Napo et le papa de Napo

Légende noire, légende rose, récits un peu fantastiques autour de Napoléon et de son règne, investissement affectif à l''égard du personnage... Autant de sujets auxquels cette rubrique est consacrée.
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the argie

Napo et le papa de Napo

Message par the argie » 12 juil. 2015 18:39

Il fait quelque temps, j'ai poste sur un autre forum les raisons selon lesquels Marbeuf n'a pas pu avoir été le père de Napoléon. Mais maintenant je vais donner la vision d'un auteur qui sème des doutes sur cette possibilité.
Le 15 septembre 1952 ont paru dans la "Revue des deux mondes" des Souvenirs inédits d'un grand intérêt. Il s'agit de ceux de J.-V. Colchen qui, fonctionnaire zèle ayant servi tous les régimes de Louis XVI à la chute de Napoléon, avait débute dans la carrière administrative comme secrétaire de l'intendant de la Corse, Boucheporn. Il arriva à Ajaccio le 2 juillet 1778. Il jugea que "cette ville, peuple de 3 à 6000 âmes, est d'un aspect assez agréable. L'air y est sain mais, abritée au nord par les montagnes, la chaleur y est excessive en ete. Les enfants des deux sexes s'y montrent dans leur bain entièrement nus jusqu'a l'age de la puberté. Cette ville serait inhabitable dans les mois de juin a septembre sans une brise qui vient chaque jour rafraîchir l?air dès 9 heures du matin a 4 heures du soir.
Colchen rencontra Charles Buonaparte qu?il dépeint comme « une jeune homme de haute taille, d?une belle et noble figure, dont les traits se reconnaissent dans ceux de tous ses fils, excepté Louis. Son esprit était actif et inquiet et ses m?urs étaient douces. Il vivait beaucoup avec les français. »
Colchen a connu aussi Letizia : » La femme qui marquait le plus a Ajaccio était Mme Buonaparte. » Et voici, relativement au problème qui nous occupe, le passage capital :
« Depuis deux ans, elle était l?objet des soins les plus empressées et l?on peut dire du culte de M. de Marbeuf? Il en était éperdument amoureux. Elle avait de vingt-huit à trente ans. L?élégance de sa taille, l?éclat de son teint, la régularité et la délicatesse de ses traits, la rendaient une beauté parfaite. Rien ne lui aurait manque si une timidité excessive ne l?eut privée des grâces que promettait l?exacte proportion de tous ses membres »

Ce témoignage, réduit a lui-même, ne posséderait qu?une valeur relative. Il en est d?autres qui paraissent le confirmer. J?ai pu découvrir deux lettres inedites dont l?importance, je pense, n?échappera a personne. Ce sont deux lettres écrites durant les années 1778 et 1779 par le capitaine corse Ristori à l?un de ses amis. M. de Pradines. Ristori avait été au service de Paoli. Il s?était rallie a la France après la défaite des patriotes et avait été charge plus tard par le gouvernement français de la poursuite des bandits qui infestaient l?île. Quant à Pradines, il avait été sous-intendant de la Corse.
La première lettre est date du 18 octobre 1778. Ristori dit avoir a se plaindre de M. de Marbeuf qui n?avait pas daigne le recevoir, bien qu?il fut muni d?une lettre d?introduction. Pour quoi ? Parce que, selon l?officier, M. de Marbeuf n?avait en tête que Madame Buonaparte et ne quittait pas son appartement des missionnaires.
La seconde lettre contient un récit des plus étranges. Elle est datée du 27 septembre 1779. S?il faut en croire Ristori- et pour quoi ne le croirait-on pas ?- Madame Letizia se trouvait en promenade en compagnie de M. de Marbeuf lorsqu?elle fut prise de violentes douleurs? qui aboutirent a la naissance d?un enfant mort. Le comte s?affaire, s?occupa de l?accouchée, la fit transporter a l?hôpital, bref, se comporta plus en père du nouveau-né qu?en ami de la famille.
J?aurai voulu donner le texte de ces deux lettres capitales qui peuvent emporter la conviction, mais leur propriétaire, à la suite de la parution que j?ai faite dans le Figaro Littéraire du 1er mai 1954, a cru devoir retirer l?autorisation qu?il avait bien voulu me donner. Pour quoi refuse-t-il aujourd?hui de servir l?histoire ? Parce qu?il occupe une fonction dans un groupement corse de Paris dont les adhérents l?ont, sans doute, mis en garde si, a cause de lui, Madame Letizia cessait d?être la « Madre » de la légende. Je me console en me disant que mes lecteurs pourront aller lire ces lettres dans la collection du Figaro Littéraire?
Mais ces lettres permettent de supposer, non seulement que Ristori était de bonne foi et ne faisait, en somme, que raconter les bruits qui couraient la ville, mais aussi qu?il n?avait aucune prévention en ce qui concernait Letizia. Autrement, il se serait évidemment étendu plus longuement sur un « incident » qui avait du beaucoup faire jaser.

