Les méthodes de gouvernement

Relations internationales, politique intérieure, mode de gouvernement, guerres, négociations, autant d''aspects qui constituent la politique à l'époque

Message par jebulon » 12 Juil 2015 19:31

Est-ce le terme "rébellion" qui convient en l'espèce ?
Ne pourrait-on pas plutôt parler d'"émeute" ? Je pose la question, car je ne connaissais pas, jusqu'à vous lire, l'événement dont vous parlez.
Il me semble qu'il y a plus qu'une nuance entre ces deux termes (pour moi, en tous cas), et je sollicite vos avis à cet égard. merci.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par jebulon le 19/11/2005 22:56
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Message par Frédéric Staps » 12 Juil 2015 19:31

Je faisais référence au livre de Jean Nicolas intitulé La rébellion française. Mouvements populaires et conscience sociale 1661-1789 (Seuil, 2002). Dans l'introduction de son ouvrage, il aborde la question du vocabulaire et explique notamment que (je cite) "l'un des termes le plus souvent relevés dans les sources officielles - police, justice, rapports administratifs - est celui de rébellion" (p. 21). C'est lui le spécialiste qui a travaillé sur le sujet pour mener son enquête pendant plus de 20 ans. Je n'ai aucune raison de remettre en question son choix de vocabulaire. Cela ne me paraît d'ailleurs pas avoir une grande importance.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 19/11/2005 23:26
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Message par jebulon » 12 Juil 2015 19:31

Merci de cette précision. je suis très intéressé de noter que c'est le terme employé à l'époque que vous avez repris.

Cela n'a en effet probablement pas d'importance relativement aux faits eux-mêmes et à leur nature matérielle, mais je persiste à penser que, les mots ayant un sens, utiliser à l'époque l'un plutôt que l'autre signifiait bien quelque chose : les autorités pourraient avoir perçu (ou voulu percevoir)une émeute comme une rébellion. On n'emploie pas les mêmes méthodes contre une émeute, et contre une rébellion.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par jebulon le 20/11/2005 13:06
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Message par Frédéric Staps » 12 Juil 2015 19:31

Et bien non, justement. Jean Nicolas signale l'usage de nombreux autres termes dans les documents qu'il a étudiés : rumeur, bruit, murmure, sensation, alarme, confusion, fermentation, effervescence, agitation, mouvement, esmouvance, trouble, tumulte, désordre, tapage, bacchanale, carillon, mutinerie, attroupement, assemblée illicite, émotion populaire, émeute, sédition, insurrection, révolte, soulèvement. Enumération un peu longue sans doute pour en faire le titre d'un ouvrage. Il n'a donc retenu qu'un terme : l'un de ceux qui étaient le plus souvent employés.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 20/11/2005 17:23
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Message par jebulon » 12 Juil 2015 19:31

Frédéric Staps a écrit :Et bien non, justement.


pardon, mais "non" quoi ?

Posté sur le forum Pour l'Histoire par jebulon le 20/11/2005 23:29
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Message par Frédéric Staps » 12 Juil 2015 19:32

Non, ceci :
jebulon a écrit :utiliser à l'époque l'un plutôt que l'autre signifiait bien quelque chose

L'emploi du terme "rébellion" par Jean Nicolas résulte d'un choix de l'auteur (parce qu'il fallait bien choisir). Ce choix repose sur le fait que le terme "rébellion" était l'un de ceux qui étaient le plus souvent employés, mais il dénote aussi l'intention d'une approche qui ne reflète pas uniquement la vision des autorités. Le terme "rébellion" est aujourd'hui chargé de plus de valeur positive que le terme "émeute", alors que ce n'était probablement pas le cas à l'époque.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 21/11/2005 08:45
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Message par jebulon » 12 Juil 2015 19:32

Merci de cette précision, c'est bien ce que j'avais cru comprendre.

Je ne suis pas sûr que le terme rébellion ait une charge plus positive que le terme émeute, aujourd'hui comme alors...
Disons que c'est un point discutable.

Je note en tous cas que la "rébellion" constitue, dans le code pénal français, une qualification juridique particulière (art. 433-6 dans sa rédaction actuelle, mais la base du texte est "d'origine", si je puis dire) avec une définition très précise, alors que le terme "émeute" n'y figure pas en tant qu'infraction particulière.

Si des autorités administratives ont employé le mot de "rébellion" en rendant compte d'un événement à des supérieurs, c'est que cela permettait à ces autorités de jouir d'un plus grand confort dans l'utilisation des moyens de la répression, non ?

La police de renseignement (les "RG" en France aujourd'hui) a toujours été extrêmement précise sur les mots qu'elle emploie, et cette précision est encore plus exigée au fur et à mesure qu'on monte dans la transmission hiérarchique. On a plusieurs lettres d'"engueulade" de Fouché à des subordonnés locaux sur ce sujet, où il leur reproche justement de ne pas donner à l'autorité une vision claire des choses.

Cela dit, j'aime beaucoup le "carillon", ce terme a un parfum extraordinaire, je trouve !

Posté sur le forum Pour l'Histoire par jebulon le 21/11/2005 09:15
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Message par Frédéric Staps » 12 Juil 2015 19:32

jebulon a écrit :Je ne suis pas sûr que le terme rébellion ait une charge plus positive que le terme émeute, aujourd'hui comme alors...
Disons que c'est un point discutable.

Voici un exemple d'usage positif du terme "Rébellion" : http://membres.lycos.fr/larebellion/
Peut-on vraiment trouver un usage aussi positif du mot "émeute" ?
jebulon a écrit :La police de renseignement (les "RG" en France aujourd'hui) a toujours été extrêmement précise sur les mots qu'elle emploie

La police de renseignement n'existait pas en tant que telle sous l'Ancien Régime. Il existait bien ce qu'on appelait les "mouches", mais une partie de leur travail était d'assurer la police des moeurs et en ce domaine, l'usage de doux euphémismes ou carrément l'auto-censure (écrire "m..." au lieu de "maquerelle" par exemple) l'emportaient largement sur la précision du vocabulaire.
jebulon a écrit :On a plusieurs lettres d'"engueulade" de Fouché à des subordonnés locaux sur ce sujet, où il leur reproche justement de ne pas donner à l'autorité une vision claire des choses.

Il serait intéressant de pouvoir lire ces lettres.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 21/11/2005 10:02
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