Napoléon et Bonaparte

Légende noire, légende rose, récits un peu fantastiques autour de Napoléon et de son règne, investissement affectif à l''égard du personnage... Autant de sujets auxquels cette rubrique est consacrée.
Avatar du membre
Frédéric Staps
Réfractaire impénitent
Messages : 4473
Enregistré le : 26 avr. 2006 12:17

Napoléon et Bonaparte

Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 17:36

Le sujet pour l'agrégation n'est pas des plus clairs. S'agit-il d'opposer comme on le fait souvent Bonaparte le maigrichon général de la République et le Premier Consul à Napoléon empereur qui a pris du poids ? Distinction très artificielle selon moi, l'itinéraire du personnage ne pouvant se scinder en époques nettement distinctes. Mais ce n'est peut-être pas vraiment cela la problématique à aborder. :cry:

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 24/03/2004 21:37
FA8

Message par FA8 » 12 juil. 2015 17:36

Bonaparte et Napoléon sont assez différents comme l'exemple cité ( le physique ). Voici peut être un autre élément de réponse.

Bonaparte pendant les 4 ans du Consulat était omniprésent à Paris, durant l'Empire Napoléon était très souvent loin de sa capitale. . .

Amicalement


Posté sur le forum Pour l'Histoire par FA8 le 24/03/2004 23:23
Avatar du membre
Frédéric Staps
Réfractaire impénitent
Messages : 4473
Enregistré le : 26 avr. 2006 12:17

Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 17:36

FA8 a écrit :Bonaparte et Napoléon sont assez différents comme l'exemple cité ( le physique ). Voici peut être un autre élément de réponse.
Ce n'est pas parce que l'on vieillit et que l'on prend de l'embonpoint que l'on devient un autre homme. Le sacre n'a pas eu d'influence déterminante sur la prise de poids de Napoléon. Quant au changement dans la coupe des cheveux, il date du début du Consulat et non du passage du Consulat à l'Empire. S'il y a donc rupture, c'est donc plus le 18 Brumaire qu'elle s'opère quand Napoléon prend le pouvoir pour ne plus le lâcher. Il y a ensuite une autre rupture qui se situe en 1814, lors de la destitution et de l'abdication. Napoléon prend conscience que son pouvoir ne sera pas éternel, ce qui l'amène lors des Cent-Jours à adopter un profil libéral afin de se concilier une partie de l'opinion qui lui avait été hostile, mais qui à la différence des courtisans obséquieux ne l'avait pas véritablement trahi en 1814.
Nouvelle rupture encore après Waterloo quand Napoléon sait qu'il a définitivement perdu et qu'il choisit de s'en remettre aux Anglais qui le condamnent à l'exil. Napoléon se crée alors un nouveau personnage.
FA8 a écrit :Bonaparte pendant les 4 ans du Consulat était omniprésent à Paris, durant l'Empire Napoléon était très souvent loin de sa capitale. . .
Une telle analyse doit à mon avis être écartée. Elle ne repose sur rien et est dépourvue de signification. Napoléon n'hésite pas à quitter Paris en mai 1800 pour prendre la tête de l'armée d'Italie, alors que cela n'entrait pas directement dans les attributions du Premier Consul. Napoléon séjourna également à Boulogne dès juin 1803.
A l'époque de l'Empire, Napoléon connaîtra également des séjours prolongés à Paris, notamment après avoir "fui" Vienne en octobre 1809 suite à la tentative de Frédéric Staps. :wink:

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 25/03/2004 09:02
FA8

Message par FA8 » 12 juil. 2015 17:36

Ce n'est pas parce que l'on vieillit et que l'on prend de l'embonpoint que l'on devient un autre homme

Napoléon a Waterloo n'était pas du tout le même homme que le général à la tête de l'armée d'Italie, son incapacité physique y était pour beaucoup.

Ensuite la prise de poids marque un certain signe de relachement quand à son physique, ou un signe qu'il " s'engraisse ", qu'il a pris plaisir au pouvoir, non???