Dans cette même année 1778 Charles emmènera ses fils Joseph et Napoleon en France. Dans les Mémoires du Grand Maréchal Bertrand, patiemment déchiffres et annotes par Fleuriot de Langle, est rapporte un récit de Napoléon qui nous apprend, contrairement a ce qui a été affirme jusqu?ici, que Charles et ses enfants s?embarquèrent pour la France, non pas a Ajaccio, mais a Bastia. Or, précise l?empereur, Letizia fit le voyage d?Ajaccio à Bastia dans la voiture du gouverneur.
« J?étais avec Joseph. Notre père nous conduisit en France au collège. Madame était dans la voiture du M. de Marbeuf? C?était un cortège qui m?a frappe? Nous couchâmes le premier jour à Bastia. »
Les déclarations faites par Napoléon a Bertrand sur son voyage d?Ajaccio a Bastia, jointes aux deux lettres d?un Corse dont la probité ne saurait être mise en doute, attestent que Letizia, en affichant si imprudemment le sentiment qu?elle éprouvait pour Marbeuf, ne cessait d?apporter corps et substance a toutes calomnies.

Il semble que Napoléon ait appris durant l?année 1790, par une indiscrétion, la liaison de sa mère avec le gouverneur. Le post-scriptum inédit d?une lettre qu?il écrivit a Joseph parait le montrer. Napoléon se trouvait alors éloigne d?Ajaccio, tandis que son frère y était reste. Les quelques lignes suivantes figurent au bas d?une lettre conserve dans les archives de la comtesse Forcioli-Conti. La lettre a été publiée par Frederic Masson- qui a négligé le post-scriptum--- Voici ces lignes étonnantes :
« Il est urgent que tu ôtes le portrait de Marbeuf du salon? »
Ce désir, ainsi exprimé, pourrait être interprete a un moment ou la Corse, sous Paoli récemment rappelé, traversait une crise violemment antifrançaise, comme l?expression d?une crainte bien compréhensible. Mais la phrase suivante de ce post-scriptum prouve que les noms de Marbeuf et Letizia étaient associes dans l?esprit de Napoléon a l?instant ou il écrivait. Il ajoute : « Enlève aussi le portrait de maman. »
Paul Bartel, La jeunesse inédite de Napoléon.
Il manque la question du papa de Napo, mais ça sera pour autre jour.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par the argie le 28/04/2005 21:36
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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 18:39

the argie a écrit :Les enfants des deux sexes s'y montrent dans leur bain entièrement nus jusqu'a l'age de la puberté.
Un vrai pays de sauvages !!! :shock:

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 28/04/2005 21:51
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Message par the argie » 12 juil. 2015 18:39

Frédéric Staps a écrit :
the argie a écrit :Les enfants des deux sexes s'y montrent dans leur bain entièrement nus jusqu'a l'age de la puberté.
Un vrai pays de sauvages !!! :shock:
Une saine coutume que Napo a maintenue même au-delà de la puberté.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par the argie le 02/05/2005 19:51
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Message par Pour l'Histoire » 12 juil. 2015 18:39

Pour finir avec le papa:
[quote]Marbeuf et Letizia étaient-ils seulement des amis ?
S?il en était ainsi, ne peut-on pas s?étonner qu?ils se soient vus si souvent? et qualifier d?imprudents leurs fréquentes entrevues ? Sans doute, Mme Buonaparte était-elle taillée sur un modèle de Plutarque. Elle avait une grande élévation d?âme, mais elle manquait, en revanche, de culture et même de connaissances moyennes ; tout en elle était intuition, ses silences profonds cachaient le plus souvent une ignorance foncière.
Aussi le gouverneur ne pouvait-il tirer de sa présence aucun agrément intellectuel. De là, n?est-on pas amené à supposer que c?était sa beauté et son charme que Marbeuf prisait le plus en elle ? Sans doute, Letizia avait-elle d?abord exige un commerce de pure amitié. Le jour arriva inévitablement où, les sens s?étant mis de la partie, Marbeuf parvint à la séduire et à s?en faire aimer. Il eut alors la douce sensation d?avoir rempli son rôle de diplomate dans des bien agréables conditions?
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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 18:39

the argie a écrit :Quant a la curiosité qui tenaillait Napoléon concernant Marbeuf, son acte de naissance atteste qu?il vint au monde le 15 août 1769. Il aurait donc été conçu en novembre 1769.
Il faut sans doute lire "novembre 1768".
the argie a écrit :Il aurait donc pu être le père de Napoléon, mais alors, la question se pose, ainsi que le disait le général Buonaparte a Monge : « de qui l?enfant avait-il hérité son aptitude militaire ? »
Question absurde par excellence, qui, à l'époque de Bonaparte, était sans doute naturelle, mais qu'il est étrange de reproduire dans un livre de 1954 sans la moindre distance critique.
the argie a écrit :La tache de l?historien est de rapporter des faits et de n?affirmer que ce qui n?est pas niable.
Elle devrait aussi être de se rendre compte que certaines questions n'ont plus guère de sens et qu'il est donc vain d'essayer d'y apporter une réponse.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 02/05/2005 21:04
Corso

Message par Corso » 12 juil. 2015 18:39

Bonsoir
Il existe un ouvrage de Christine Roux, "Les Makis de la Résistance Corse 1772-1778, basé sur l'échange épistolaire d'Alexandre Louis Gabriel de Roux ou Ruffo de Laric, avec son père.
Dans sa correspondance il est fait allusion au rapprochement de M. de Marbeuf avec l'épouse d'un corse rallié, Charles de Buonaparte.
Cependant je n'ai pas été convaincu. De plus ce Ruffo étant un proche de Narbonne, aurait pu tout aussi bien agir de la sorte pour salir Marbeuf.
Corso

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Corso le 03/08/2005 20:45
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