Procès de Buonaparte, Adresse à tous les souverains d'Europe

Le voici prisonnier de l'Europe... appellation qu'il a toujours refusée.
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Séraphin Lampion
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Re: Procès de Buonaparte, Adresse à tous les souverains d'Eu

Message par Séraphin Lampion » 03 mars 2019 13:18

Frédéric Staps a écrit : Effectivement, lors de la bataille d'Azincourt, le roi Henry V a ordonné de massacrer les prisonniers, mais c'était le 25 octobre 1415, soit 400 ans plus tôt.
Certes, mais c'était déjà un coup bas de la perfide Albion ! ;)

Les Anglais ne sont pas exempts d'exactions envers les populations civiles, lors de la guerre d'Espagne notamment :shock:
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Drouet cyril
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Re: Procès de Buonaparte, Adresse à tous les souverains d'Eu

Message par Drouet cyril » 03 mars 2019 14:06

Cipriani Franceschi a écrit : Nous pourrions bien entendu évoquer le massacre de Jaffa, lequel de nos jours serait vu sans doute possible comme un crime de guerre...
Mais à l'époque de Napoléon ce n'était pas le cas
Revenons donc à l'époque :
Décret du 4 mai 1792 :
« L'Assemblée nationale, voulant, au commencement d'une guerre entreprise pour la défense de la liberté, régler, d'après les principes de la justice et de l'humanité, le traitement des militaires ennemis que le sort des combats mettrait au pouvoir de la nation française ;
Considérant qu'aux termes de la Déclaration des droits, lorsque la société est forcée de priver un homme de sa liberté, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s'assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi ;
Reconnaissant que ce principe s'applique plus particulièrement encore aux prisonniers de guerre, qui, ne s'étant point rangés volontairement sous la puissance civile de la nation, demeurent sous la sauvegarde plus spéciale du droit naturel des hommes et des peuples, décrète qu'il y a urgence.
L'Assemblée nationale, après avoir décrété l'urgence, déclare et décrète ce qui suit :
Art. 1er. Les prisonniers de guerre sont sous la sauvegarde de la nation et la protection spéciale de la loi.
Art. 2. Toute rigueur déplacée, insulte, violence, ou meurtre commis contre des prisonniers de guerre, seront punis d'après les mêmes lois, et des mêmes peines que si ces excès avaient été commis contre des Français. »

Peyrusse (lettre du 10 mars 1799; « Expéditions de Malte, d'Egypte et de Syrie. Correspondance (1798-1801) ») est très clair sur les deux cas de figures :
« Que, dans une ville prise d'assaut, le soldat effréné pille, brûle et tue tout ce qu'il rencontre, les lois de la guerre l'ordonnent et l'humanité jette un voile sur toutes ces horreurs ; mais que deux et trois jours après un assaut, dans le calme de toutes les passions, on ait la froide barbarie de faire poignarder 3 000 hommes qui se sont livrés à votre bonne foi, on ne peut alors que faire un appel énergique à la postérité contre ceux qui ont donné un ordre aussi cruel. »

Dans le même sens, Jomini (Histoire critique et militaire des guerres de la révolution) écrivait ceci :
« Les personnes des prisonniers sont sacrées, elles sont sous la sauvegarde de l’honneur ; dès qu’on avait consenti à recevoir les armes de ces ennemis, aucune considération de prudence ne pouvait les priver des droits qu’ils avaient acquis par leur capitulation. »

Napoléon lui-même, dont les prisonniers de guerre sous son règne eurent la plupart du temps un sort bien plus enviable que chez d’autres nations coalisées, s’est exprimé sur le sujet à l’occasion de l’insurrection du Tyrol. Des prisonniers français et Bavarois ayant été massacrés (le nombre reste douteux), on accusa de ce crime le lieutenant-général autrichien Chasteler. Voici ce que Napoléon écrivit dans le 23e Bulletin du 28 juin 1809 :

