Hudson Lowe.

Le voici prisonnier de l'Europe... appellation qu'il a toujours refusée.
Comment survivre?

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CC
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Hudson Lowe.

Message par CC » 11 juil. 2006 17:38

Il était question, dans un autre sujet, d'attentats contre Hudson Lowe.
Je reviens sur celui projeté par Santini.
Ce Corse au sang chaud ne supportait pas l'attitude de Lowe par rapport à son Empereur. Il décide donc de se mettre en embuscade pour l'abattre.
Il en parle à son compatriote, le Corse Cipriani. Mais au lieu de l'aider à accomplir son attentat, Cipriani en parle à Napoléon.
Loin de l'approuver, l'Empereur se fâche et ne veut pas en entendre parler. Non seulement cela ne résoudrait pas leur problème, n'améliorerait pas leur situation, mais encore, ils deviendraient des criminels, des vulgaires assassins. Pas question de s'abaisser à cela!
Santini est donc de ceux qui partent en 1816.
Mais l'Empereur, s'il l'éloigne par sécurité, surtout pour éviter qu'un meurtre ne soit commis par énervement, a entière confiance en ce serviteur dévoué. Santini part donc avec un texte cousu dans ses habits. Texte que pour plus de sécurité il apprend également par coeur.
Arrivé à Londres, il diffuse ce texte que Lord Holland reprend dans une intervention à la Chambre des lords.
Au moment de faire son testament, Napoléon n'oublie pas Santini.

Napoléon se trouvait coincé là au point de devoir subir Lowe sans avoir la possibilité d'intervenir de quelque manière que ce soit, et sans pouvoir l'éliminer.
D'aucun y avait songé à sa place... mais l'Histoire ne permettait pas de réaliser cet acte.

L'Histoire? Ou l'éthique?
Selon vous?
S'il en avait eu la possibilité, Napoléon aurait-il été prêt à verser le sang d'autrui pour améliorer ses conditions de vie?
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Jean-Yves
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Message par Jean-Yves » 11 juil. 2006 18:06

Napoléon s'était bien trop rendu compte que Lowe, à forces d'iniquités envers lui, ne cessait de renforcer sa légende. Il lui était donc bien plus utile vivant que mort. Je suppose que, bien qu'il enrageait en public après ce personnage, l'Empereur, en son for intérieur, se félicitait d'avoir un tel géôlier.
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Message par CC » 11 juil. 2006 18:12

Il est vrai qu'il n'a rien fait pour arranger les choses ou pour apaiser les tensions.
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Drouet cyril
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Message par Drouet cyril » 11 juil. 2006 19:36

La légende passait par le martyr :

"Notre situation peut même avoir des attraits ! L'univers nous contemple ! Nous demeurons les martyrs d'une cause immortelle ! Des millions d'hommes nous pleurent, la patrie soupire et la gloire est en deuil ! Nous luttons ici contre l'oppression des dieux et les voeux des nations sont pour nous... Mes véritables souffrances ne sont pas ici. Si je ne considérais que moi, peut-être aurais-je à me réjouir ! Les malheurs ont aussi leur héroïsme et leur gloire ! L'adversité a manqué à ma carrière ! Si je fusse mort sur le trône, dans les nuages de la toute-puissance, je serais demeuré un problème pour bien des gens ; aujourd'hui, grâce au malheur, on pourra me juger à nu."

"Si Jésus n'était pas mort sur la croix, il ne serait plus Dieu."


"Quelle rage de persécution ! Mais plus on me persécutera, mieux se sera pour le monde."


"Les malheurs ont aussi leur héroïsme et leur gloire."


"L'infortune seule manquait à ma renommée ; j'ai porté la couronne impériale de la France, la couronne de fer de l'Italie ; et maintenant l'Angleterre m'en a donné une autre plus grande encore et plus glorieuse, celle portée par le sauveur du monde, une couronne d'épines."



Salutations respectueuses.
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Message par CC » 14 juil. 2006 11:01

Dans son dictionnaire, Jacques Macé indique:
Secrétaire d'Etat aux Colonies jusqu'en 1827, Lord Bathurst, personnage de l'ombre, est certainement - beaucoup plus que Hudson Lowe - le véritable responsable de la fin misérable de Napoléon à Longwood.

Il est vrai qu'étant l'exécutant et le personnage le plus proche, tous les torts retombent sur Lowe, mais en imaginant que Lowe ait pour une raison ou une autre disparu de la circulation, on peut également se dire que Bathurst aurait bien trouvé quelqu'un d'autre, de peut-être pire encore. :?

Les exécutants des basses besognes se trouvent toujours, en tous temps, en tous lieux. Les personnes qui devaient en vouloir à Napoléon étaient aussi légion. Bathurst pouvait trouver là de quoi le satisfaire.