Napoléon se crée alors un nouveau personnage

Vous admirez tant Napoléon pour ses talents d'acteurs, et c'est cela qui a provoqué en vous l'idée de créer de nombreux personnages :wink:

une telle analyse doit à mon avis être écartée

C'est un constat.

Elle ne repose sur rien

Je l'ai lu dans un livre il y a quelques jours et ce constat me paraît très réel. Même si pendant le consulat Napoléon a voyagé, durant ces 4années il a quand même été plus présent à Paris que pendant l'Empire.

Le sujet pour l'agrégation n'est pas des plus clairs. S'agit-il d'opposer comme on le fait souvent Bonaparte le maigrichon général de la République et le Premier Consul à Napoléon empereur qui a pris du poids ?

Bonaparte le législateur contre Napoléon l'homme de guerre. . .

Amicalement


Posté sur le forum Pour l'Histoire par FA8 le 25/03/2004 22:06
Avatar du membre
Frédéric Staps
Réfractaire impénitent
Messages : 4473
Enregistré le : 26 avr. 2006 12:17

Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 17:36

FA8 a écrit :Napoléon a Waterloo n'était pas du tout le même homme que le général à la tête de l'armée d'Italie, son incapacité physique y était pour beaucoup.
Une petite question : à Austerlitz, Bonaparte ou Napoléon ?
FA8 a écrit :Ensuite la prise de poids marque un certain signe de relachement quand à son physique, ou un signe qu'il " s'engraisse ", qu'il a pris plaisir au pouvoir, non???
Allez savoir pourquoi certaines personnes prennent du poids avec l'âge et d'autres pas. Je ne pense pas que les historiens sont vraiment habilités à donner de telles explications.
FA8 a écrit :Vous admirez tant Napoléon pour ses talents d'acteurs, et c'est cela qui a provoqué en vous l'idée de créer de nombreux personnages :wink:
Rien à voir en fait. Par contre, il pourrait être intéressant de s'interroger sur les talents d'acteur de Napoléon. "Comediante, tragediante", comme disait Pie VII.
FA8 a écrit :C'est un constat.
Pas vraiment inexact comme je vous l'ai indiqué.
FA8 a écrit :Je l'ai lu dans un livre il y a quelques jours et ce constat me paraît très réel. Même si pendant le consulat Napoléon a voyagé, durant ces 4années il a quand même été plus présent à Paris que pendant l'Empire.
C'est une fausse grande découverte. Cela n'apprend rien de très intéressant de découvrir que Napoléon séjourne davantage à Paris en période de paix que quand il mène ses armées à travers l'Europe.
FA8 a écrit :Bonaparte le législateur contre Napoléon l'homme de guerre. . .
Le "législateur" a quand même cru nécessaire pour consolider son pouvoir d'aller prendre la tête des armées en Italie dès le printemps 1800 alors qu'il était Premier Consul de fraîche date. Ce commandement des armées n'entrait, semble-t-il, d'ailleurs pas vraiment dans les attributions du nouveau chef de l'Etat. Après avoir "sauvé" la France par un coup d'Etat, Napoléon se devait encore de la "sauver" une fois de plus par les armes.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 25/03/2004 22:26
Artaxerxès

Message par Artaxerxès » 12 juil. 2015 17:36

FA8 a écrit :Ensuite la prise de poids marque un certain signe de relachement quand à son physique, ou un signe qu'il " s'engraisse ", qu'il a pris plaisir au pouvoir, non???

Je serais tenté de dire ni l'un ni l'autre, mais plutôt d'y voir tout simplement la marque de l'âge. Un certain nombre d'hommes prennent de la "bédaine" avec les années, l'estomac grossissant, et ce pas forcément à cause des plaisirs de la table. Toujours à ce sujet, j'avais lu (je ne sais plus si c'était chez Castellot) que ce fameux embonpoint croissant de l'empereur aurait été dû en fait à son cancer et à son aggravation.

FA8 a écrit :Napoléon a Waterloo n'était pas du tout le même homme que le général à la tête de l'armée d'Italie, son incapacité physique y était pour beaucoup
.

Incapacité? Vous voyez une incapacité physique chez Napoléon à l'époque de Waterloo? Vous pouvez précisez s'il vous plait?

