Qu'est-ce qu'un grand homme ?

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Hegel
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Re: Qu'est-ce qu'un grand homme ?

Message par Hegel » 04 oct. 2020 13:02

Cher Cipriani Franceschi,
Le cas de Pichegru montre que la déportation n'est pas vraiment comparable à la peine capitale.
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Hegel
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Cipriani Franceschi
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Re: Qu'est-ce qu'un grand homme ?

Message par Cipriani Franceschi » 04 oct. 2020 20:53

Hegel a écrit :
04 oct. 2020 13:02
Le cas de Pichegru montre que la déportation n'est pas vraiment comparable à la peine capitale.
Cher Hegel
oui certes, mais enfin Pichegru est vraiment un cas particulier, la plupart des déportés à Cayenne n'en revenaient pas (surtout avec le mécanisme de la double peine, la relégation quasiment à vie) la "guillotine sèche" portait bien son triste nom
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Re: Qu'est-ce qu'un grand homme ?

Message par Hegel » 05 oct. 2020 7:02

Cher Cipriani Franceschi,
Si j'avais indiqué que la peine de mort n'avait pas seulement un effet dissuasif, c'était pour indiquer que cet effet dissuasif n'était pas le seul argument que les partisans de la peine de mort pouvaient avancer. J'imagine donc également que Robert Badinter n'est pas parvenu à obtenir l'abolition de la peine de mort en avançant simplement qu'elle n'avait pas d'effet dissuasif.
Concernant la déportation, on peut difficilement affirmer qu'il s'agit d'une solution "simple et radicale". Cela nécessite la mise en place d'une infrastructure assez complexe. Il faut disposer de lieux où établir les bagnes ou camps de déportation (Guyane, Nouvelle-Calédonie pour la France, Australie pour la Grande-Bretagne, Sibérie pour la Russie), il faut assurer le transport des déportés, il faut du personnel pour en assurer la garde et une fois la peine d'emprisonnement terminée, il faut pouvoir permettre aux détenus libérés de s'établir sur place, ce qui pouvait se faire dans un contexte de colonisation. La déportation n'est donc en rien une alternative à la peine de mort pour résoudre le problème de la libération des criminels les plus dangereux.
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Re: Qu'est-ce qu'un grand homme ?

Message par Cipriani Franceschi » 05 oct. 2020 18:25

Hegel a écrit :
05 oct. 2020 7:02
Cher Cipriani Franceschi,
Si j'avais indiqué que la peine de mort n'avait pas seulement un effet dissuasif, c'était pour indiquer que cet effet dissuasif n'était pas le seul argument que les partisans de la peine de mort pouvaient avancer. J'imagine donc également que Robert Badinter n'est pas parvenu à obtenir l'abolition de la peine de mort en avançant simplement qu'elle n'avait pas d'effet dissuasif.

Cher Hegel,
Robert Badinter a joué de cet argument non dissuasif de la peine de mort, mais ce n'était évidemment pas le seul, le souvenir que je conserve des débats au parlement français étant qu'on avançait surtout des arguments humanistes pour l'abolir, le fait aussi que la France demeurait l'un des seuls pays en Europe à pratiquer encore la peine de mort.... ceci dit, les sondages d'opinion à cette époque indiquaient qu'une majorité de français étaient favorables au maintien de la peine capitale, du moins pour les crimes les plus odieux (le cas du jeune garçon assassiné par Patrick Henry avait beaucoup frappé les esprits)


Hegel a écrit :
05 oct. 2020 7:02
Cher Cipriani Franceschi,
Concernant la déportation, on peut difficilement affirmer qu'il s'agit d'une solution "simple et radicale". Cela nécessite la mise en place d'une infrastructure assez complexe. Il faut disposer de lieux où établir les bagnes ou camps de déportation (Guyane, Nouvelle-Calédonie pour la France, Australie pour la Grande-Bretagne, Sibérie pour la Russie), il faut assurer le transport des déportés, il faut du personnel pour en assurer la garde et une fois la peine d'emprisonnement terminée, il faut pouvoir permettre aux détenus libérés de s'établir sur place, ce qui pouvait se faire dans un contexte de colonisation.

