Les dysfonctionnements ordinaires de la mécanique militaire

Relations internationales, politique intérieure, mode de gouvernement, guerres, négociations, autant d''aspects qui constituent la politique à l'époque

Les dysfonctionnements ordinaires de la mécanique militaire

Message par Frédéric Staps » 12 Juil 2015 18:32

Je viens de commencer à lire Waterloo, récit critique de Bernard Coppens. Je ne suis pas encore très loin, mais j'ai déjà pu relever deux faits intéressants (hé oui, pour une fois, j'ai déjà ma petite hypothèse de départ dont je cherche confirmation dans mes lectures ultérieures, me BRHise-je ? :oops:).
[Le 15 juin] Suite à un accident dans la transmission des ordres, le 3e corps, de Vandamme, qui n'a pas reçu son ordre de mouvement, quitte ses bivouacs avec cinq heures de retard, et retarde ainsi toutes les troupes qui devaient le suivre.

[Le 16 juin] Vers 5 heures et demie, l'Empereur se prépare à porter le coup décisif avec sa garde sur Ligny, quand Vandamme lui signale l'arrivée sur la gauche, d'une importante colonne de troupes. Cette apparition provoque même une panique dans les rangs du 64e régiment de ligne, au point que le général Lefol [qui avait été "tué d'une balle dans la poitrine" lors des combats de la veille, selon ce que j'avais cru comprendre en lisant la page 11 :oops:] fait braquer ses canons vers les fuyards. Ce n'est qu'à six heures et demie que l'Empereur a la confirmation que ce corps, signalé comme ennemi, est le 1er corps de d'Erlon, qu'il a lui-même appelé, mais qui arrive du côté où on ne l'attendait pas.

Deux exemples donc de mauvais fonctionnement de l'armée, dont l'un fait même conclure à Bernard Coppens que l'état-major français aurait fait preuve d'un "amateurisme stupéfiant". On me dira sans doute qu'il est peut-être un peu hâtif de ma part d'avancer déjà une autre hypothèse puisque je n'ai jusqu'à présent lu que quelques pages de cet ouvrage, mais comme j'en ai cependant déjà fini avec les batailles qui vont tourner à l'avantage des Français, je ne pense pas que la suite de la lecture de l'ouvrage de Bernard Coppens m'apportera encore d'autres éléments pour étayer l'idée d'un "amateurisme ordinaire" ou des "dysfonctionnements habituels".
Les deux faits mentionnés ne prennent, me semble-t-il, leur véritable importance que parce que la bataille du 18 juin a tourné au désavantage de Napoléon. On les interprète comme des éléments ayant contribué à la défaite finale. Si, par contre, Napoléon avait remporté la victoire le 18 juin, il ne s'agirait que de péripéties mineures de combats victorieux, n'ayant en rien empêché la victoire.
Il serait donc possible, me semble-t-il (mais c'est seulement une piste de recherche), de relire les autres batailles de Napoléon, même ses plus belles victoires, dans une même perspective. N'y relèverait-on pas des erreurs de même nature, mais qui, comme les 15 et 16 juin, n'ont pas entravé la victoire ?
Un dysfonctionnement bien connu est l'erreur commise par Berthier au début de la campagne de 1809 qui avait étalé les armées sur un espace trop important, exposant ainsi les forces les plus avancées commandées par Davout à se trouver en position d'infériorité par rapport aux Autrichiens. Le fait que cette erreur était imputable à un subalterne et non à Napoléon lui-même n'est sans doute pas étranger à la bonne connaissance que nous avons de cet événement, Napoléon l'ayant lui-même utilisé pour souligner à quel point sa présence à la tête de ses troupes était indispensable au bon déroulement des combats.
Il est peut-être également possible (mais là je m'avance effectivement sur un terrain que je connais bien mal) de réexaminer sous cet angle les agissements de ce "traître" de Bernadotte à Austerlitz et à Wagram. Ne serait-ce pas là aussi le résultat de "dysfonctionnements ordinaires" ?
Dans une telle perspective, les nombreux dysfonctionnements qui semblent expliquer la défaite de Waterloo ne seraient devenus extraordinaires que parce que la bataille a tourné au désastre. Si Napoléon avait vaincu et que son génie n'avait pas été pris en défaut, il y a fort à parier que la manière dont on aurait perçu les choses aurait été sensiblement différente. Certaines de ses erreurs "grossières" et "surprenantes" ne seraient-elles pas devenues des coups de génie ?

