puisse être considéré comme un raisonnement tortueux), les personnages cherchant à construire leur propre "légende" (ce dernier terme devant être plus ou moins nuancé selon la personne en question), qu'il s'agisse d'Auguste dans ses R.G.D.A. ("res gestae divi Augustii"), de Napoléon de par les "interviews" données à Las Casas dont ce dernier fit son fameux "Mémorial de Sainte Hélène, ou de Charles de Gaulle dans les différents tomes de ses "Mémoires" (pour ne citer que trois exemples fameux) ont généralement pour habitude de chercher à justifier leur action au regard de la postérité, et plus rarement de montrer en quoi ils auraient failli sur tel ou tel sujet. Ce qui m'incite donc à penser que, si Napoléon aurait pu éventuellement regretter l'affaire du duc d'Enghien, il ne l'aurait pas pour autant "avoué", car cela aurait pu être apparaître comme un aveu de faiblesse ou de faillibilité me semblant quelque peu incompatible avec la notion de "légende".

(Je précise à l'intention de toutes et tous que je n'ai pas l'intention de me lancer, sur le forum du moins, dans de telles suppositions et considérations concernant tous les personnages qui seront amenés à y être évoqués :wink: . )

Je ne vois pas plus que vous d'évocation d'un sentiment de culpabilité de la part de Napoléon. Par contre, j'ai déjà rencontré ce qui me semble être l'expression d'un regret de sa part: « Tout me confirme que j’ai fait une faute impardonnable en épousant une archiduchesse d’Autriche ». Ces paroles furent prononcées à l’intention de Metternich, à l’occasion, il me semble, des négociations diplomatiques ayant précédées l’entrée de l’Autriche dans la coalition en 1813. "Faute impardonnable", on peut voir dans cette expression une connotation d'ordre moral, et donc l'expression d'un remord. Je ne le pense cependant pas. Napoléon m'apparaît davantage, en exprimant ce sentiment face au rusé chancelier autrichien, chercher à attirer sur lui une sorte de compassion en se posant en victime d'une "perfidie" de la part de la monarchie habsbourgeoise, ce qui équivaudrait donc à un habile procédé d'inversion des torts, la faute "morale" étant mise au "crédit" des Autrichiens abusant de la bonne volonté de l'empereur des Français. Cette posture de "victime" pouvait d'ailleurs servir a posteriori la "légende" (toujours elle, mais dans ce cas, construite hors du cadre du "Mémorial"), et ce, non pas dans le cadre d'un aveu par Napoléon lui-même d'une faute qu'il aurait commise, mais plutôt par le sentiment fréquemment partagé par la postérité qu'il ne fit que subir l'acharnement de "l'Europe monarchique" –financée par la "perfide Albion"- à son encontre.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Artaxerxès le 07/03/2004 16:27

Artaxerxès

Message par Artaxerxès » 12 juil. 2015 17:05

"Et comme mes comparaisons n'ont pas l'heur de vous plaire, je m'abstiendrai désormais d'en faire, du moins dans des discussions avec vous. Je trouvais pourtant ça intéressant de remettre les choses en perspective et de relativiser." (Adolphe)


Plutôt que de me déplaire, vos comparaisons, cher Adolphe, me paraissaient assez peu valables. Or, le jugement que je puis porter sur elles ne prétend nullement à l'exhaustivité, ni à l'infaillibilité. De plus, vous évoquez le fait que désormais vous vous en abstiendrez dans le cadre des discussions avec moi. Or, ces discussions ayant lieu sur un "espace public", il me semble qu'elles entrent dans un cadre plus large que celui d'un échange strictement bilatéral entre nous deux. Rien n'empêche d'autres personnes, pouvant notamment -entre-autres opinions- trouver parfaitement cohérentes vos comparaisons, d'intervenir dans ce débat (comme a pu le faire par exemple F.Staps). Je trouverais donc regrettable que vous décidiez de cesser de faire usage de comparaisons uniquement au motif de l'impression qu'il vous semble que j'en ai.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Artaxerxès le 07/03/2004 16:29

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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 17:05

Artaxerxès a écrit :Votre humble serviteur faisait part d'une hypothèse au sujet d'hypothétiques (oups, je me répète quelque peu dans mes termes…) regrets et non pas remords.
Je dois avouer que je ne perçois pas trop bien la nuance. :oops:
Artaxerxès a écrit :cela serait dans l'hypothèse qu'il puisse penser que cet épisode ait pu ternir son image et le faire apparaître –entre autres- comme quelqu'un n'hésitant pas à faire sacrifier une personne dont la culpabilité était des plus hypothétiques, et ce dans le cadre d'un simulacre de justice.
Napoléon a sans doute perçu qu'on utiliserait cet épisode pour le critiquer. Je ne sais pas s'il en a éprouvé des regrets pour autant. Les historiens de la justice ont mis en évidence le fait que les exécutions publiques sous l'Ancien Régime trouvaient notamment leur raison d'être dans la grande faiblesse de la justice impuissante à empêcher que les crimes ne se commettent et qui appliquait donc des châtiments d'autant plus terribles qu'elle ne disposait que de ce moyen pour faire croire à sa force. De la même façon, Napoléon a voulu poser un acte qui marquerait les esprits pour cacher à quel point il se sentait désarmé face au terrorisme. Dans ce contexte, la culpabilité réelle du duc d'Enghien n'avait plus aucune importance. Son exécution était faite pour l'exemple et non pour la justice.
Artaxerxès a écrit :Un acte ayant pu ternir son image, donc, et surtout son image vis à vis de la postérité.
A l'égard de la postérité, Napoléon semble très sûr de lui. Et il est vrai qu'il ne pouvait pas imaginer l'évolution ultérieure de l'histoire et les guerres du 20e siècle dont l'horreur évidente viendrait se superposer aux images de courage et de gloire dont on habillait généralement la guerre jusque là.
Artaxerxès a écrit :Par contre, j'ai déjà rencontré ce qui me semble être l'expression d'un regret de sa part: « Tout me confirme que j’ai fait une faute impardonnable en épousant une archiduchesse d’Autriche ». Ces paroles furent prononcées à l’intention de Metternich, à l’occasion, il me semble, des négociations diplomatiques ayant précédées l’entrée de l’Autriche dans la coalition en 1813.
C'est aussi une manière de rappeler aux Autrichiens qu'il comptait bien que ce mariage entrainerait des obligations de leur part à son égard.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 09/03/2004 11:11

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