L'après Napoléon

Légende noire, légende rose, récits un peu fantastiques autour de Napoléon et de son règne, investissement affectif à l''égard du personnage... Autant de sujets auxquels cette rubrique est consacrée.
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FA8

L'après Napoléon

Message par FA8 » 12 juil. 2015 17:39

Après 1815 , l'Empire a été considéré par le peuple comme un véritable âge d'or, car durant cette période les salaires étaient hauts et les prix bas. La gloire napoléonienne c'est aussi et surtout, cette armée de paysans qui avait conquis toute l'Europe et qui avait " reculé les limites de la Gloire ". Ces ex-soldats ont entretenu la flamme et ont raconté la légende et en sont donc devenus les vrais auteurs. . .

Il y aurait encore beaucoup à dire.

Amicalement


Posté sur le forum Pour l'Histoire par FA8 le 26/03/2004 00:18
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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 17:39

FA8 a écrit :Il y aurait encore beaucoup à dire.
Le même sujet a déjà été abordé de manière plus complète et avec un titre mieux adapté sur ce même forum :
http://www.pourlhistoire.info/Forum/viewtopic.php?t=132

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 26/03/2004 10:11
Artaxerxès

Message par Artaxerxès » 12 juil. 2015 17:39

FA8 a écrit :Après 1815 , l'Empire a été considéré par le peuple comme un véritable âge d'or, car durant cette période les salaires étaient hauts et les prix bas. La gloire napoléonienne c'est aussi et surtout, cette armée de paysans qui avait conquis toute l'Europe et qui avait " reculé les limites de la Gloire ". Ces ex-soldats ont entretenu la flamme et ont raconté la légende et en sont donc devenus les vrais auteurs. . .
Je suis en train de terminer Les révolutions de 1789 à 1851, de "maître" Jean Tulard, ouvrage qui, en mettant en parallèle l'Empire et la Restauration, donne des explications quant à cet "âge d'or" effectivement ressenti par les paysans et un certain nombre d'ouvrier après la chute de l'"aigle". Pour Tulard, la hausse des salaires s'explique par la ponction humaine due à la conscription. Cette dernière concernait essentiellement les paysans, et ce sont donc surtout les salaires agricoles qui ont cru. Mais de manière globale, la main d'œuvre disponible était moindre, et donc, selon la loi classique de l'offre et de la demande, sa rétribution a augmenté. Quant aux prix, leur évolution décroissante peut s'expliquer à la fois par un certain interventionnisme de l'Etat napoléonien ainsi que par la structure du "système continental". Ainsi, en 1801, alors que suite à de mauvaises récoltes la disette menaçait, le Premier consul ordonna à deux financiers (Ouvrard et Vanlerberghe) d'acheter toutes les cargaisons de grains qu'ils trouveraient dans les ports néerlandais, mais aussi anglais(!). Résultat, la hausse du prix du pain fut contenue. Quant au "système continental", en faisant converger un grand nombre de matières premières et autres produits finis ou semi-finis, il contribuait à assurer une forte offre sur le marché français, et ainsi à maintenir la stabilité des prix, voire à les faire baisser. Certains Etats vassaux se voyaient en effet contraints à exporter la totalité de certaines de leurs productions vers la France. Le problème d'un tel "système", c'est qu'il ne peut être que générateur de tensions: il porte la marque ostensible de la domination d'un pays sur les autres. Ainsi, en créant une situation de monopsone (= un seul acheteur) en faveur de la France pour certaines productions, cela équivalait à faire de cette dernière la maîtresse de la fixation des coûts d'achats, forcément orientés à la baisse, ce qui ne pouvait que générer frustration et rancœur dans le pays concerné. Dans l'Europe napoléonienne, les Etats vassaux se voyaient souvent attribuer une spécialisation dans un domaine bien particulier (par exemple, les textiles en Italie). A ce sujet, j'avais lu il y a quelques années un livre du même Jean Tulard sur l'organisation des Etats vassaux et dont je ne me rappelle plus exactement du titre ("le grand empire" peut-être…). Les conclusions n'en étaient guère enthousiastes… Rien n'est plus dangereux pour une économie que de se spécialiser uniquement dans un domaine (voir l'exemple récent de la Côte d'Ivoire, dont la "chute" date du renversement des cours de la banane en 1993). De plus, comme on le sait, cette organisation économique continentale nécessitait une surveillance douanière omniprésente et croissante, qui finit par déboucher sur une France tentaculaire allant de Lübeck à Rome, ce qui ne parvint pas à empêcher l'entrée de produits anglais et ne pouvait que contribuer à renforcer l'animosité envers l'occupant français. Bref, nous avons là un système au bénéfice exclusif de la France, système que je qualifierais d'"artificiel". Mais rendons grâce à Napoléon de ne pas en être le créateur: il s'inscrivait en cela dans la continuité de la Révolution et plus particulièrement de la politique extérieure du Directoire (voir à ce sujet La Grande Nation de Jacques Godechot). On pourrait même replacer cela dans le cadre plus vaste d'une conception économique d'ancien régime, mélange de mercantilisme et d'une certaine "prédation", qui aurait "brillé de ses derniers feux" avec l'Empire avant l'avènement prochain du libéralisme. Ce dernier marqua effectivement une régression dans les conditions paysannes et surtout ouvrières en France (pour ne parler que de ce pays). La fin des conflits "libéra" un surcroît de main d'œuvre, contribuant ainsi à faire pression à la baisse sur les salaires. Dans le cas des ouvriers, cette pression s'accrût de par les débuts de l'industrialisation qui provoquèrent un premier exode rural créant un prolétariat urbain. Le marché français s'ouvrit à certaines périodes (d'autres étant marquées par un protectionnisme accrû) aux produits anglais qui avaient un coût moindre (fruit d'une industrialisation plus ancienne d'"Albion"). Résultat: les producteurs français se voyaient dans l'obligation de comprimer leurs coûts de revient, et ce furent les salaires, déjà peu élevés, qui en firent les frais. Ajoutez à cela le cas des "demi-soldes" et les débuts du mouvement romantiques (liste bien évidemment non-exhaustive) et vous obtenez la conjonction de nombreux éléments propices à la naissance de la légende.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Artaxerxès le 26/03/2004 10:48
FA8

Message par FA8 » 12 juil. 2015 17:39

à la naissance de la légende

Les bas prix et les hauts salaires ne sont pas de la légende.

Ce que vous venez d'expliquer ( main d'oeuvre, demi-soldes etc ) est très bien décrit dans le livre de Boudon intitulé Histoire du Consulat et de l'Empire. Je vous le conseille à tous.

Amicalement


Posté sur le forum Pour l'Histoire par FA8 le 28/03/2004 00:32
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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 17:39

FA8 a écrit :Les bas prix et les hauts salaires ne sont pas de la légende.
Mais comme l'a bien expliqué Artaxerxès, c'est une situation artificielle qui avait besoin de guerres victorieuses pour pouvoir se perpétuer.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 28/03/2004 07:59
Artaxerxès

Message par Artaxerxès » 12 juil. 2015 17:39

FA8, ni moi, ni personne d'autre, n'a dit que les prix bas et les salaires à la hausse étaient des faits légendaires. Mon propos était de dire que ces aspects du règne napoléonien ont contribué à l'élaboration de la légende de l'empereur, entretenant ainsi une certaine nostalgie de cette période, en particulier dans certaines couches de la société qui eurent à pâtir de la situation économique ultérieure.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Artaxerxès le 28/03/2004 20:58
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