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 23/03/2005 09:02
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Frédéric Staps
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Re: Les dysfonctionnements ordinaires de la mécanique milita

Message par Frédéric » 12 Juil 2015 18:32

Frédéric Staps a écrit :Je viens de commencer à lire Waterloo, récit critique de Bernard Coppens. Je ne suis pas encore très loin, mais j'ai déjà pu relever deux faits intéressants (hé oui, pour une fois, j'ai déjà ma petite hypothèse de départ dont je cherche confirmation dans mes lectures ultérieures, me BRHise-je ? :oops:).

Comment osez vous adopter une telle méthode de travail aussi éloignée de la méthode historique :lol:

Et quelle est votre idée de départ?

Frédéric Staps a écrit :Deux exemples donc de mauvais fonctionnement de l'armée, dont l'un fait même conclure à Bernard Coppens que l'état-major français aurait fait preuve d'un "amateurisme stupéfiant".

Pour un peu connaitre la méthode de travail de BC, je ne pense pas qu'il ait tiré sa conclusion sur un seul exemple.
Son Récit Critique étant un "résumé" il s'est contenté, je crois, d'illustrer ce qu'il avançait par des exemples sans pour autant les citer tous.
Je vous accorde que l'épisode de l'accident de transmission (la fameuse jambe cassée) n'est peut être pas le plus révélateur de ce que BC désire montrer.
N'ayant pas l'ouvrage sous les yeux en ce moment (et pour cause :wink: ) je suis obligé de parler de mémoire.

Frédéric Staps a écrit :On me dira sans doute qu'il est peut-être un peu hâtif de ma part d'avancer déjà une autre hypothèse puisque je n'ai jusqu'à présent lu que quelques pages de cet ouvrage, mais comme j'en ai cependant déjà fini avec les batailles qui vont tourner à l'avantage des Français, je ne pense pas que la suite de la lecture de l'ouvrage de Bernard Coppens m'apportera encore d'autres éléments pour étayer l'idée d'un "amateurisme ordinaire" ou des "dysfonctionnements habituels".

Il existe plusieurs exemples ou l'on constate effectivement un problème au niveau de la transmission des informations au cours de la campagne.
Personnellement, je me pose la même question que vous mais pas uniquement au niveau des transmissions.

Frédéric Staps a écrit :Les deux faits mentionnés ne prennent, me semble-t-il, leur véritable importance que parce que la bataille du 18 juin a tourné au désavantage de Napoléon. On les interprète comme des éléments ayant contribué à la défaite finale. Si, par contre, Napoléon avait remporté la victoire le 18 juin, il ne s'agirait que de péripéties mineures de combats victorieux, n'ayant en rien empêché la victoire.
Il serait donc possible, me semble-t-il (mais c'est seulement une piste de recherche), de relire les autres batailles de Napoléon, même ses plus belles victoires, dans une même perspective. N'y relèverait-on pas des erreurs de même nature, mais qui, comme les 15 et 16 juin, n'ont pas entravé la victoire ?

Route Napoléon, sur le forum d'Albert, nous a, très honnêtement, fourni l'exemple d'un incident de transmission qui se serait passé au cours de la camapgne de 1814. Mais cet exemple se situe à nouveau dans la cadre d'une défaite.
Du côté des Prussiens (qui eux, sont vainqueurs en 1815) on constate également 2 exemples ou les trnasmissions ne se sont pas trop bien déroulée. Et pourtant il est généralement reconnu que les Prussiens avaient mis sur pied un service d'Etat Major de grande qualité.
Du côté britannique, les problèmes de transmissions semblent être plus généralisés mais Wellington lui même se plaignait en 1815 de ses officiers d'Etat Major.
Pour que l'on puisse valablement comparer les camapgnes et les éventuels disfonctionnements, il faudrait qu'un échantillon repésentatif de campagnes victorieuses soit analysé autant dans le détail que le fût la camapgne de 1815. Ce qui n'a, je crois, jamais été réalisé.

Un dysfonctionnement bien connu est l'erreur commise par Berthier au début de la campagne de 1809 qui avait étalé les armées sur un espace trop important, exposant ainsi les forces les plus avancées commandées par Davout à se trouver en position d'infériorité par rapport aux Autrichiens. Le fait que cette erreur était imputable à un subalterne et non à Napoléon lui-même n'est sans doute pas étranger à la bonne connaissance que nous avons de cet événement, Napoléon l'ayant lui-même utilisé pour souligner à quel point sa présence à la tête de ses troupes était indispensable au bon déroulement des combats.