J'entends bien vos arguments, mais il faut croire que le système mis en place en Nouvelle-Calédonie puis en Guyane (si on se limite à la France) était somme toute viable puisqu'il a duré presque un siècle (les derniers déportés à Cayenne sont rentrés en France dans les années 50) seule la campagne de presse d'Albert Londres contre les conditions inhumaines de détention au bagne de Cayenne aura raison de ce système carcéral

Hegel a écrit :
05 oct. 2020 7:02
La déportation n'est donc en rien une alternative à la peine de mort pour résoudre le problème de la libération des criminels les plus dangereux.

Vous semblez le déplorer ? Le moyen le plus radical de résoudre le problème de la libération (et de la réinsertion dans la société) des criminels les plus dangereux est encore de leur couper la tête
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Re: Qu'est-ce qu'un grand homme ?

Message par Hegel » 06 oct. 2020 20:14

Cher Cipriani Franceschi,
Il me semble que Patrick Henry lui-même avait exprimé un avis favorable à la peine de mort (je ne me souviens toutefois pas exactement d'où me vient cette information et je confonds peut-être). Si c'était vrai, ce serait une belle démonstration de l'inefficacité de l'effet dissuasif de la peine de mort.
Le bagne de Cayenne a été fondé en 1852, mais il y avait déjà des déportations en Guyane à l'époque de la Révolution. Le bagne de Nouvelle-Calédonie ouvre seulement ses portes en 1864 et la transportation est interrompue dès 1897 suite aux plaintes des colons qui voient d'un mauvais oeil la concurrence exercée par les bagnards. Ce système ne fonctionnait donc pas aussi bien que vous semblez le penser. S'il a perduré jusqu'aux années 1950, c'est sans doute davantage dû à l'inertie de l'administration qu'à son bon fonctionnement.
Vous me demandez si je déplore qu'on n'ait pas encore trouvé de bonne alternative à la peine de mort. N'est-il pas normal de regretter l'absence d'une telle alternative ? Cela ne veut nullement dire que je serais partisan d'un rétablissement de la peine de mort qui est d'ailleurs indirectement en partie encore en application lorsque l'on abat les terroristes.
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Re: Qu'est-ce qu'un grand homme ?

Message par Frédéric Staps » 07 oct. 2020 6:41

Il est même à remarquer que la plupart de ces bienfaiteurs et de ces guides de l'humanité ont fait couler des torrents de sang. J'en conclus, en un mot, que tous, non seulement les grands hommes, mais ceux qui s'élèvent tant soit peu au dessus du niveau moyen et sont capables de prononcer quelques paroles neuves, sont de par leur nature même et nécessairement des criminels, à un degré variable naturellement. Sans cela, il leur serait difficile de sortir de l'ornière commune.
Dostoïevski, Crime et châtiment, 1866.
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Cipriani Franceschi
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Re: Qu'est-ce qu'un grand homme ?

Message par Cipriani Franceschi » 07 oct. 2020 12:33

Hegel a écrit :
06 oct. 2020 20:14
Cher Cipriani Franceschi,
Il me semble que Patrick Henry lui-même avait exprimé un avis favorable à la peine de mort (je ne me souviens toutefois pas exactement d'où me vient cette information et je confonds peut-être). Si c'était vrai, ce serait une belle démonstration de l'inefficacité de l'effet dissuasif de la peine de mort.

Tout à fait oui, de mémoire Patrick Henry s'était épanché lors d'une interview assez hallucinante à la presse, alors que la police recherchait l'assassin, en disant que les crimes odieux commis sur des enfants méritaient la peine de mort.... ce qui effectivement peut en dire long sur l'effet dissuasif de la peine capitale, voire sur l'équilibre mental du personnage en question :shock:

Hegel a écrit :
06 oct. 2020 20:14
Le bagne de Cayenne a été fondé en 1852, mais il y avait déjà des déportations en Guyane à l'époque de la Révolution. Le bagne de Nouvelle-Calédonie ouvre seulement ses portes en 1864 et la transportation est interrompue dès 1897 suite aux plaintes des colons qui voient d'un mauvais œil la concurrence exercée par les bagnards. Ce système ne fonctionnait donc pas aussi bien que vous semblez le penser. S'il a perduré jusqu'aux années 1950, c'est sans doute davantage dû à l'inertie de l'administration qu'à son bon fonctionnement.

