Hudson Lowe.

Le voici prisonnier de l'Europe... appellation qu'il a toujours refusée.
Comment survivre?

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Surcouf35
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Message par Surcouf35 » 29 nov. 2006 9:34

Je ne crois pas du tout à Lowe se cherchant un "destin glorieux"...Tout ce qu'il entreprit dans sa vie était empreint d'un même leitmotiv : servir et obéir...C'est l'archétype même de l'officier Anglais tel qu'il le fallait à Bathurst pour non pas museler mais agacer Napoléon...
Le seul moment où il commença à s'interesser à son destin en tant qu'homme fut son retour de Saint Hélène pour l'Angleterre ; là il se rendit compte du dédain dont il était l'objet de la part même, et surtout, de ceux qui l'avaient commandé...Tous désireux de se débarasser de l'encombrant serviteur...Je ne crois donc pas à une "gloriole" de ce personnage injustement condamné par l'histoire et la légende Napoléonienne
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Joker
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Message par Joker » 29 nov. 2006 23:33

Certes Lowe était un zélé serviteur de son gouvernement et il n'avait sans doute que son manuel réglementaire pour livre de chevet.
Mais il ne pouvait cependant ignorer que le fait d'accepter le rôle de geôlier de l'homme le plus connu de son époque allait inévitablement le placer sous les feux de la rampe et à l'avant-plan de la scène.
Dès qu'il entra en fonction, qu'il en soit conscient ou non, tous ses actes et décisions furent analysés, décortiqués, répertoriés et acquirent de ce fait une dimension universelle, compte tenu de l'aura de son illustre captif.
L'Histoire a aussi ses coulisses et ses seconds rôles.
Héros involontaire peut-être, mais héros quand même... :wink:
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Message par Surcouf35 » 30 nov. 2006 9:09

Joker, je ne suis pas absolument certain que finalement Lowe ait cerné tous les dangers qu'allaient lui apporter une telle mission "suicide"...Je pense qu'il a simplement pris au premier degré cette nomination qui était une reconnaissance de ses états de service, qui n'étaient pas si infâmants que cela d'ailleurs, et que lorsqu'il s'en rendit compte, il était trop tard, d'où des maladresses plutôt que des vexations.
En plus, mais peut être suis-je dans l'erreur, les premières mesures conservatoires strictes avaient été prises par l'amiral Cockburn (pardon pour l'orthographe aléatoire)...
Lowe dès la première entrevue, et avant même, fut testé et "mis à l'essai" par le diable qu'avait décidé d'être Napoléon à son encontre, même si par moments (commediante, tragediante) l'illustre captif fit en sorte que l'on comprit le contraire...
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Message par Joker » 30 nov. 2006 22:17

Même s'il se démarque quelque peu du mien, votre avis est néanmoins tout à fait sensé et je suis donc tout prêt à y adhérer s'il devait s'avérer plus proche de la vérité historique.
Je pense cependant que, comme souvent en pareil cas, cette fameuse vérité se situe à la frontière de ce que nous avons tous deux exprimé.
Et je crains bien qu'il ne faille nous en contenter puisque les principaux intéressés ne sont évidemment plus là pour nous démentir... :wink:
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Message par Surcouf35 » 02 déc. 2006 15:21

Tout de sagesse, comme d'habitude.....
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Message par CC » 27 mai 2007 18:12

Hudson Lowe après Sainte-Hélène... quand l'histoire rattrape l'homme et que les prévisions de Napoléon se réalisent.

http://www.napoleonprisonnier.com/acteu ... html#apres

:fleur:
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Message par CC » 30 mai 2007 17:20

Quelqu'un sait-il quelle fut la réaction de Hudson Lowe, au moment du retour des cendres?

Il vivait encore, il est mort quatre ans plus tard.

Je n'ai que la version de monsieur N... Mais la véritable réaction? S'il y en a eu une.
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La première fois

Message par CC » 27 févr. 2008 18:26

Hudson Lowe voit l'Empereur pour la première fois:

Comme officier de liaison, il assiste à la bataille de Bautzen qui oppose, les 20 et 21 mai 1813, Napoléon aux 96000 hommes de la coalition. A cette occasion, il aperçoit l’Empereur pour la première fois de sa vie et décrit la scène dans le compte rendu de la journée qu’il adresse à lord Bathurst :