« Le 10 avril, […] le général Chasteler insurgeait le Tyrol et surprenait 700 conscrits français qui allaient à Augsbourg, où étaient leurs régiments, et qui marchaient sur la foi de la paix. Obligés de se rendre et faits prisonniers, ils furent massacrés. Parmi eux se trouvaient 80 Belges nés dans la même ville que Chasteler. 1 800 Bavarois, faits prisonniers à la même époque, furent aussi massacrés. Chasteler, qui commandait, fut le témoin de ces horreurs. Non seulement il ne s'y opposa point, mais on l'accusa d'avoir souri à ce massacre, espérant que les Tyroliens, ayant à redouter la vengeance d'un crime dont ils ne pouvaient espérer le pardon, seraient ainsi plus fortement engagés dans leur rébellion.
Lorsque Sa Majesté eut connaissance de ces atrocités, elle se trouva dans une position difficile. Si elle voulait recourir aux représailles, 20 généraux, 1 000 officiers, 80 000 hommes, faits prisonniers pendant le mois d'avril, pouvaient satisfaire aux mânes des malheureux Français si lâchement égorgés. Mais des prisonniers n'appartiennent pas à la puissance pour laquelle ils ont combattu; ils sont sous la sauvegarde de l'honneur et de la générosité de la nation qui les a désarmés. »
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Re: Procès de Buonaparte, Adresse à tous les souverains d'Eu

Message par Drouet cyril » 03 mars 2019 14:20

Frédéric Staps a écrit :
Drouet cyril a écrit :Pouvez-vous nous donner les pistes de compréhension fournies par ce film s'il vous plaît ?
Voici un résumé du film qui ne dévoile pas toute l'histoire, mais qui contient néanmoins une indication sur ce que ce film permet de comprendre à propos de l'attitude des Anglais concernant l'esclavage :
En 1815, dans la petite ville de Queimada, débarque Sir William Walker, agent secret du gouvernement britannique, chargé de briser le monopole commercial que le gouvernement espagnol maintient sur l'île. Cette action ne peut être que souterraine et doit faire appel à la population indigène de l'île. Walker se met en quête d'un noir, Dolorès, qu'il pousse à créer et à diriger un mouvement révolutionnaire. Il l'amène à agir d'abord en faisant de lui un hors-la-loi qu'il transforme vite en guerillero.

Merci. Et outre le scénario de ce film de fiction, avez-vous des éléments plus sérieux pour (puisque c'était la question d'origine) comprendre les motivations des Anglais à être le fer de lance en Europe du processus visant à abolir la traite ?
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Frédéric Staps
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Re: Procès de Buonaparte, Adresse à tous les souverains d'Eu

Message par Frédéric Staps » 03 mars 2019 20:19

Drouet cyril a écrit :Merci. Et outre le scénario de ce film de fiction, avez-vous des éléments plus sérieux pour (puisque c'était la question d'origine) comprendre les motivations des Anglais à être le fer de lance en Europe du processus visant à abolir la traite ?
Je me doutais bien que vous feriez une réflexion de ce genre, votre conception du sérieux étant comparable à celle de mon professeur d'histoire (français en fait et accessoirement histoire) auquel j'avais fait remarquer quand il expliquait que les femmes athéniennes étaient choquées de voir les femmes spartiates participer nues aux jeux olympiques que les femmes n'étaient pas admises comme spectatrices aux jeux olympiques, ne me rappelant sur le moment comme source de cette information que l'album d'Astérix aux jeux olympiques, ce qui l'avait amené à rejeter avec mépris ma remarque qui était pourtant tout à fait fondée et que j'avais lue également ailleurs sans toutefois m'en rappeler sur le moment.

J'ai donc bien lu quelque chose de similaire dans un livre que vous daignerez peut-être considérer comme plus sérieux (à moins que vous ne le rangiez dans la catégorie des bouses étant donné que son auteur était vraisemblablement un marxiste tiers-mondiste citant notamment à plusieurs reprises Frantz Fanon), mais je ne me rappelle plus du tout pour l'instant du nom de l'auteur ni le titre du livre.