L'exemple que vous évoquez se situe plutôt au niveau des dispositions stratégiques que de la transmission des ordres et informations.
Mais là, les exemples sont plus fréquents et même en présence de Napoléon lui même à la tête des armées.
Nous pouvons parler du cas de la bataille de Durenstein lors de la camapgne d'Austerlitz, ou un corps d'armée se retrouva isolé sur la berge d'un fleuve alors que toute l'armée française se retrouvait de l'autre côté.
Ce corps n'échappa à la destruction que grâce à la grande qualité des soldats qui le composait et à la détermination de son chef (et peut être aussi à quelques erreurs de l'ennemi).
Il existe aussi la duperie d'Hollabrünn ou l'armée Russe échappa à Murat.
Nous pouvons évoquer le cas de Iena-Auerstadt ou finalement les corps de Davout est tombé tête la première sur le gros de l'armée Prussienne sans s'y attendre.

Il est peut-être également possible (mais là je m'avance effectivement sur un terrain que je connais bien mal) de réexaminer sous cet angle les agissements de ce "traître" de Bernadotte à Austerlitz et à Wagram. Ne serait-ce pas là aussi le résultat de "dysfonctionnements ordinaires" ?

Nous devrions peut être plutôt parler de Auerstadt et Eylau ou il semble que l'inaction de Bernadotte soit plutôt due à des ordres mal compris, ambigus ou interceptés (c'est du moins la défense du personnage)
A Wagram, il semble plutôt s'agir d'une débandade des troupes saxonnes.

Dans une telle perspective, les nombreux dysfonctionnements qui semblent expliquer la défaite de Waterloo ne seraient devenus extraordinaires que parce que la bataille a tourné au désastre. Si Napoléon avait vaincu et que son génie n'avait pas été pris en défaut, il y a fort à parier que la manière dont on aurait perçu les choses aurait été sensiblement différente. Certaines de ses erreurs "grossières" et "surprenantes" ne seraient-elles pas devenues des coups de génie ?

Comme le déroulement de la campagne est finalement assez mal connu, on travaille sur des idées fausses qui font que l'on ne s'explique pas comment certaines choses ont pu se dérouler.
Des pans entiers de la campagnes ont été réécrits et transformés alors que d'autres sont peut être restés tels quel. La liaison entre ces différentes parties devenant impossible, on commence à décortiquer chaque événement pour y rechercher ce qui n'a pas fonctionné.

Si l'on arrive à se rapporcher le plus près possible de la réalité des faits en reprennant l'étude à 0, nous aurons peut être un chance de mieux percevoir le déroulement de la camapgne et de mieux comprendre ce qu'il en est.
Des fautes grossières finiront peut être par passer pour des dispositions stratégiques tout à fait normales.

Il y a tout de même loin de la faute grossière au coup de génie.

Cordialement

Frédéric

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric le 24/03/2005 10:09
Frédéric
 

Message par Frédéric Staps » 12 Juil 2015 18:32

Frédéric a écrit :Comment osez vous adopter une telle méthode de travail aussi éloignée de la méthode historique :lol:

En fait, ce n'est nullement contraire à la méthode historique. De nombreux historiens travaillent de cette manière sans que cela pose problème. Vérifier la validité d'une hypothèse de départ en faisant des recherches ne pose problème que si, n'ayant pas trouvé les confirmations que l'on espérait, on s'obstine quand même à vouloir démontrer la validité de son hypothèse en utilisant des éléments qui ne sont pas convaincants et qui ne le deviennent que moyennant une interprétation tirée par les cheveux.
La principale raison pour laquelle j'ai mis cet avertissement au début de mon texte était que je suis loin d'être un spécialiste de l'histoire militaire. Il pourrait donc passer pour prétentieux de ma part de vouloir avancer des théories originales en ce domaine.
Frédéric a écrit :Et quelle est votre idée de départ?

C'est un peu la théorie des "dysfonctionnements généralisés". Dans d'autres recherches mais aussi par d'autres expériences, j'ai pu constater qu'il était rare qu'une institution ou une entreprise fonctionnaient parfaitement, mais qu'au contraire, il y avait souvent des rivalités, des objectifs contradictoires, des incohérences qui les rendaient plus ou moins inefficaces, voire même les amenaient à faire tout autre chose que ce qu'elles étaient censées faire. D'où l'idée que ce constat pourrait aussi être étendu au fonctionnement des armées même victorieuses.
Frédéric a écrit :Pour un peu connaitre la méthode de travail de BC, je ne pense pas qu'il ait tiré sa conclusion sur un seul exemple.