Entre la ville de Bautzen et la position prise par les armées alliées s’élève un vaste plateau qui, du côté de la ville, présente un talus assez abrupt, mais qui, du côté de notre position, offrait une pente douce. La veille, nous avions abandonné ce terrain, ainsi que celui qui avait été occupé par les postes avancés, près de la ville de Bautzen, sur les bords de la Sprée. Dans la matinée, on observa qu’un corps de troupes ennemies se postait sur cette hauteur. Bientôt, en avant de ce corps, se forma un petit groupe ; au moyen de lunettes d’approche, on reconnut qu’il se composait des personnages les plus importants de l’armée française, parmi lesquels Napoléon lui-même pouvait facilement être distingué.
IL s’avança à environ quarante à cinquante pas de distance des autres, accompagné seulement d’un de ses maréchaux que nous conjecturâmes être Eugène de Beauharnais, avec lequel il conversa tout en se promenant de long en large, pendant près d’une demi-heure. J’étals sur une des batteries de devant, de sorte que je le vis très distinctement. Il portait un habit d’uniforme tout simple, avec l’étoile de la Légion d’honneur et un chapeau sans ornement qui contrastait avec ceux de ses maréchaux et de ses généraux garnis de plumes. Ses attitudes et ses manières étaient si parfaitement semblables à celles qui ont été reproduites sur ses portraits qu’il était impossible de ne pas le reconnaître. Il paraissait s’entretenir de choses indifférentes avec la personne qui était auprès de lui, regardant très rarement du côté de notre position, dont cependant, de l’endroit où il se trouvait, on avait une vue très étendue.


Jean-Pierre Fournier La Touraille
Hudson Lowe, le geôlier de Napoléon.
Perrin – 2006
P 20
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Message par Albertuk » 27 févr. 2008 23:31

Bonsoir
Il vivait encore, il est mort quatre ans plus tard.
Je n'ai que la version de monsieur N... Mais la véritable réaction? S'il y en a eu une.
Je ne connais pas de réaction de sa part mais j'imagine seulement que le retour des cendres ne lui a fait ni chaud ni froid à cette époque 1840. La raison est que, déjà lors de la captivité, il n'avait pas avancé d'avis à Bathurst au sujet du lieu de sépulture. Il a suivi les ordres sur ce point, ni plus ni moins. Alors que sur d'autres sujets (e.g. communications, dépenses, future maison pour Napoléon, périmètre, etc) il n'avait pas hésité à avancer son opinion et avait adopté des mesures.

De plus, en 1840, son rôle de geôlier de Napoléon lui avait surtout causé des ennuis en Angleterre même. Il avait été lâché par les politiciens qui l'avaient engagé dans ce rôle, et c'était un gouvernement "Whig" qui gouvernait l'Angleterre à cette époque. Hudson Lowe était revenu de Ceylan depuis des années, était sans aucune ressource financière, ne bronchait pas un mot en public de peur de se faire incendier par les journaux. Bref il se faisait tout petit. Ce n'est qu'après le retour des conservateurs en 1841 que Hudson Lowe peut recevoir une pension militaire pour le grade de colonel. Bref, ce n'était pas Byzance. Ses dernières années, il les a passées en réflexions amères par le manque de reconnaissance de son pays plutôt que dans des réflexions sur le retour des cendres de son ancien prisonnier, d'autant que le lieu final de sépulture n'avait jamais été un de ses sujets d'intérêt.
Amicalement
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Message par CC » 02 mars 2008 16:49

Merci, Albertuk, pour ces précisions! :fleur:
En fait, Lowe a eu soin de se taire, que cela l'intéresse ou non, il n'était plus concerné. Il avait fait sa part, le reste ne le concernait pas.
Personnellement, j'imagine quand même que ce déploiement pour un homme qui était son prisonnier, ce faste pour le vaincu, cela n'a pas dû lui faire bien plaisir.
Il était décideur et il se retrouve tel que le lui avait prédit l'Empereur, alors que celui qu'il gardait avec force restriction se trouvait à nouveau être le héros.
Il a dû broyer bien des idées noires pour la non reconnaissance de sa mission.

(j'ai rajouté votre texte en bas de page.)

___________________


Dans les acteurs: Hudson Lowe aperçoit Napoléon pour la première fois:


http://www.napoleonprisonnier.com/acteu ... l#premiere

:fleur:
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Le rôle de Lowe.

Message par CC » 09 mars 2008 15:27

Jean-Pierre Fournier La Touraille
Hudson Lowe, le geôlier de Napoléon.
Perrin – 2006 – p29

___________________________________________


En quelle qualité va-t-il exercer sa surveillance de l’illustre proscrit ? Il pose la question au procureur général, sir Samuel Shepherd, qui doit préparer sur le plan juridique l’acte du Parlement légalisant la détention de Napoléon. Les explications du haut magistrat ne suffisent pas à dissiper toutes les obscurités. Lord Ellenborough, Lord Chief Justice of England, lui assure seulement que « la loi [le] soutiendra toujours dans l’accomplissement du devoir qui [lui] a été confié ». Lord Bathurst lui transmet, le 12 septembre, une longue missive destinée à fixer les principes généraux de sa conduite :


Ma lettre du 24 juillet vous a informé qu’il avait plu à Son Altesse Royale le Prince Régent d’ordonner que la garde de la personne de Napoléon vous fût confiée. L’île de Sainte-Hélène a été fixée comme le lieu de sa future résidence… Vous trouverez ci-incluse, pour vous servir d’information et de guide, la copie d’un mémorandum que j’ai adressé, à cette occasion, aux lords commissaires de l’Amirauté, et sur lequel les instructions de sir George Cockburn sont fondées, autant qu’elles regardent Napoléon Bonaparte.