Vous avez peut-être raison mais cela permettait au moins d'éloigner durablement des parasites de la société, de nos jours si l'on envoyait certains casser des cailloux on ne s'en porterait que mieux

Hegel a écrit :
06 oct. 2020 20:14
Vous me demandez si je déplore qu'on n'ait pas encore trouvé de bonne alternative à la peine de mort. N'est-il pas normal de regretter l'absence d'une telle alternative ? Cela ne veut nullement dire que je serais partisan d'un rétablissement de la peine de mort qui est d'ailleurs indirectement en partie encore en application lorsque l'on abat les terroristes.

Plutôt que de vouloir à tout crin rechercher une alternative crédible à la peine de mort, le plus simple serait encore de la restaurer !
Quant à abattre des terroristes, vous semblez le déplorer également ? :shock: J'estime pour ma part qu'il est sain d'éliminer radicalement de la société ces nuisibles, sans autre forme de procès (eux-mêmes n'ont pas vos scrupules avec leurs victimes)
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Re: Qu'est-ce qu'un grand homme ?

Message par Hegel » 08 oct. 2020 7:09

Cher Cipriani Franceschi,
Je ne pense pas qu'il faille remettre en question la santé mentale de Patrick Henry parce qu'il avait déclaré que les crimes commis contre des enfants méritaient la peine de mort. Cela pouvait avoir pour but d'écarter les soupçons à son égard puisqu'en raisonnant de manière simpliste, il pouvait s'imaginer qu'on ne penserait pas que quelqu'un qui réclame la peine de mort contre ceux qui commettent ce type de crime puisse avoir commis lui-même un tel crime. On peut également constater que certaines personnes qui réclame une grande sévérité à l'égard des actes commis par d'autres personnes qu'elles-mêmes peuvent faire preuve d'une grande indulgence à l'égard de leurs propres actions. Faut-il mettre en doute pour autant leur santé mentale ? Il est vrai cependant que le lien entre crime et folie reste une question à laquelle on n'a pas apporté de réponse définitive.
En ce qui concerne la déportation, ce qui était considéré comme acceptable à une époque (reléguer des criminels dans les colonies) ne l'est sans doute plus de nos jours. Si, à l'époque du bagne de Cayenne ou de celui de Nouvelle-Calédonie, on faisait peu de cas de l'avis des populations locales, cela n'est plus vraiment le cas de nos jours du moins pour des institutions publiques. Certaines sociétés privées en revanche continuent à agir de cette manière notamment pour se débarrasser de déchets dont le coût de destruction ou de recyclage serait important, mais cela est désormais considéré comme illégal (https://www.francetvinfo.fr/monde/envir ... 20537.html).
Concernant le fait que bien souvent les terroristes sont abattus plutôt que capturés, c'était davantage un constat qu'un jugement. Le cas de Khaled Kelkal pose toutefois question et a suscité à l'époque quelques polémiques. Il en va de même plus récemment pour Mohammed Merah.
Le rétablissement de la peine de mort pour les terroristes à des fins dissuasives apparaît en revanche comme un non-sens, puisque la plupart de ces terroristes sont prêts à mourir en soi-disant martyr. De toute façon, un rétablissement de la peine de mort en France ou ailleurs en Europe paraît bien improbable à l'heure actuelle.
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Re: Qu'est-ce qu'un grand homme ?