Plutôt que de physique, je serais plutôt tenté d'évoquer des facteurs psychologiques chez le Napoléon de 1815. Bien évidemment il y a l'âge: il n'est plus le fringant général de l'armée d'Italie, ni celui à qui l'on prêta des rêves de conquêtes dignes d'Alexandre ou de César lors de la campagne d'Egypte. Mais surtout, il s'agissait d'un homme qui avait appris à ses dépents depuis l'année précédente qu'il pouvait être vaincu. Après le désastre de Russie et la perte de l'Allemagne en 1813, Napoléon, lors de la campagne de France, semble avoir cru pendant longtemps pouvoir encore retourner la situation en sa faveur. Finalement il lui a bien fallu se rendre à l'évidence (fortement aidé en cela par ses maréchaux, et je ne parle pas du "cas" Marmont) et reconnaître sa défaite, et par là même signer son abdication. Peut-être que la "remontée" triomphale sur Paris lors du début des Cent-Jours lui a de nouveau fait croire en sa bonne étoile, mais on est en droit de se demander si Napoléon croyait réellement en ses chances de vaincre après que ses offres de paix aient été repoussées par les puissances européennes réunies à Vienne. Certes, si Grouchy... (vous connaissez l'hypothèse), Waterloo eut éventuellement pu se transformer en victoire, mais pour quel résultat au final? Face à la détermination des alliés à empêcher l'"usurpateur" de réoccuper le trône, et suite à l'épuisement dans lequel se trouvait la France, l'empereur avait-il la moindre chance? Je n'en suis pas persuadé, et je ne suis pas certain que Napoléon y croyait au plus profond de lui-même. Après Waterloo, nous avons un empereur quelque peu désespéré, ne croyant manifestement plus en lui, qui abdique en faveur de son fils. Puis, suite à cela, semblant "se reprendre", il formule le voeux de se mettre à la tête des armées pour sauver le pays. N'est-ce pas là le Napoléon de l'après 1814, un homme empreint d'un profond réalisme pouvant aller jusqu'au pessimisme, animé de temps à autre de sursaut lui rendant temporairement toute son énergie? A chacun son opinion sur le sujet, mais telle est la mienne.

FA8 a écrit :Bonaparte le législateur contre Napoléon l'homme de guerre. . .
Je n'adhère pas vraiment à cette vision, et vu vos trois petits points, je ne suis pas certain que vous y croyiez également. En quoi s'est fait connaitre Bonaparte? En homme de guerre. Le siège de Toulon, le 13 Vendémiaire, les campagnes d'Italie et d'Egypte... tout autant d'épisodes "militaires" qui ont contribué à la notoriété du personnage et par lesquels naissent -a posteriori- la légende. Austerlitz, Friedland, Wagram... s'inscrivent en quelque sorte dans la continuité d'une "geste" inaugurée par le grêle général à la chevelure désordonnée. Quant à l'oeuvre législative, il me semble qu'elle n'est pas moindre sous l'Empire que sous le Consulat. Ce dernier fut certes une période de "réorganisation", avec pour point d'orgue l'élaboration du Code civil. Une activité dont Bonaparte, assisté de brillants juristes, fut plus le maître d'oeuvre que l'auteur. L'Empereur, lui, à l'apogée, étend son pouvoir sur une bonne moitié de l'Europe, et, sans doute toujours aussi bien entouré (Cambacérès entre autres), intervient fréquemment de manière personnelle dans les moindres détails de diverses activités. On peut citer l'exemple fameux du décret de Moscou organisant la Comédie française. Voilà qui est pour moi l'exemple typique du Napoléon législateur, se voulant l'organisateur à plusieurs milliers de kilomètres de distance de sa capitale alors qu'il se trouve dans une ville en partie réduite en cendre. L'aspect symbolique est extrêmement frappant. Bien évidemment, il ne manque sans doute pas d'anecdote de ce genre (en moins "marquantes") datant du Consultat, mais il me semble que cela démontre que l'on ne peut pas diviser facilement la "carrière" de Napoléon Bonaparte en "étapes" aisément identifiables selon une thématique, et qu'une fois de plus, avec un tel sujet, on se retrouve avec l'aspect oh combien arbitraire des divisions par "périodes" de l'histoire.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Artaxerxès le 25/03/2004 22:55
FA8

Message par FA8 » 12 juil. 2015 17:36

Une petite question : à Austerlitz, Bonaparte ou Napoléon ?