Cette conclusion de Macé se retrouve-t-elle également dans les jugements des uns et des autres, et plus particulièrement dans les mémoires des compagnons de Napoléon?
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Drouet cyril
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Message par Drouet cyril » 14 juil. 2006 11:31

Napoléon s'adressant à Lowe :

"Dans cinq cent ans le nom de Napoléon brillera et ceux de Bathurst, de Castlereagh et le vôtre ne seront connus que par la honte et l'injustice de leur conduite envers moi."
(Montholon, Récits de la captivité de Napoléon à Sainte-Hélène)
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Message par CC » 14 juil. 2006 13:13

Merci Cyril!

J'ai mis cette phrase en en-tête de la page sur Hudson Lowe; son oraison funèbre, la sentence de l'Empereur.

Et le troisième personnage n'est effectivement pas triste non plus.

Il a d'ailleurs préféré mettre fin à ses jours; il s'est tranché la gorge quand il n'a plus été assez approuvé.
Mais ce n'est arrivé qu'en 1822.
Trop tard pour Napoléon. :cry:
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Message par Joker » 01 août 2006 15:05

Napoléon avait très vite compris que pour être durable et crédible auprès du plus grand nombre, une légende se doit de se nourrir également de viscissitudes.
C'est pourquoi il a alimenté par son attitude la propension naturelle de Lowe à la méfiance et à la crainte d'une évasion.
Il dut y sacrifier sa liberté de mouvement sur l'île, mais l'objectif visé valait très certainement à ses yeux pareil renoncement.
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Drouet cyril
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Message par Drouet cyril » 15 août 2006 15:02

L'idée que ses conditions d'exil le grandissait fut d'ailleurs exprimée très clairement dans la correspondance officielle. Ainsi, il écrivit dans le post scriptum de sa lettre à Lowe le 23 août 1816 :

"Napoléon à Sainte-Hélène, au milieu des persécutions de toute espèce auxquelles il n'oppose que de la sérénité, est plus grand, plus sacré, plus vénérable que sur le premier trône du monde, où si longtemps il fut l'arbitre des rois."

Salutations respectueuses.
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Message par Surcouf35 » 28 nov. 2006 10:37

Concernant Santini ,pour revenir au début de ce sujet, je croyais qu'en réalité la fureur de ce dernier émanait du fait que Lowe avait tenté de se l'approprier pour en faire son espion à Longwood, ce que son honneur de Corse n'avait pas supporté...
Pour en revenir à Lowe, les anglais ont fait une terrible méprise en nomment un geolier absolumant obtus ou pour le moins rigoriste dans l'application des règles contre son prisonnier...A ce sujet je vous invite au livre "Hudson Lowe le geolier de Napoléon" de Fournier de La Touraille qui dépeint admirablement le caractère plus humain qu'on ne le croit de ce militaire figé dans ses convictions et ses terreurs, totalement écrasé par l'ampleur de la tâche.
On y découvre un odieux Bathurst et Lowe, sa marionette...On nous y rappelle que cette situation arrangeait finalement si bien l'empereur déchu qu'il refusa à plusieurs reprises des mesures "d'assouplissement" proposées par le gouverneur.
Et puis, pour résumer le problème, imaginons nous à la place de ce militaire d'une fidélité inaltérable à la couronne confronté au plus grand manipulateur de son siècle...Qu'aurions nous fait ????
La parole a été donnée à l'homme afin de masquer sa pensée et le regard afin de dissimuler ses paroles
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Message par Joker » 28 nov. 2006 23:42

Citation : "Qu'aurions-nous fait ?"

Mais ni mieux ni pire que lui sans doute.
Elémentaire, mon cher Hudson... :lol:
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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 28 nov. 2006 23:49

Surcouf35 a écrit :Qu'aurions nous fait ????
Moi, j'aurais pas accepté la place. Déjà que geôlier, c'est un sale boulot, mais alors geôlier d'un emmerdeur comme Napoléon... :roll:
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Message par Joker » 29 nov. 2006 0:04

Sans doute Lowe pensait-il se faire une place de choix dans l'Histoire.
Un rendez-vous avec son destin, en quelque sorte.
D'une certaine manière, il y est parvenu.
Mais certainement pas, tel qu'il l'avait imaginé... :bah:
Modifié en dernier par Joker le 29 nov. 2006 0:35, modifié 1 fois.
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Message par bbea53 » 29 nov. 2006 0:19

Sans doute Lowe pensait-il se faire une place de choix dans l'Histoire

c'est un peu mon avis ! Lowe commandant les "corsicans rangers " a pu croire que le fait d'avoir Napoleon sous sa botte mettait un terme victorieux au combat qu'il avait mené à la tête de ces Corses félons .Il n'allait pas refuser d'être le geôlier au service des Alliés ,mais comme le dit Pierre l'emmerdeur ne s'était pas encore dévoilé !
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Message par Drouet cyril » 29 nov. 2006 8:25

Lowe n'était pas homme à refuser d'exécuter un tel ordre. Ainsi, dira-t-il à Napoléon le 16 juillet 1816 :

"Je ne suis pas venu chercher la gloire et je n'ai aucunement sollicité cet emploi. Mais étant ici, je dois faire mon devoir, que j'estime au-dessus de la gloire."


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