Napoléon a une petite mémoire.

Le voici prisonnier de l'Europe... appellation qu'il a toujours refusée.
Comment survivre?

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CC
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Message par CC » 26 oct. 2008 14:19

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Albertuk
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Message par Albertuk » 26 oct. 2008 20:06

Cher Bastet
Mais alors qui est vraiment le Général Gourgaud?
Peut-on jamais répondre à une telle question? Je crois qu'il est difficile de définier quiconque par une simple phrase. Il vaut mieux peut-être s'en tenir à des traits de caractère prouvés par des faits. Gourgaud est issue du rang et hait tous les parvenus et les titrés, donc les Montholon, Las Cases etc. Il a fait des hautes études, ce qui prouve son intelligence. Il semble avoir été très vantard, comme le prouve les témoins anglais à Ste Hélène à qui il avait raconté ses prouesses etc. Il ne semble pas connaitre de retenue, celle dont les "gens du monde" savent se servir quand il faut, mais est plutôt quelqu'un au sang chaud. Il peut irriter ses interlocuteurs qui ne savent plus comment le prendre. Par exemple, il veut une pension pour sa mère, Napoléon la lui accorde, puis Gourgaud la refuse car il ne veut pas se compromettre à faire passer la lettre de Napoléon destinée à Eugène pour cette pension. Idem pour une somme d'argent avant de quitter l'île. Il est difficile de savoir par quel bout prendre Gourgaud, donc difficile de définir "qui il est". Il n'est pas un personnage simple ! Mais sa forte tête et son sang chaud auront eu des dommages irréparables pour les conditions de la captivité de Napoléon. Bien entendu Gourgaud, une fois en Allemagne, revient à ses anciennes amitiés, mais je crois que c'est surtout parce qu'il se sent rejeté de partout. Une chose bizarre c'est qu'il prend contact avec Albine de Montholon lorsque celle-ci arrive en Europe en 1819, alors qu'il avait juré la perte de Montholon et de son épouse qu'il considérait tous deux plus bas que terre. Son départ intempestif de Longwood aura sans doute servi à rien.
D'autre part il ( Lowe) ne serait pas l'officier de renseignement, pour ne pas dire le policier que montre sa carrière, s'il ne pensait qu'en traitant bien Gourgaud, impressionnable et sujet aux influences, en l'excitant, il obtiendra de lui des informations précieuses sur l'existence de Napoléon à Longwood, ses intentions, ses projets" (Octave Aubry, Sainte-Hélène, II)
Hudson Lowe avait toujours pensé du bien (relativement) de Gourgaud. Il avait déjà écrit à Bathurst que cet officier se sentait mal à Longwood et ne voulait point se compromettre comme les autres... Une fois sorti de Longwood, Lowe lui adjoint l'officier Jackson comme surveillant (ce même Jackson avec qui Albine de Montholon aura aussi une affaire). Mais les révélations de Gourgaud ne sont pas du fait de Lowe ni de Jackson. Elles sont surtout du fait de la belle comtesse de Stürmer qui, jeune et belle Française, avait tout pour plaire. Et c'est Stürmer qui obtient ces révélations à l'occasion de goûters que Gourgaud venait prendre chez ce couple. En face de Hudson Lowe, Gourgaud ne dira presque rien, et dira plus tard à Jackson comment il s'était étonné que le gouverneur ne cherchât pas à en connaitre plus... De toute façon Hudson Lowe ne savait pas du tout comment s'y prendre avec les gens, ni les questionner. Il laissait faire son adjoint Thomas Reade. Mais celui-ci n'interrogea pas Gourgaud non plus. Hudson Lowe savait que Gourgaud était vantard (les rapports depuis 1816 lui en disait assez sur cet officier) et il ne croyait sans doute pas tout ce que Gourgaud disait. Par exemple, Lowe cherchait à déménager Napoleon à Rosemary Hall. Et souhaitait lui conserver O'Meara à son service. Mais c'est Bathurst, à Londres, qui a explosé en entendant ces révélations. Il a fait annulé le plan Rosemary Hall, à demandé le rappel de O'Meara, et le reste est connu depuis le congrès d'Aix en fin 1818.

Voici le rapport de conversation entre Hudson Lowe et Gourgaud, suite auquel le gouverneur décida qu'il était inutile d'envoyer Gourgaud au Cap pour "quarantaine" comme ce fut le cas pour Las Cases, Piontkowski et les serviteurs.