Napoléon Bonaparte.

Je ne pense pas que les historiens sont vraiment habilités à donner de telles explications.

Si le poids est un des facteurs importants dans l'évolution du personnage, l'historien doit s'y intéresser.

Rien à voir en fait

Ok, si vous le dites :evil: .

il pourrait être intéressant de s'interroger sur les talents d'acteur de Napoléon

Vous être libre d'ouvrir le sujet.

Cela n'apprend rien de très intéressant de découvrir que Napoléon séjourne davantage à Paris en période de paix que quand il mène ses armées à travers l'Europe

Si, une conception du pouvoir doublée d'une approche différente.

Le "législateur" a quand même cru nécessaire pour consolider son pouvoir d'aller prendre la tête des armées en Italie dès le printemps 1800 alors qu'il était Premier Consul de fraîche date

La situation ne l'imposait elle???

Après avoir "sauvé" la France par un coup d'Etat

Le Consulat fut plus bénifique que le Directoire

Napoléon se devait encore de la "sauver" une fois de plus par les armes.

Si Napoléon était plus le capable pour combattre les armées ennemies, il est tout à fait normal qu'il est digiré cette campagne.

Amicalement


Posté sur le forum Pour l'Histoire par FA8 le 25/03/2004 22:55
FA8

Message par FA8 » 12 juil. 2015 17:36

Je serais tenté de dire ni l'un ni l'autre, mais plutôt d'y voir tout simplement la marque de l'âge

Faux.

A Waterloo Wellington et Napoléon ont presque le même âge, pourtant l'anglais n'est ni gros, ni malade, et ne souffre d'aucune pathologie.


Posté sur le forum Pour l'Histoire par FA8 le 25/03/2004 23:01
Artaxerxès

Message par Artaxerxès » 12 juil. 2015 17:36

L'embonpoint, s'il est assez fréquent chez les hommes passé un certain âge, ne les concerne pas tous pour autant (voyez le svelte Charles X par exemple). Donc je ne suis pas certain que votre "faux" puisse s'appuyer sur le contre-exemple de Wellington.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Artaxerxès le 25/03/2004 23:23
FA8

Message par FA8 » 12 juil. 2015 17:36

On peut citer l'exemple fameux du décret de Moscou organisant la Comédie française.Voilà qui est pour moi l'exemple typique du Napoléon législateur, se voulant l'organisateur à plusieurs milliers de kilomètres de distance de sa capitale alors qu'il se trouve dans une ville en partie réduite en cendre

Désolé mais ce propos est assez douteux voire totalement faux. :wink: ( n'allez pas croire que je vous en veux :!: )

A ce sujet je vous conseille de lire Le décret de Moscou mérité t il son nom? dans la Revue Historique du droit français et étranger ( juillet 1975, pages 436 à 440 pour faire plaisir à Robert :lol:. . . ). Ce passage nous explique et démontre que ce fameux décret organisant la Comédie Française n'a pas été signé à Moscou, ni pendant la retraitre mais à PARIS. Pourquoi ce subterfuge?? Dans un souci évident de propagande, pour sauver la face et rassurer l'opinion sur l'étendue du désastre.