J'ai lu également ailleurs (mais je ne me souviens pas davantage d'où j'ai pu lire ça) que les penseurs libéraux considéraient qu'en termes économiques, il était préférable d'employer des ouvriers salariés mal payés que des esclaves, que c'était en fait beaucoup plus rentable. (Mais ça aussi, c'est peut-être une rumeur que faisaient circuler des auteurs d'obédience marxiste).

Enfin, il y a le rôle joué par les Quakers dans le combat abolitionniste.

Tout cela mis ensemble peut expliquer pourquoi ce sont les Anglais qui ont poussé à l'abolition de l'esclavage.
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Re: Procès de Buonaparte, Adresse à tous les souverains d'Eu

Message par Drouet cyril » 03 mars 2019 21:25

Merci...
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Re: Procès de Buonaparte, Adresse à tous les souverains d'Eu

Message par T'as le rang » 03 mars 2019 22:46

S'il fallait chercher des actions anglaises comparables à la destruction de Schwaz, on pourrait peut-être mentionner le bombardement de Copenhague en 1807.

"Du 2 au 5 septembre de la même année [1807], ils [les Anglais] bombardent Copenhague sans préavis et avec une intensité encore jamais vue. Bilan : des centaines de victimes, tandis que le château de Christiansborg, siège du pouvoir, l'église Notre-Dame et le tiers des maisons de la capitale sont détruits. La ville, comme le pays, est ruinée. La misère et la crasse s'installent dans une cité confinée entre ses murailles".
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Séraphin Lampion
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Re: Procès de Buonaparte, Adresse à tous les souverains d'Eu

Message par Séraphin Lampion » 04 mars 2019 11:38

Drouet cyril a écrit : Revenons donc à l'époque :
Décret du 4 mai 1792 :
« L'Assemblée nationale, voulant, au commencement d'une guerre entreprise pour la défense de la liberté, régler, d'après les principes de la justice et de l'humanité, le traitement des militaires ennemis que le sort des combats mettrait au pouvoir de la nation française ;
Considérant qu'aux termes de la Déclaration des droits, lorsque la société est forcée de priver un homme de sa liberté, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s'assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi ;
Reconnaissant que ce principe s'applique plus particulièrement encore aux prisonniers de guerre, qui, ne s'étant point rangés volontairement sous la puissance civile de la nation, demeurent sous la sauvegarde plus spéciale du droit naturel des hommes et des peuples, décrète qu'il y a urgence.
L'Assemblée nationale, après avoir décrété l'urgence, déclare et décrète ce qui suit :
Art. 1er. Les prisonniers de guerre sont sous la sauvegarde de la nation et la protection spéciale de la loi.
Art. 2. Toute rigueur déplacée, insulte, violence, ou meurtre commis contre des prisonniers de guerre, seront punis d'après les mêmes lois, et des mêmes peines que si ces excès avaient été commis contre des Français. »
OK... mais lorsque Bonaparte rentre d'Egypte en France, auréolé de ses victoires, et prépare le 18 Brumaire... Personne ne songera sans doute à lui appliquer ce décret concernant Jaffa :?
Drouet cyril a écrit : Peyrusse (lettre du 10 mars 1799; « Expéditions de Malte, d'Egypte et de Syrie. Correspondance (1798-1801) ») est très clair sur les deux cas de figures :
« Que, dans une ville prise d'assaut, le soldat effréné pille, brûle et tue tout ce qu'il rencontre, les lois de la guerre l'ordonnent et l'humanité jette un voile sur toutes ces horreurs ; mais que deux et trois jours après un assaut, dans le calme de toutes les passions, on ait la froide barbarie de faire poignarder 3 000 hommes qui se sont livrés à votre bonne foi, on ne peut alors que faire un appel énergique à la postérité contre ceux qui ont donné un ordre aussi cruel. »
Certes, mais monsieur Peyrusse s'exprimait à titre personnel, son souhait n'avait pas force de loi ;)
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Re: Procès de Buonaparte, Adresse à tous les souverains d'Eu