J’ai peu à rajouter à ce mémorandum, et vous regarderez ces instructions comme les principes généraux qui doivent régler votre conduite. Beaucoup de choses cependant seront déterminées par les circonstances locales, et l’expérience que j’ai de votre jugement et de votre discrétion me fait remettre, sans appréhension, cette mission très importante entre vos mains. Vous observerez que le désir du gouvernement de Sa Majesté est d’accorder au général Bonaparte toutes les indulgences compatibles avec l’entière sécurité de sa personne. Qu’il ne puisse en aucune manière s’échapper, ni avoir de communication avec qui que ce soit, excepté par votre entremise, doit être votre soin incessant ; et ces deux points une fois assurés, toutes les ressources, tous les amusements de nature à réconcilier Bonaparte avec sa captivité peuvent être permis.
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Message par CC » 15 mars 2008 17:50

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Message par CC » 16 mars 2008 23:34

Je reviens sur la réaction et les sentiments de Lowe lors du retour des cendres.
J'ai trouvé cet extrait, mais je ne sais si c'est romancé ou simplement inventé.

------------------

Jean-Pierre Fournier La Touraille
Hudson Lowe, le geôlier de Napoléon.
Perrin – 2006 – p 205

___________________________________________




Le « retour des cendres » de l’Empereur, en décembre 1840, marque l’heure la plus douloureuse de toute la vie de sir Hudson Lowe.


Imaginons la scène. Le colonel Basil Jackson, ami proche et dernier témoin de sa longue carrière, est assis en face du vieux général, dans la petite pièce qui sert à la fois de salon et de salle à manger et qui compose, avec une chambre encombrée de livres, le petit appartement londonien de l’ancien gouverneur de Sainte-Hélène. Pour les yeux de son ancien supérieur, il lui fait la lecture de l’article de plus de huit pages de l’hebdomadaire londonien qui, pour décrire les cérémonies parisiennes, n’a pas envoyé moins de sept reporters à Paris. Lowe l’écoute avec attention, ne trahissant ses émotions que par la crispation de sa main tavelée sur l’accoudoir de son fauteuil.

(…. Relation de la cérémonie)

Lowe n’écoute plus. En esprit, il est à Sainte- Hélène, en un lointain 9 mai 1821, avec le groupe qui suit le modeste convoi funèbre du « général Bonaparte ». Le colonel s’interrompt, croyant un instant que le vieillard s’est assoupi mais, sur un geste, il reprend sa lecture :

(…)

A l’évocation de ce prodigieux triomphe, Hudson Lowe soupire. Mesure-t-il enfin son véritable rôle ? Il a été la victime d’une sorte d’abus de confiance de la part d’un pouvoir civil qui l’a abandonné à ses ennemis, ne l’a jamais récompensé de sa loyauté et a longtemps laissé salir son honneur. Devant le portrait qu’on fait de lui dans toute la presse européenne, il ne peut que balancer entre le mépris et la fureur. S’est-il jamais montré abrupt, arrogant, discourtois ?

------------------------


Le colonel Basil Jackson aurait-il laissé une lettre, une note permettant de déduire la réaction de Lowe à cet instant?
Je vois qu'il est dans les références bibliographiques reprises à la fin du livre.
Mais l'extrait dont question ici est-il dans ses notes?
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Message par Albertuk » 17 mars 2008 0:13

Rien de tout ceci dans les souvenirs de Basil Jackson. Il ne s'agit sans doute que de l'imagination fertile de l'auteur de cet ouvrage. D'ailleurs il a lui-même écrit: "imaginons..."
Amicalement
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Message par Surcouf35 » 17 mars 2008 10:44

C'est effectivement une mise en scène...Néanmoins quel livre interessant ! Je dois avouer modestement que j'ai commencé à m'interesser à Lowe à cette période...Je recherche avidement d'autres ouvrages sur cette victime de la politique et de la haine entre une nation et son illustre prisonnier...
Je pense d'ailleurs que Napoléon devait imaginer facilement le terrifiant destin de son geolier...
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