Amicalement


Posté sur le forum Pour l'Histoire par FA8 le 25/03/2004 23:40
Artaxerxès

Message par Artaxerxès » 12 juil. 2015 17:37

FA8 a écrit :Désolé mais ce propos est assez douteux voire totalement faux. :wink: ( n'allez pas croire que je vous en veux :!: )
Au contraire, c'est une remarque très intéressante dont vous nous faites part. Très intéressante notamment sur ce qu'elle peut nous révéler sur la manière qu'aurait eu l'empereur de se "mettre en scène" et donc sur l'image dont il voulait qu'elle soit la sienne (sans parler, bien évidemment, du contexte dramatique pouvant justifier ce subterfuge). Pour citer une anecdote "véridique" illustrant le thème du "législateur Napoléon", je crois qu'on en a une sur un sujet assez proche, Napoléon organisant je ne sais plus quelle activité parisienne durant la campagne de Prusse/Pologne fin 1806.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Artaxerxès le 25/03/2004 23:51
Avatar du membre
Frédéric Staps
Réfractaire impénitent
Messages : 4473
Enregistré le : 26 avr. 2006 12:17

Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 17:37

FA8 a écrit :Napoléon Bonaparte.
Merci, c'est la réponse que j'espérais. Comment mieux exprimer en effet que la distinction entre Napoléon et Bonaparte n'a guère de réalité ? :lol:
FA8 a écrit :Si le poids est un des facteurs importants dans l'évolution du personnage, l'historien doit s'y intéresser.
Et que faut-il conclure de la calvitie de Jules César qu'il cachait avec sa couronne de lauriers ? Doit-on faire un rapprochement avec Valéry Giscard d'Estaing et Philippe Maystadt, le président de BEI ? C'est une hypothèse de travail très séduite, mais permettra-t-elle d'obtenir des résultats ?
FA8 a écrit :Ok, si vous le dites :evil: .
Heureux que vous marquiez votre accord. Ca change de vos habitudes. :twisted:
FA8 a écrit :Vous être libre d'ouvrir le sujet.
Votre citation de l'article extrait de la Revue historique de droit français et étranger (excellente revue, soit dit en passant, même si sa diffusion reste malheureusement un peu confidentielle et réservée aux spécialistes - à l'université de Liège par exemple on ne la trouve que dans la bibliothèque de la faculté de droit, mais pas dans celle du département d'histoire, sauf sous forme de quelques tirés-à-part d'articles) nous donne une bonne illustration des talents de comédien de Napoléon. Le plus comique dans l'histoire est qu'il a choisi de faire cette petite mise en scène à propos de la Comédie française. Du grand art !
FA8 a écrit :Si, une conception du pouvoir doublée d'une approche différente.
Il s'agit surtout de conditions de travail différentes. Napoléon Bonaparte voulait pouvoir continuer à diriger la France même quand il était en campagne militaire. Il avait donc mis au point tout un système de communications pour pouvoir le faire. Et ce n'était pas que de la propagande, même si le décret de Moscou est peut-être un élément délibérément fabriqué pour alimenter la légende. A diverses reprises, ce mode de gouvernement a posé quelques problèmes. Lors de la campagne d'Italie en 1800, Talleyrand et Fouché auraient profité de cette absence pour envisager un successeur au Premier Consul. La victoire d'Austerlitz fut l'occasion d'une spéculation boursière où l'on fit circuler la rumeur d'une défaite pour faire chuter la bourse, acheter massivement des titres à bas prix et faire un gros bénéfice au moment de l'annonce de la victoire (comme quoi Ben Laden n'a pas vraiment innové). En 1809, Fouché profite à nouveau de la vacance du pouvoir et de l'indécision du ministre Clarke pour s'imposer comme l'homme fort du gouvernement et gérer la crise de Walcheren d'une manière efficace, mais aussi déplaisante pour Napoléon Bonaparte qui ne le lui pardonna pas et s'en débarrassa l'année suivante sous un vague prétexte. La plus grave crise provoquée par cet éloignement de la capitale est évidemment la conspiration du général Malet.
Mais il n'y a pas dans tout cela deux conceptions différentes sur la manière de diriger le pays. Napoléon Bonaparte entendait diriger tout lui-même et il a voulu continuer à le faire, même quand il s'éloignait de Paris. Il n'a toutefois jamais vraiment envisagé de déléguer une partie de son pouvoir à quelqu'un qui aurait eu de réelles capacités pour l'exercer. En 1814 encore, il refait la même erreur en confiant l'essentiel des responsabilités à Marie-Louise et à son frère Joseph.
FA8 a écrit :La situation ne l'imposait elle???
Moreau s'est très bien débrouillé sans l'intervention du Premier Consul. Il aurait donc pu confier le commandement de l'armée d'Italie à un homme de même valeur. Mais Napoléon Bonaparte avait besoin de victoires militaires pour renforcer sa position de Premier Consul.
FA8 a écrit :Le Consulat fut plus bénéfique que le Directoire
Si ce régime s'était mis en place sur des bases plus légales, il n'en aurait probablement pas été moins bénéfique.
FA8 a écrit :Si Napoléon était plus le capable pour combattre les armées ennemies, il est tout à fait normal qu'il est digiré cette campagne.
Je viens de vous expliquer les raisons pour lesquelles Napoléon Bonaparte a choisi de diriger lui-même cette campagne, malgré le fait que cela n'entrait pas directement dans les attributions du Premier Consul. La question n'est pas de savoir si c'est normal ou non, ni même de savoir si c'était ou non une bonne chose. Faire de l'histoire, c'est comprendre les motivations des acteurs. Dans le cas présent, elles sont on ne peut plus claires. Et l'effet recherché a été pleinement obtenu. Il nous faut donc conclure à la très grande habileté tant politique que militaire de Napoléon Bonaparte, plutôt que de s'interroger sur la manière dont les choses auraient pu se faire autrement et les chances de succès.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 26/03/2004 10:05
Artaxerxès