En citant cette phrase de Bernard Coppens, je n'entendais pas démontrer qu'il aurait tiré des conclusions hâtives sur base d'une seule observation. Je m'interroge simplement pour savoir s'il est vraiment possible de déterminer quelle armée fait preuve de professionnalisme et quelle autre armée fait preuve d'amateurisme. N'est-ce pas souvent sur base de l'issue des combats que l'on va faire cette évaluation, le vainqueur étant considéré généralement comme moins amateur que le vaincu ?
D'autre part, il semble que l'amateurisme ne soit pas toujours un obstacle à la victoire. Lors des guerres révolutionnaires, l'armée française faisait sans doute preuve de bien davantage d'amateurisme que les armées adverses, ce qui ne l'a pas empêché néanmoins de remporter plus de victoires. On peut faire le même constat avec les insurgés du Tyrol qui étaient certainement moins professionnels que les troupes franco-bavaroises. Mais encore une fois, ce sont eux qui ont remporté les premières victoires.
Frédéric a écrit :Mais cet exemple se situe à nouveau dans la cadre d'une défaite.

Cela confirmerait que l'on ne retient bien souvent les dysfonctionnements que s'ils ont des conséquences fâcheuses.
Frédéric a écrit :Pour que l'on puisse valablement comparer les camapgnes et les éventuels disfonctionnements, il faudrait qu'un échantillon repésentatif de campagnes victorieuses soit analysé autant dans le détail que le fût la camapgne de 1815. Ce qui n'a, je crois, jamais été réalisé.

La bataille la plus étudiée de Napoléon serait donc sa plus grande défaite ? :shock: Au lieu d'essayer de saisir "l'essence de son génie" en étudiant en détail ses diverses batailles, on se contenterait donc d'essayer d'apporter des explications au fait que son génie ne lui a pas permis de vaincre à Waterloo ?
Frédéric a écrit :Nous pouvons parler du cas de la bataille de Durenstein lors de la camapgne d'Austerlitz, ou un corps d'armée se retrouva isolé sur la berge d'un fleuve alors que toute l'armée française se retrouvait de l'autre côté.
Ce corps n'échappa à la destruction que grâce à la grande qualité des soldats qui le composait et à la détermination de son chef (et peut être aussi à quelques erreurs de l'ennemi).

C'est un peu comme la bataille d'Essling ?
Frédéric a écrit :Nous pouvons évoquer le cas de Iena-Auerstadt ou finalement les corps de Davout est tombé tête la première sur le gros de l'armée Prussienne sans s'y attendre.

Il s'agirait selon vous d'un dysfonctionnement ? Il aurait donc été doublement occulté ? D'une part par la victoire qui tranforme ce qui aurait pu être une tragédie en heureuse coïncidence et d'autre part, par la volonté de Napoléon de pouvoir s'attribuer la part principale dans les victoires du jour ?
Frédéric a écrit :Nous devrions peut être plutôt parler de Auerstadt et Eylau ou il semble que l'inaction de Bernadotte soit plutôt due à des ordres mal compris, ambigus ou interceptés (c'est du moins la défense du personnage)
A Wagram, il semble plutôt s'agir d'une débandade des troupes saxonnes.

Je me suis rendu compte des imprécisions en découvrant un site où l'on parlait de Bernadotte. Voir le sujet "A la recherche de Bernadotte" sur ce forum ou le sujet équivalent sur le forum de BRH qui l'a allègrement repiqué.
Frédéric a écrit :Si l'on arrive à se rapporcher le plus près possible de la réalité des faits en reprennant l'étude à 0, nous aurons peut être un chance de mieux percevoir le déroulement de la camapgne et de mieux comprendre ce qu'il en est.

N'est-ce pas un peu illusoire ?
Frédéric a écrit :Des fautes grossières finiront peut être par passer pour des dispositions stratégiques tout à fait normales.

En quoi est-ce si important ?
Frédéric a écrit :Il y a tout de même loin de la faute grossière au coup de génie.