Message par Drouet cyril » 04 mars 2019 12:18

Séraphin Lampion a écrit :OK... mais lorsque Bonaparte rentre d'Egypte en France, auréolé de ses victoires, et prépare le 18 Brumaire... Personne ne songera sans doute à lui appliquer ce décret concernant Jaffa
Non, d'autant plus que c'était la version officielle, celle de Bonaparte, qui était connue.
En effet, le 11 octobre 1799, le Moniteur entama la publication du rapport que Berthier avait adressé le 29 juillet précédent au ministre de la Guerre. Dans le numéro du 14, on put lire cette description de l’assaut de Jaffa :
« Nos braves se précipitent à la brèche; ils la gravissent malgré quelques feux de flanc que nous n'avions pu éteindre. Ils se logent dans la tour carrée, et la couronnent. L'ennemi fait des efforts pour attaquer et repousser nos troupes qui se trouvent soutenues par la division Lanusse et par notre artillerie qui mitraillait la ville, en suivant les progrès que faisaient nos soldats ; ils gagnent de toit en toit, de rue en rue ; bientôt ils ont couronné et pris le fort; ils sont sur le port ; la terreur s'empare de la garnison [« composée de 1200 canonniers turcs , et d'environ 2500 Maugrabins ou Arnautes, et quelques égyptiens »]; la plus grande partie est passée au fil de l’épée; environ 300 Egyptiens échappés à l'assaut sont renvoyés en Egypte et rendus à leurs familles. »


Ce rapport fut ensuite publié la même année dans l’ouvrage titré « Relations de l'expédition de Syrie, de la bataille d'Aboukir et de la reprise du fort de ce nom. »


L'année suivante, Berthier, dans la droite ligne de son rapport de l’été 1799, publia une « Relation des campagnes du général Bonaparte en Égypte et en Syrie » :
« Le 16 [ventôse, 6 mars], à la pointe du jour, on commence à canonner la place. La brèche est jugée praticable à quatre heures du soir; l’assaut est ordonné. Les carabiniers de la vingt-deuxième demi-brigade d’infanterie légère s’élancent à la brèche […] L’ennemi fait à plusieurs reprises les plus grands efforts pour repousser la vingt-deuxième demi-brigade; mais elle est soutenue par la division Lannes, et par l’artillerie des batteries, qui mitraille l’ennemi dans la ville, en suivant les progrès des assiégeants.
La division Lannes gagne de toit en toit, de rue en rue ; bientôt elle a escaladé et pris les deux forts. L’aide de camp Duroc se distingue par son intrépidité.
La division Bon, qui avait été chargée des fausses attaques, pénètre dans la ville; elle est sur le port. La garnison poursuivie se défend avec acharnement, et refuse de poser les armes; elle est passée au fil de l’épée. Elle était composée de douze cents canonniers turcs, et de deux mille cinq cents Maugrabins ou Arnautes. Trois cents Egyptiens, qui s’étaient rendus, sont renvoyés au sein de leurs familles. »

Dans le même temps, paraissait l’ouvrage intitulé « Pièces diverses relatives aux opérations militaires et politiques du général Bonaparte »
On pouvait y lire cette proclamation du Diwan du Caire :
« [Bonaparte] fut ensuite sur Jaffa, et en fit le siège pendant trois jours; s'en étant emparé, il prit tous les approvisionnements qui s'y trouvaient faits par Djezzâr. Les habitants égarés n'ayant pas voulu se soumettre et le reconnaître, ayant refusé sa protection , il les livra , dans sa colère et par la force qui le dirige, au pillage et à la mort ; il en est péri aux environs de cinq mille. Il a détruit leurs remparts, et fait piller tout ce qui s'y trouvait : c'est l'ouvrage de Dieu qui dit aux choses d'être, et elles sont. Il a épargné les Egyptiens qui s'y sont trouvés, les a honorés, nourris et vêtus; il les a fait embarquer sur des bâtiments pour les reconduire dans leur patrie, les a fait escorter, crainte que les Arabes ne leur nuisissent, et les a comblés de biens. Il se trouvait à Jaffa environ cinq mille hommes des troupes de Djezzâr ; il les a tous détruits : bien peu se sont sauvés par la fuite. »