Message par Hegel » 08 oct. 2020 20:08

Cher Frédéric Staps,
Le texte que vous citez est un dialogue de roman. Ce texte a bien été écrit par Dostoïevski, mais il le met dans la bouche d'un de ses personnages et ce personnage n'est pas n'importe qui, puisqu'il s'agit de Raskolnikov, le "héros" de "Crime et châtiment". Héros entre guillemets, puisque l'acte "héroïque" qu'il a accompli est un double meurtre : le meurtre d'une vieille usurière, ce qui, à ses yeux, peut passer par moments pour un bienfait pour l'humanité, mais aussi le meurtre de la soeur de l'usurière qu'il n'avait nullement prévu et qui met à mal toutes les justifications qu'il croyait pouvoir trouver à son acte.
Toutefois, même si Raskolnikov est l'auteur d'un crime sordide, le lecteur est invité à conserver une certaine sympathie pour ce personnage qui, loin d'être décrit comme un criminel borné et effrayant, apparaît plutôt comme un jeune homme d'une certaine intelligence et sensible aux malheurs d'autrui.
Il est donc assez difficile de savoir quelle était l'opinion réelle de Dostoïevski sur les grands hommes. Pensait-il comme son personnage que les grands hommes étaient nécessairement des criminels ou a-t-il simplement amplifié une idée qu'il avait lue pour donner à son personnage un côté provocateur ? A-t-il voulu mettre en garde ceux qui pourraient être tentés de s'affranchir des règles morales en croyant prendre comme modèle les grands hommes ? Je ne peux pas trancher, mais cette incertitude dans laquelle nous laisse la lecture du roman fait partie de ce qui fait la qualité d'un roman.
Parmi ces grands hommes dont parle Raskolnikov, le nom de Napoléon est sans doute celui qui revient le plus souvent. Certains y verront peut-être la confirmation de la fascination que Napoléon n'a cessé d'exercer. Dans le roman de Dostoïevski, la fascination qu'il exerce sur Raskolnikov a cependant des effets plutôt maléfiques.
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Re: Qu'est-ce qu'un grand homme ?

Message par ClaudeM » 08 oct. 2020 21:41

Hegel a écrit :
08 oct. 2020 20:08
Cher Frédéric Staps,
Le texte que vous citez est un dialogue de roman. Ce texte a bien été écrit par Dostoïevski, mais il le met dans la bouche d'un de ses personnages et ce personnage n'est pas n'importe qui, puisqu'il s'agit de Raskolnikov, le "héros" de "Crime et châtiment". Héros entre guillemets, puisque l'acte "héroïque" qu'il a accompli est un double meurtre : le meurtre d'une vieille usurière, ce qui, à ses yeux, peut passer par moments pour un bienfait pour l'humanité, mais aussi le meurtre de la soeur de l'usurière qu'il n'avait nullement prévu et qui met à mal toutes les justifications qu'il croyait pouvoir trouver à son acte.
Toutefois, même si Raskolnikov est l'auteur d'un crime sordide, le lecteur est invité à conserver une certaine sympathie pour ce personnage qui, loin d'être décrit comme un criminel borné et effrayant, apparaît plutôt comme un jeune homme d'une certaine intelligence et sensible aux malheurs d'autrui.
Il est donc assez difficile de savoir quelle était l'opinion réelle de Dostoïevski sur les grands hommes. Pensait-il comme son personnage que les grands hommes étaient nécessairement des criminels ou a-t-il simplement amplifié une idée qu'il avait lue pour donner à son personnage un côté provocateur ? A-t-il voulu mettre en garde ceux qui pourraient être tentés de s'affranchir des règles morales en croyant prendre comme modèle les grands hommes ? Je ne peux pas trancher, mais cette incertitude dans laquelle nous laisse la lecture du roman fait partie de ce qui fait la qualité d'un roman.
Parmi ces grands hommes dont parle Raskolnikov, le nom de Napoléon est sans doute celui qui revient le plus souvent. Certains y verront peut-être la confirmation de la fascination que Napoléon n'a cessé d'exercer. Dans le roman de Dostoïevski, la fascination qu'il exerce sur Raskolnikov a cependant des effets plutôt maléfiques.
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A mon avis, très bonne analyse. :bravo:
Car l'intervention de F Staps méritait cette mise en perspective... Qui avait peut-être échappé à Cipriani ?
:salut:
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Re: Qu'est-ce qu'un grand homme ?