Le général Gourgaud a mentionné « qu’il était à la disposition du gouverneur et tout à fait prêt, […] qu’il était fatigué de parcourir le monde, qu’il n’était pas né pour des aventures, qu’il en avait par-dessus la tête, qu’il demanderait plutôt à être jeté dans une prison en France. » […] Le gouverneur allait écrire au ministre qu’il avait tenu une ligne de conduite indépendante et qu’il ne pouvait affirmer qu’il avait des desseins politiques. […] Le général Gourgaud a dit « vous pouvez lui donner cette assurance sans risque de vous compromettre car je vous donne ma parole d’honneur que je n’en ai jamais eus et je n’ai jamais voulu entrer dans aucune affaire politique. C’est pour cette raison, et parce que je n’ai pas voulu m’engager envers ce qu’on me demandait de faire, que je dois mes soucis et mes chagrins. Je ne veux accuser quiconque mais, si un jour on connaîtra ce qui s’est passé, vous saurez alors que je ne suis jamais entré dans des projets politiques, et vous saurez pourquoi j’ai quitté Longwood, et ce que l’on voulait que je fasse. Par ailleurs, je ne peux accuser aujourd’hui celui qui était une idole hier. »
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Albertuk
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Message par Albertuk » 26 oct. 2008 20:22

Bonsoir

Je voulais ajouter qu'il faut certainement lire le livre de Jacques Macé sur Gourgaud pour s'en faire une meilleure idée. Je vais essayer de me le procurer moi-même car je ne l'ai pas encore lu.
Amicalement
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bastet
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Gourgaud

Message par bastet » 28 oct. 2008 13:55

Bonjour!
De Jacques Macé je ne connais que le Dictionnaire que je trouve très intéressant pour la plupart de ses articles.
Les quelques biographies de Maréchaux lues m'ont toujours donné le sentiment, sentiment très personnel, que les auteurs choisissaient, ce qui est normal, de glorifier leur Héros mais au détriment de Napoléon qui s'en trouvait de la sorte diminué.

Une des meilleures bio, :aime1: toujours pour moi, concerne le beau Joachim, elle est signée, et quel style éblouissant, de J.Lucas-Dubreton; c'est qu'on savait écrire en ces temps même quand on était historien!
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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 28 oct. 2008 18:03

bastet a écrit :c'est qu'on savait écrire en ces temps même quand on était historien!
Et encore une réflexion pleine de mépris et ridiculement passéïste comme vous nous en pondez régulièrement. Lisez donc Emmanuel Le Roy-Ladurie ou Arlette Farge pour vous rendre compte que des historiens contemporains savent tout aussi bien écrire que vos bons vieux auteurs au style souvent compassé.
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bastet
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Message par bastet » 28 oct. 2008 19:44

Mais, Monsieur, je connais, j'ai lu, j'aime beaucoup en particulier d'Arlette Farge "La vie fragile".

Parce que j'aime Yann Queffelec ou Eduardo Manet dois-je jeter Stendhal ou Vigny? Mauriac, Giono, Borges....Passéiste! et méprisante ! de plus !vous vous répétez "ridiculement".
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La Bédoyère
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Message par La Bédoyère » 28 oct. 2008 21:14

Pierre,

Ces dernières décénies, il y a eu des travaux historiques déterminants, notamment sur l'Occupation, sur l'URSS....

Mais cela ne peut empêcher d'apprécier énormément Lenotre, Masson, Aubry....

Quel charme que cette écriture de la fin du XIX ème ou du tout début du XX ème....élégante, émouvante. Et cela ne remet pas en cause le travail des historiens d'aujourd'hui.


:paix:
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Message par Diana » 29 déc. 2008 18:20

La guerre en Espagne fut la grande erreur de Napoléon, lui-même le reconnut lors de son exil à Sainte Hélène. L’erreur est d’autant plus grave que, en 1794, il écrivit dans une note sur la position politique et militaire de l’Armée du Piémont et d’Espagne :

« L’Espagne est un grand État ; la paresse et l’incapacité de la cours de Madrid et l’avilissement du peuple, la rende peu dangereuse dans ses attaques. Cependant le caractère résigné de cette Nation, l’orgueil et la superstition qui domine en elle, les recours qu’offre une grande population la rendrait inquiétante si elle se voyait attaquée sur son propre sol […] L’Espagne est une péninsule et trouvera de grands recours dans la supériorité de l’alliance qu’elle possède en mer […] Un esprit froid ne pourra jamais avoir l’idée de prendre Madrid […] Pour cela on doit adapter le système défensif pour la frontière d’Espagne et le système offensif pour le Piémont […] Attaquer l’Allemagne, jamais l’Espagne… » (1)



(1) voir C. COLIN « L’éducation militaire de Napoléon, 1990 »
Ref: "España el Infierno de Napoléon" de EMILIO DE DIEGO
Le premier signe de l'ignorance, c'est présumer que l'on sait.
(Baltasar Gracián 1601-1646)
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Message par CC » 29 déc. 2008 18:51

Il était plus clairvoyant en 1794 que par la suite.
Il s'est cru alors tout-puissant. :cry:
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