Message par Artaxerxès » 12 juil. 2015 17:37

FA8 a écrit :Le Consulat fut plus bénéfique que le Directoire
Frédéric Staps a écrit :Si ce régime s'était mis en place sur des bases plus légales, il n'en aurait probablement pas été moins bénéfique

Il faut bien avouer que l'établissement légal d'un nouveau type de gouvernement après le Directoire aurait été très problématique et plus qu'improbable. Voici à ce sujet quelques extraits de la Constitution de l'an III (1795):
Titre XIII: Révision de la Constitution

Art.336: Si l'expérience faisait sentir les inconvénients de quelques articles de la Constitution, le Conseil des Anciens en proposerait la révision.

Art.337: La proposition du Conseil des Anciens est, en ce cas, soumise à la ratification du Conseil des Cinq-Cents.

Art.338: Lorsque, dans un espace de neufs années, la proposition du Conseil des Anciens, ratifiée par le Conseil des Cinq-Cents, a été faite à une époque éloignée l'une de l'autre de trois années au moins, une Assemblée de révision est convoquée.

(12 autres articles suivent afin de fixer la suite de la procédure)
Bref, une procédure extrêmement lourde, étalée sur une durée minimale de neuf ans, contribuant ainsi à rendre concrètement impossible toute révision du mode de gouvernement par voie légale. D'ailleurs, les institutions de ce régime, que cela soit les Conseils ou les Directeurs, ne donnaient guère l'exemple du respect de la légalité avec leurs incessants coups d'Etat dès que le résultats des élections n'allait pas dans le sens qu'ils souhaitaient. C'est en raison de cette rigidité de la Constitution que Sieyès cherchait un "sabre" afin de la réviser dans un sens favorable à l'exécutif. Aurait-il été possible de faire "plus légal" qu'un coup d'Etat? Je n'en suis pas persuadé. L"'habitude" des coups de force à l'aide de l'instrument militaire était prise depuis le 18 Fructidor. Quant à la "classe politique", le recours à de telles pratiques devait sans doute contribuer à la discréditer auprès d'une opinion devenue somme toute assez passive, si l'on en croit la réaction qui fut la sienne suite à Brumaire selon Jean Tulard: "Paris ne bouge pas, habitué aux coups d'Etat annuels du Directoire: un de plus, dit-on" (Les révolutions de 1789 à 1851). On peut supposer qu'il en allait de même pour le reste du pays, habitué à recevoir quelques jours plus tard les nouvelles d'une énième coup de force.