Message par Cipriani Franceschi » 09 oct. 2020 7:31

ClaudeM a écrit :
08 oct. 2020 21:41
A mon avis, très bonne analyse. :bravo:
Car l'intervention de F Staps méritait cette mise en perspective... Qui avait peut-être échappé à Cipriani ?
C'est étonnant mais j'ai l'impression d'assister à un exercice d'autosatisfaction, pour un peu on se croirait presque chez BRH avec ses copains Mahler et Claude Koenig :fou:
Quant à l'individu que vous citez, son "intervention" ne m'avait pas échappée mais je n'avais nullement l'intention de lui répondre (je fais déjà l'effort de répondre à son double) :diable:
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Re: Qu'est-ce qu'un grand homme ?

Message par Frédéric Staps » 09 oct. 2020 19:48

Cipriani Franceschi a écrit :
09 oct. 2020 7:31
C'est étonnant mais j'ai l'impression d'assister à un exercice d'autosatisfaction, pour un peu on se croirait presque chez BRH avec ses copains Mahler et Claude Koenig :fou:
Ce n'est pas parce que vous êtes en train de vivre un simulacre de règlement de comptes à OK Corral sur le forum perdu orchestré par BRH et Malher (Koenig a disparu du forum depuis un an) qu'il faut vous imaginer que vous vivez la même situation ici. :gek:
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Re: Qu'est-ce qu'un grand homme ?

Message par Cipriani Franceschi » 09 oct. 2020 21:10

Hegel a écrit :
08 oct. 2020 7:09
Je ne pense pas qu'il faille remettre en question la santé mentale de Patrick Henry parce qu'il avait déclaré que les crimes commis contre des enfants méritaient la peine de mort. Cela pouvait avoir pour but d'écarter les soupçons à son égard puisqu'en raisonnant de manière simpliste, il pouvait s'imaginer qu'on ne penserait pas que quelqu'un qui réclame la peine de mort contre ceux qui commettent ce type de crime puisse avoir commis lui-même un tel crime. On peut également constater que certaines personnes qui réclame une grande sévérité à l'égard des actes commis par d'autres personnes qu'elles-mêmes peuvent faire preuve d'une grande indulgence à l'égard de leurs propres actions
Certes, il est plus facile de réclamer le rétablissement de la peine de mort bien au chaud dans son fauteuil que de se voir réquisitionné pour un procès d'Assises où l'on sera directement confronté à ses propres responsabilités lorsqu'il s'agira de juger les actes d'un assassin, de décider de son sort, et également d'être confronté à la souffrance des victimes
Concernant Patrick Henry, j'ignore le diagnostic des experts psychiatres qui ont dû se pencher sur son cas, était-il considéré comme pervers, etc.... Son interview à la presse n'était probablement comme vous le dites qu'une manière de détourner les soupçons de lui, peut-être aussi une envie un peu narcissique de se mettre en valeur dans les médias
Hegel a écrit :
08 oct. 2020 7:09
En ce qui concerne la déportation, ce qui était considéré comme acceptable à une époque (reléguer des criminels dans les colonies) ne l'est sans doute plus de nos jours. Si, à l'époque du bagne de Cayenne ou de celui de Nouvelle-Calédonie, on faisait peu de cas de l'avis des populations locales, cela n'est plus vraiment le cas de nos jours du moins pour des institutions publiques.
Je ne suis pas certain que les populations locales, et surtout l'opinion publique en générale, serait hostile à une éventuelle réouverture d'un bagne par la France... Ceci dit, il est vrai toutefois que ceux qui réclament avec force la construction de nouvelles prisons ne souhaitent cependant pas qu'elle se bâtissent à proximité de chez eux... ou bien alors, il faut envisager un lieu qui n'impacte quasiment aucune population au quotidien, style Guantanamo pour les Américains
Hegel a écrit :
08 oct. 2020 7:09
Concernant le fait que bien souvent les terroristes sont abattus plutôt que capturés, c'était davantage un constat qu'un jugement. Le cas de Khaled Kelkal pose toutefois question et a suscité à l'époque quelques polémiques. Il en va de même plus récemment pour Mohammed Merah.
Le rétablissement de la peine de mort pour les terroristes à des fins dissuasives apparaît en revanche comme un non-sens, puisque la plupart de ces terroristes sont prêts à mourir en soi-disant martyr. De toute façon, un rétablissement de la peine de mort en France ou ailleurs en Europe paraît bien improbable à l'heure actuelle.
J'en conviens, la mort de certains terroristes ou forcenés lors d'interventions policières a parfois suscité des polémiques, un autre cas avait été la quasi-exécution en direct de "l'ennemi public Numéro 1" Jacques Mesrine alors qu'il se trouvait au volant d'une voiture
Il est clair que pour ces terroristes de haut vol, animé de surcroit par une idéologie à connotation religieuse, la perspective d'une peine de mort n'est pas dissuasive.... Quant à rétablir la peine de mort en France (ou dans tout autre Etat Européen d'ailleurs) cela serait très compliqué dans la mesure où nous avons signé toutes sortes de conventions ou traités internationaux gravant dans le marbre son abolition
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Re: Qu'est-ce qu'un grand homme ?