Dans ce même ouvrage était également retranscrite la lettre rédigée par Bonaparte au Directoire exécutif, le 13 mars, cinq jours après le massacre des prisonniers de guerre de Jaffa (à noter que cette missive avait déjà été publiée l’année précédente, au Caire, dans le petit ouvrage « Expédition de Syrie jusqu'à la prise de Jaffa ») :
« A la pointe du jour, le 17 [ventôse, 7 mars], je fis sommer le gouverneur ; il fit couper la tête à mon envoyé et ne répondit point. A sept heures le feu commença ; à une heure je jugeai la brèche praticable. Le général Lannes fit les dispositions pour l'assaut ; l'adjoint aux adjudants généraux Netherwood, avec dix carabiniers, y monta le premier et fut suivi de trois compagnies de grenadiers de la treizième et de la soixante-neuvième demi-brigade, commandées par l'adjudant général Rambeaud, pour lequel je vous demande le grade de général de brigade.
A cinq heures nous étions maîtres de la ville, qui, pendant vingt-quatre heures, fut livrée au pillage et à toutes les horreurs de la guerre, qui jamais ne m'a paru si hideuse.
Quatre mille hommes des troupes de Djezzar ont été passés au fil de l'épée ; il y avait huit cents canonniers. Une partie des habitants a été massacrée.
[…]
J'ai été clément envers les Egyptiens, autant que je l'ai été envers le peuple de Jaffa, mais sévère envers la garnison qui s'est laissé prendre les armes à la main. »

Cette lettre parut également, fin juin 1801, dans « Pièces diverses et correspondance relatives aux opérations de l'armée d’Orient en Egypte » ; ouvrage imprimé à l’initiative du Tribunat, qui, le 28 décembre précédent, en avait arrêté l’impression.

Ainsi, au début du Consulat, la version officielle était : Jaffa avait été prise d’assaut et la garnison ennemie, après avoir refusé de se soumettre, passée (dans des circonstances plutôt nébuleuses) par le fil de l’épée.
Aussi terrible soit ce genre de récit, un tel dénouement s’inscrivait cependant à l’époque dans le cadre de ce que l’on nommait les lois de la guerre ; pas de quoi imaginer un procès.
Les révélations sur le massacre des prisonniers de guerre vinrent ensuite.

Séraphin Lampion a écrit :Certes, mais monsieur Peyrusse s'exprimait à titre personnel, son souhait n'avait pas force de loi
En effet, mais la loi, Peyrusse devait peut-être la connaître, et savait bien que la version officielle ramenée d'Egypte ne correspondait pas vraiment avec la réalité des faits.
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Re: Procès de Buonaparte, Adresse à tous les souverains d'Eu

Message par Frédéric Staps » 04 mars 2019 18:34

Drouet cyril a écrit : Peyrusse (lettre du 10 mars 1799; « Expéditions de Malte, d'Egypte et de Syrie. Correspondance (1798-1801) ») est très clair sur les deux cas de figures :
« Que, dans une ville prise d'assaut, le soldat effréné pille, brûle et tue tout ce qu'il rencontre, les lois de la guerre l'ordonnent et l'humanité jette un voile sur toutes ces horreurs »
Est-ce si clair que cela ?
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Re: Procès de Buonaparte, Adresse à tous les souverains d'Eu

Message par Drouet cyril » 04 mars 2019 19:09

Frédéric Staps a écrit :
Drouet cyril a écrit : Peyrusse (lettre du 10 mars 1799; « Expéditions de Malte, d'Egypte et de Syrie. Correspondance (1798-1801) ») est très clair sur les deux cas de figures :
« Que, dans une ville prise d'assaut, le soldat effréné pille, brûle et tue tout ce qu'il rencontre, les lois de la guerre l'ordonnent et l'humanité jette un voile sur toutes ces horreurs »
Est-ce si clair que cela ?
Ce que je voulais dire par là c'est que Peyrusse fait clairement la distinction entre deux types de morts : ceux qui sont tués lors de l'assaut d'une ville et ceux qui sont exécutés après s'être constitués prisonniers lors ou suite à l'assaut de ladite ville.
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Re: Procès de Buonaparte, Adresse à tous les souverains d'Eu

