Relations internationales, politique intérieure, mode de gouvernement, guerres, négociations, autant d''aspects qui constituent la politique à l'époque
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Frédéric Staps
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Le plébiscite

Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 18:23

Après le coup d'Etat du 18 Brumaine an VIII (9 novembre 1799) qui mit fin au Directoire, Napoléon Bonaparte fit rédiger très rapidement une Constitution et la fit approuver par le peuple le 7 février 1800, au moyen d'un "plébiscite", terme d'origine latine utilisé à l'époque et qui siginfie "décision du peuple". Le droit de suffrage était accordé sans condition de cens, mais il était "suspendu" pour les domestiques.
L'idée de soumettre la Constitution au vote populaire, introduite par la Convention, est parfaitement justifiable d'un point de vue démocratique. Elle n'avait donc en soi rien d'extraordinaire. Cependant, avant d'être présentées au vote des citoyens, les Constitutions de 1793 et 1795 avaient elles été discutées et adoptées par la Convention.
La pratique bonapartiste était neuve en ce sens qu'elle court-circuitait les Assemblées et reposait sur un dialogue direct entre le pouvoir exécutif et le peuple. Celui-ci, en acceptant la Constitution, donnait de fait son aval au coup d'Etat et approuvait aussi le nom des titulaires du pouvoir exécutif, les trois consuls, Bonaparte, Cambacérès et Lebrun, mentionnés dans le texte. Cela donnait au plébiscite une portée supplémentaire, celle d'une élection directe et non pluraliste des consuls par le peuple.
Ajoutons que Bonaparte méprisait la légalité au point de manipuler cyniquement les résultats en ajoutant plus de 1 million de voix aux votes favorables (pour aboutir à 3,012 millions de "oui" , 99,9 %, contre 1.652 "non"). Le plébiscite de février 1800 revêtait ainsi quelques traits qui caractériseront l'usage du suffrage par le bonapartisme : acceptation du suffrage "universel", mais dirigé et altéré; subordination des Assemblées; dialogue direct entre le titulaire de l'exécutif et le peuple. La portée du plébiscite était étendue au-delà du domaine de l'approbation d'une Constitution pour devenir un instrument de légitimation personnelle.
Raymond Huard, "Suffrage universel, mode d'emploi", L'Histoire, n° 275, avril 2003, p. 49.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 28/12/2004 06:29

savinien

Message par savinien » 12 juil. 2015 18:23

Ou comment rendre le peuple responsable de sa dictature !

Posté sur le forum Pour l'Histoire par savinien le 29/12/2004 06:02

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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 18:23

Avec ce système, Napoléon inaugure un peu la tradition des "dictateurs populistes" qui, pour légitimer leur pouvoir, se doivent de donner l'illusion qu'ils le tiennent du peuple. En ce sens, la révolution française a marqué une rupture profonde dans la conception du pouvoir. Avant Napoléon, les usurpateurs et fondateurs de dynastie comme Clovis, Pépin le Bref ou Charlemagne, Hugues Capet et Philippe V n'avaient pas besoin de faire croire que leur prise de pouvoir était le résultat de la volonté du peuple. Avec Napoléon, cette nécessité apparaît ainsi que la propagande qui doit entretenir cette illusion.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 29/12/2004 07:34

savinien

Message par savinien » 12 juil. 2015 18:23

N'est ce pas la conséquence logique de la révolution française et du besoin de non assimilation à l'ancien régime de Napoléon ?

Posté sur le forum Pour l'Histoire par savinien le 29/12/2004 07:58

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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 18:23

Napoléon a surtout essayé de faire le grand écart : rétablir une monarchie à son profit tout en conservant l'illusion qu'il restait fidèle à la Révolution.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 29/12/2004 08:23

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