Message par Frédéric Staps » 10 oct. 2020 8:16

La nouvelle ayant été portée à Athènes que des citoyens avaient été condamnés à mort dans la ville d’Argos, on courut dans les temples, et on conjura les dieux de détourner des Athéniens des pensées si cruelles et si funestes. Je viens prier non les dieux, mais les législateurs, qui doivent être les organes et les interprètes des lois éternelles que la Divinité a dictées aux hommes, d’effacer du code des Français les lois de sang qui commandent des meurtres juridiques, et que repoussent leurs mœurs et leur constitution nouvelle. Je veux leur prouver, 1° que la peine de mort est essentiellement injuste ; 2° qu’elle n’est pas la plus réprimante des peines, et qu’elle multiplie les crimes beaucoup plus qu’elle ne les prévient.

Hors de la société civile, qu’un ennemi acharné vienne attaquer mes jours, ou que, repoussé vingt fois, il revienne encore ravager le champ que mes mains ont cultivé, puisque je ne puis opposer que mes forces individuelles aux siennes, il faut que je périsse ou que je le tue ; et la loi de la défense naturelle me justifie et m’approuve. Mais dans la société, quand la force de tous est armée contre un seul, quel principe de justice peut l’autoriser à lui donner la mort ? Quelle nécessité peut l’en absoudre ? Un vainqueur qui fait mourir ses ennemis captifs est appelé barbare ! Un homme qui égorge un enfant qu’il peut désarmer et punir, paraît un monstre ! Un accusé que la société condamne n’est tout au plus pour elle qu’un ennemi vaincu et impuissant ; il est devant elle plus faible qu’un enfant devant un homme fait.

Ainsi, aux yeux de la vérité et de la justice, ces scènes de mort, qu’elle ordonne avec tant d’appareil, ne sont autre chose que de lâches assassinats, que des crimes solennels, commis, non par des individus, mais par des nations entières, avec des formes légales. Quelque cruelles, quelque extravagantes que soient ces lois, ne vous en étonnez plus : elles sont l’ouvrage de quelques tyrans ; elles sont les chaînes dont ils accablent l’espèce humaine ; elles sont les armes avec lesquelles ils la subjuguent : elles furent écrites avec du sang. Il n’est point permis de mettre à mort un citoyen romain : telle était la loi que le peuple avait portée. Mais Sylla vainquit, et dit : Tous ceux qui ont porté les armes contre moi sont dignes de mort. Octave et les compagnons de ses forfaits confirmèrent cette loi.