Dans un autre domaine, certaines découvertes importantes sont parfois dues à des erreurs. J'avais entendu dire (mais je ne peux citer de sources) que c'était la négligence habituelle d'Alexander Fleming qui avait été à l'origine de sa découverte de la pénicilline. Ce serait parce qu'il aurait laissé moisir des tartines au fromage qu'il serait parvenu à cette découverte. Ne pourrait-on imaginer dès lors que certains comportements militaires involontaires puissent avoir eu d'heureuses conséquences et deviennent ainsi des coups de génie ?

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 24/03/2005 12:12
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Message par Frédéric » 12 Juil 2015 18:33

Frédéric Staps a écrit :C'est un peu la théorie des "dysfonctionnements généralisés". Dans d'autres recherches mais aussi par d'autres expériences, j'ai pu constater qu'il était rare qu'une institution ou une entreprise fonctionnaient parfaitement, mais qu'au contraire, il y avait souvent des rivalités, des objectifs contradictoires, des incohérences qui les rendaient plus ou moins inefficaces, voire même les amenaient à faire tout autre chose que ce qu'elles étaient censées faire. D'où l'idée que ce constat pourrait aussi être étendu au fonctionnement des armées même victorieuses.

Je pense que tout système ou organisation mis en place par l'homme fonctionne imparfaitement même s'il se montre éfficient et rentable.
On peut trouver partout de petits problèmes ou de petits dysfonctionnements qui n'empêchent pas le système de tourner.
Ca peut tourner à la catastrophe lorsque ces problèmes commencent à se multiplier et se combinent.
Prenons un exemple hors du contexte : Un pilote d'avion peut ne pas être en forme et malgré tout piloter son appareil et ammener ses passagers à bon port. Un moteur de l'avion peut également tomber en panne sans que l'avion ne s'écrase. Les avions traversent régulièrement des zones de très mauvais temps sans pour autant se crasher.
Par contre, si justement le jour ou le pilote a du mal à se concentrer, il traverse un orage violent et qu'un de ses moteurs tombe an rade, nous courrons droit à une catastrophe. C'est l'accumultation de plusieurs problèmes qui, pris séparément ne présenteraient pas de problème majeur, qui est en fait la cause de l'accident.

Frédéric Staps a écrit :En citant cette phrase de Bernard Coppens, je n'entendais pas démontrer qu'il aurait tiré des conclusions hâtives sur base d'une seule observation. Je m'interroge simplement pour savoir s'il est vraiment possible de déterminer quelle armée fait preuve de professionnalisme et quelle autre armée fait preuve d'amateurisme. N'est-ce pas souvent sur base de l'issue des combats que l'on va faire cette évaluation, le vainqueur étant considéré généralement comme moins amateur que le vaincu ?

Je ne sais si globalement on peut efficacement comparer les armées dans leur ensemble, mais je pense que l'on peut en comparer certains éléments.
Par exemple, on peut comparer l'infanterie de chaque armée en en présentant les qualités et les défauts respectifs.
On peut faire de même dans le cas du travail d'Etat Major, qui est le problème qui nous occupe dans ce cas ci. A nouveau, un "mauvais" travail d'EM peut être compensé par un bon esprit d'initiative de la part des généraux qui reçoivent les ordres (comme les Hollando-Belges aux Quatre Bras).

D'autre part, il semble que l'amateurisme ne soit pas toujours un obstacle à la victoire. Lors des guerres révolutionnaires, l'armée française faisait sans doute preuve de bien davantage d'amateurisme que les armées adverses, ce qui ne l'a pas empêché néanmoins de remporter plus de victoires. On peut faire le même constat avec les insurgés du Tyrol qui étaient certainement moins professionnels que les troupes franco-bavaroises. Mais encore une fois, ce sont eux qui ont remporté les premières victoires.

Je ne connais pas les guerres de la révolution ni du tyrol, mais il semble constant que si une armée "amateure" peut remporter des succès initiaux, elle finit rapidement par se trouver dépassée par l'armée de métier et s'effondre à moins d'un soutien extérieur.
Ces succès initiaux peuvent peut être s'expliquer par l'effet de surprise, la sousestimation de l'adversaire et la mauvaise qualité des troupes envoyées dans un premier temps pour contrer la rebellions.

Cela confirmerait que l'on ne retient bien souvent les dysfonctionnements que s'ils ont des conséquences fâcheuses.