Il serait cependant sans doute intéressant de réfléchir à ce qui a pu être positif dans l'action du Directoire. Il me semble que peu de gouvernements ont été autant décriés que celui-ci, situé de plus, il est vrai, entre la Révolution "à son zénith" et le pouvoir personnel de celui qui est souvent considéré comme le "héros de l'histoire de France". On pourrait peut-être souffler l'idée au sieur Caratini, histoire qu'il dénonce dans la vision qu'on a traditionnellement du Directoire une nouvelle imposture. :wink: 8)

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Artaxerxès le 26/03/2004 16:24
hypolite

Message par hypolite » 12 juil. 2015 17:37

L'Empereur n'a pas pris 30kg le jour ou il a coiffé la couronne, mais c'est enrobé petit à petit comme beaucoup d'hommes avec la quarantaine ! :wink:

Posté sur le forum Pour l'Histoire par hypolite le 26/03/2004 20:30
Cipriani

napoléon et bonaparte

Message par Cipriani » 12 juil. 2015 17:37

je crois que le sujet pourrait avoir comme amorce la notice bibliographique que consacra Pierre larousse à Bonaparte, datant son décès justement au coup d'état...(mais si j'ai entendu parler comme tout le monde de cette notice je ne la connais pas en détail donc là encore c'est un appel à ceux qui seraient beaucoup plus érudits que moi en la matière)

jusqu'à celui-ci justement Napoléon c'était (ou il pouvait passer pour..) l'épée au service de la nation, de la république, l'abnégation fait homme servant son pays de façon désintéressée sans chercher por lui de quelconque retombées si ce n'est la "gloire"
un petit détail intéressant aussi pour articuler c'est peut-être cette paraphe de Beethoven sur la symphonie héroïque que l'auteur biffe lorsqu'il apprend je crois non pas que bonaparte a pris le pouvoir mais qu'il est devenu empereur
donc il serait interressant de savoir comment ont été perçu par les contemporains ces deux événements le coup d'état et le sacre par les contemporains et par la suite comment ces événements ont été analysés ultérieurement et si ils marquent une évolution réélle du personnage et de son action, ou si bonaparte et napoléon sont assez similaires

la remarque de STAPS SUR le fait que Napléon n'était pas obligé de continuer à diriger les manoeuvres militaires est aussi intéressante à mettre en parrallèle avec Tulard qui il me semble qualifie volontiers l'empire de dictature militaire

pourquoi Napoléon a-t-il continué à diriger les armées de la France, il était le meilleur ? il s'estimait être le meilleur ? il craignait qu'un autre "sabre" lui ravisse l'exécutif ? y a t-il une spécificité Bonaparte ? un autre sabre aurait-il pu prendre sa place ou avait-il quelque chose chez lui un "plus" qui le rendait unique ? a-t-il d'une certaine manière de façon un peu 'puérile' imiter ses modèles antiques qu'étaient César et Alexandre au risque de soumettre aux aléas de la guerre la transmission de son régime aux siens

le choix du régime politique impérial est-ce une idée de lui, ou cette idée lui a-t-elle été suggérée (talleyrand ?) est-il un despote "éclairé" ou une autre espèce de dirigeant ? le choix d'une monarchie était-ce une vraie bonne idée ou une mauvaise idée pour se faire accepter des autres monarchies (les autres monarchies pouvaient-elles raisonnablement accepter en leur rang un parvenu, et donner ainsi en leurs propres royaumes des idées de successions monarchiques au sein d'autres familles que les leurs ?) je pense à une réflexion de Napoléon lui-même sans doute conscient de la fragilité du montage institutionnel de l'empire, battre le roi de Prusse, envahir quasiment tout son royaume, de même en Autriche envahir Vienne cela n'a pas remis en cause les monarchies en place, Paris une fois envahit (ou en passe de l'être) Napoléon a été forcé à l'abdication, la conspiration Malet arguant de la mort de Napoléon en Russie, personne ne songe à proclamer Napoléon II empereur

voila les questions que je me pose mais auxquelles je souhaiterai des réponses car à mon avis il y a peut-être des éléments pour dégager une problématique susceptible d'intéresser éventuellement (je reste très prudent... :lol: ) un correcteur d'agreg, car à mon avis le fait que Napoléon ait été ventripotent à Waterloo contrairement à Wellington né la même année que lui ça risque de le faire très moyen non ?

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Cipriani le 29/03/2004 16:19
Répondre