Sous Tibère, avoir loué Brutus fut un crime digne de mort. Caligula condamna à mort ceux qui étaient assez sacrilèges pour se déshabiller devant l’image de l’empereur. Quand la tyrannie eut inventé les crimes de lèse-majesté, qui étaient ou des actions indifférentes ou des actions héroïques, qui eût osé penser qu’elles pouvaient mériter une peine plus douce que la mort, à moins de se rendre coupable lui-même de lèse-majesté ?

Quand le fanatisme, né de l’union monstrueuse de l’ignorance et du despotisme, inventa à son tour les crimes de lèse-majesté divine, quand il conçut, dans son délire, le projet de venger Dieu lui-même, ne fallut-il pas qu’il lui offrît aussi du sang, et qu’il le mît au moins au niveau des monstres qui se disaient ses images ?

La peine de mort est nécessaire, disent les partisans de l’antique et barbare routine ; sans elle il n’est point de frein assez puissant pour le crime. Qui vous l’a dit ? Avez-vous calculé tous les ressorts par lesquels les lois pénales peuvent agir sur la sensibilité humaine ? Hélas ! Avant la mort, combien de douleurs physiques et morales l’homme ne peut-il pas endurer !

Le désir de vivre cède à l’orgueil, la plus impérieuse de toutes les passions qui maîtrisent le cœur de l’homme. La plus terrible de toutes les peines pour l’homme social, c’est l’opprobre, c’est l’accablant témoignage de l’exécration publique. Quand le législateur peut frapper les citoyens par tant d’endroits sensibles et de tant de manières, comment pourrait il se croire réduit à employer la peine de mort ? Les peines ne sont pas faites pour tourmenter les coupables, mais pour prévenir le crime par la crainte de les encourir.

Le législateur qui préfère la mort et les peines atroces aux moyens plus doux qui sont en son pouvoir, outrage la délicatesse publique, émousse le sentiment moral chez le peuple qu’il gouverne, semblable à un précepteur mal habile qui, par le fréquent usage des châtiments cruels, abrutit et dégrade l’âme de son élève ; enfin, il use et affaiblit les ressorts du gouvernement, en voulant les tendre avec trop de force.

Le législateur qui établit cette peine renonce à ce principe salutaire, que le moyen le plus efficace de réprimer les crimes est d’adapter les peines au caractère des différentes passions qui les produisent, et de les punir, pour ainsi dire, par elles-mêmes. Il confond toutes les idées, il trouble tous les rapports, et contrarie ouvertement le but des lois pénales.

La peine de mort est nécessaire, dites-vous. Si cela est, pourquoi plusieurs peuples ont-ils su s’en passer ? Par quelle fatalité ces peuples ont-ils été les plus sages, les plus heureux et les plus libres ? Si la peine de mort est la plus propre à prévenir de grands crimes, il faut donc qu’ils aient été plus rares chez les peuples qui l’ont adoptée et prodiguée. Or, c’est précisément tout le contraire. Voyez le Japon : nulle part la peine de mort et les supplices ne sont autant prodigués ; nulle part les crimes ne sont ni si fréquents ni si atroces. On dirait que les Japonais, veulent disputer de férocité avec les lois barbares qui les outragent et qui les irritent. Les républiques de la Grèce, où les peines étaient modérées, où la peine de mort était ou infiniment rare, ou absolument inconnue, offraient-elles plus de crimes et moins de vertu que les pays gouvernés par des lois de sang ? Croyez-vous que Rome fut souillée par plus de forfaits, lorsque, dans les jours de sa gloire, la loi Porcia eut anéanti les peines sévères portées par les rois et par les décemvirs, qu’elle ne le fut sous Sylla, qui les fit revivre, et sous les empereurs, qui en portèrent la rigueur à un excès digne de leur infâme tyrannie. La Russie a-t-elle été bouleversée depuis que le despote qui la gouverne a entièrement supprimé la peine de mort, comme s’il eût voulu expier par cet acte d’humanité et de philosophie le crime de retenir des millions d’hommes sous le joug du pouvoir absolu.