Il est vrai que "tant que ça marche" on ne pense pas toujours à faire un débriefing de ce qui c'est passé.
Ce n'est en principe souvent qu'après avoir connu un échec que l'on étudie ou se situe le problème.

La bataille la plus étudiée de Napoléon serait donc sa plus grande défaite ? :shock: Au lieu d'essayer de saisir "l'essence de son génie" en étudiant en détail ses diverses batailles, on se contenterait donc d'essayer d'apporter des explications au fait que son génie ne lui a pas permis de vaincre à Waterloo ?

Je crois surtout que Waterloo est la bataille la plus mystérieuse car c'est probablement celle sur laquelle on a le plus menti et de tous les côtés. Cette bataille restant mystérieuse, chacun, régulièrement, tente de percer le mystère.

C'est un peu comme la bataille d'Essling ?

Essling est une tentative d'offensive qui tourne mal par, à mon avis, un défaut de prévoyance.
La bataille de Durenstein semble plutôt s'apparenter à la bataille d'Auerstadt. Un corps d'armée isolé qui tombe sur le gros de l'armée russe.

Il s'agirait selon vous d'un dysfonctionnement ?

Je ne vois pas très bien ce que ça peut être d'autre. Un corps d'armée isolé qui tombe sans s'y attendre sur le gros de l'armée prussienne alors que Napoléon croit avoir cette armée prussienne devant lui... Ca ressemble furieusement à un dysfontionnement au niveau du renseignement.

N'est-ce pas un peu illusoire ?

Ce qui serait illusoire, serait de croire que l'on poura établir avec certitude et précision le déroulement des événements de la campagne.
Par contre, je crois possible d'établir un schéma plus vraisemblable et plus cohérent que ce que nous connaissons actuellement.
Pour celà, il faut recommencer l'étude à 0.

En quoi est-ce si important ?

Je ne sais si c'est important mais ça peut se révéler intéressant à mon avis.
Si l'on analyse un échec quel qu'il soit, autant tenter de le faire convenablement an partant sur des bases solides.
La théorie de B. Coppens, est que le fait d'avoir caché les réelles causes de l'échec de Waterloo a pu avoir des conséquences sur la stratégie française jusqu'en 1918. Une étude convenable de la bataille de Waterloo n'aurait elle déjà permis que d'économiser la vie des milliers de pauvres gars qui ont chargé face à des mitrailleuses comme à la grande époque, qu'elle serait déjà d'un grand intérèt.

Ne pourrait-on imaginer dès lors que certains comportements militaires involontaires puissent avoir eu d'heureuses conséquences et deviennent ainsi des coups de génie ?

Je ne sais pas, je pense que si l'on fait preuve d'un minimum d'honnêteté, Auerstadt restera tout de même toujours une gaffe qui a très bien tourné et qui a eu des conséquences plus qu'heureuses.

Cordialement

Frédéric

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric le 29/03/2005 09:34
Frédéric
 

Message par Frédéric Staps » 12 Juil 2015 18:33

L'histoire militaire semble souvent marquée par une volonté de donner une explication globale et rationnelle d'événements qui sont en général plutôt confus. Même s'il essaie de renouveler en profondeur le genre, j'ai un peu l'impression que Bernard Coppens n'échappe pas entièrement à ce travers (bon évidemment, je m'avance sans doute un peu vite en écrivant cela puisque je n'ai pas encore fini son ouvrage). J'avais déjà entendu cette théorie selon laquelle l'étude de la bataille de Waterloo sur des bases erronées aurait influencé la stratégie des militaires français (et autres) jusqu'en 1918. Je ne la conteste pas. J'ai toutefois un peu l'impression qu'il est légèrement illusoire de croire qu'une étude correcte et approfondie de l'histoire aurait pu avoir une influence décisive sur les conceptions stratégiques d'une époque. Au contraire, j'aurais tendance à penser que c'est la volonté de démontrer le bien-fondé de ces conceptions stratégiques qui a poussé certains à instrumentaliser l'histoire pour en faire une lecture qui leur permettait d'appuyer leurs théories. Mais évidemment, là aussi, je m'avance peut-être imprudemment en formulant une telle hypothèse puisque la lecture des ouvrages de stratégie et d'histoire militaire n'a jamais été une de mes occupations favorites. :oops:

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 30/03/2005 09:49
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Message par hassepons » 27 Juil 2015 5:28

Alors, je pense que c'est ca. mais chacun son gout. coque galaxy s6 etui iphone 6s
hassepons
 
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