Écoutez la voix de la justice et de la raison ; elle vous crie que les jugements humains ne sont jamais assez certains pour que la société puisse donner la mort à un homme condamné par d’autres hommes sujets à l’erreur. Eussiez-vous imaginé l’ordre judiciaire le plus parfait, eussiez-vous trouvé les juges les plus intègres et les plus éclairés, il restera toujours quelque place à l’erreur ou à la prévention. Pourquoi vous interdire le moyen de les réparer ? pourquoi vous condamner à l’impuissance de tendre une main secourable à l’innocence opprimée ? Qu’importent ces stériles regrets, ces réparations illusoires que vous accordez à une ombre vaine, à une cendre insensible ! Elles sont les tristes témoignages de la barbare témérité de vos lois pénales. Ravir à l’homme la possibilité d’expier son forfait par son repentir ou par des actes de vertu, lui fermer impitoyablement tout retour à la vertu, l’estime de soi-même, se hâter de le faire descendre, pour ainsi dire, dans le tombeau encore tout couvert de la tache récente de son crime, est à mes yeux le plus horrible raffinement de la cruauté.

Le premier devoir du législateur est de former et de conserver les mœurs publiques, source de toute liberté, source de tout bonheur social. Lorsque, pour courir à un but particulier, il s’écarte de ce but général et essentiel, il commet la plus grossière et la plus funeste des erreurs ; il faut donc que la loi présente toujours au peuple le modèle le plus pur de la justice et de la raison. Si, à la place de cette sévérité puissante, calme, modérée qui doit les caractériser, elles mettent la colère et la vengeance ; si elles font couler le sang humain, qu’elles peuvent épargner et qu’elles n’ont pas le droit de répandre ; si elles étalent aux yeux du peuple des scènes cruelles et des cadavres meurtris par des tortures, alors elles altèrent dans le cœur des citoyens les idées du juste et de l’injuste, elles font germer au sein de la société des préjugés féroces qui en produisent d’autres à leur tour. L’homme n’est plus pour l’homme un objet si sacré : on a une idée moins grande de sa dignité quand l’autorité publique se joue de sa vie. L’idée du meurtre inspire bien moins d’effroi lorsque la loi-même en donne l’exemple et le spectacle ; l’horreur du crime diminue dès qu’elle ne le punit plus que par un autre crime. Gardez-vous bien de confondre l’efficacité des peines avec l’excès de la sévérité : l’un est absolument opposé à l’autre. Tout seconde les lois modérées ; tout conspire contre les lois cruelles.

On a observé que dans les pays libres, les crimes étaient plus rares et les lois pénales plus douces. Toutes les idées se tiennent. Les pays libres sont ceux où les droits de l’homme sont respectés, et où, par conséquent, les lois sont justes. Partout où elles offensent l’humanité par un excès de rigueur, c’est une preuve que la dignité de l’homme n’y est pas connue, que celle du citoyen n’existe pas : c’est une preuve que le législateur n’est qu’un maître qui commande à des esclaves, et qui les châtie impitoyablement suivant sa fantaisie. Je conclus à ce que la peine de mort soit abrogée.
« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? »
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ClaudeM
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Re: Qu'est-ce qu'un grand homme ?

Message par ClaudeM » 10 oct. 2020 14:14

Frédéric Staps a écrit :
09 oct. 2020 19:48
Cipriani Franceschi a écrit :
09 oct. 2020 7:31
C'est étonnant mais j'ai l'impression d'assister à un exercice d'autosatisfaction, pour un peu on se croirait presque chez BRH avec ses copains Mahler et Claude Koenig :fou:
Ce n'est pas parce que vous êtes en train de vivre un simulacre de règlement de comptes à OK Corral sur le forum perdu orchestré par BRH et Malher (Koenig a disparu du forum depuis un an) qu'il faut vous imaginer que vous vivez la même situation ici. :gek:
Un faisceau de présomptions semble indiquer que Claude Koenig aurait été aperçu avec Rose sur la Costa Brava... :coucou:
:salut:
J'aurais mieux fait de rester en Egypte. Napoleon
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