Message par Frédéric Staps » 04 mars 2019 20:50

Drouet cyril a écrit :Ce que je voulais dire par là c'est que Peyrusse fait clairement la distinction entre deux types de morts
Effectivement, cette distinction est claire. Ce qui l'est moins en revanche, c'est l'opinion de Peyrusse sur la première catégorie de morts. Il dit bien que les lois de la guerre ordonnent lors de la prise d'assaut d'une ville que l'on pille, brûle et tue tout ce qu'on rencontre (ce qui est pourtant loin d'être systématique) et que l'humanité (dans quel sens emploie-t-il ce mot ?) jette un voile sur tout cela. Il n'en considère toutefois pas moins cela comme des "horreurs" (ce qui n'est sans doute pas le point de vue de tout le monde, notamment pas d'une partie de ceux qui pillent, brûlent et tuent).

Cela met en tout cas en lumière qu'une partie de ceux qui examinaient ces faits "avec des lunettes du 19e siècle" n'avaient pas une vision si différente de la nôtre.
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Re: Procès de Buonaparte, Adresse à tous les souverains d'Eu

Message par Drouet cyril » 04 mars 2019 21:07

Frédéric Staps a écrit :
Drouet cyril a écrit :Ce que je voulais dire par là c'est que Peyrusse fait clairement la distinction entre deux types de morts
Effectivement, cette distinction est claire. Ce qui l'est moins en revanche, c'est l'opinion de Peyrusse sur la première catégorie de morts. Il dit bien que les lois de la guerre ordonnent lors de la prise d'assaut d'une ville que l'on pille, brûle et tue tout ce qu'on rencontre (ce qui est pourtant loin d'être systématique) et que l'humanité (dans quel sens emploie-t-il ce mot ?) jette un voile sur tout cela. Il n'en considère toutefois pas moins cela comme des "horreurs"

Dans la même veine, on peut se souvenir des mots de Carnot-Feuleins, tenus le 25 juillet 1792, dans le cadre des débats relatifs au décret ordonnant la condamnation à mort de tout commandant de place capitulant avant qu’il y ait brèche accessible et praticable :
« Toutes les fois qu'une place est prise d'assaut, il est du droit de la guerre (et malheureusement on n'use que trop souvent de ce droit) de passer au fil de l'épée non seulement la garnison, mais même tous les habitants. C'est ainsi qu'on a agi au siège de Berg-op-Zoom ; c'est ainsi qu'on a agi à Okzacow. »

Cette réprobation se retrouva cinq ans plus tard et deux ans avant Jaffa dans la correspondance même de Bonaparte :
« Le général Guieu poussa la colonne qu‘il avait battue à Pulfero jusqu'à la Chiusa autrichienne , poste extrêmement retranché, mais qui fut enlevé de vive force, après un combat très opiniâtre […] Le général Kœblœs défendait lui-même la Chiusa avec 500 grenadiers. Par le droit de la guerre, les 500 hommes devaient être passés au fil de l'épée; mais ce droit barbare a toujours été méconnu et jamais pratiqué par l'armée française. »
(Bonaparte au Directoire exécutif, 25 mars 1797)

Sur le théâtre d’opération oriental, ce « droit barbare », pour reprendre l’expression du général en chef de l’armée d’Italie, restait néanmoins applicable. Ainsi, le 7 mars, quelque temps avant l’attaque de Jaffa, quand fut lancée la sommation au commandant de la place, Abd-Allah-Aga, Berthier ne cacha en rien ce qu’il adviendrait de la malheureuse cité en cas d’assaut victorieux :
« Le général en chef Bonaparte me charge de vous faire connaître […] que la place de Jaffa est cernée de tous côtés; que les batteries de plein fouet, à bombes et de brèche, vont, dans deux heures, culbuter la muraille et en ruiner les défenses;
Que son cœur est touché des maux qu'encourrait la ville entière en se laissant prendre d'assaut »

Sommation qui n’est pas sans rappeler celle lancée le 20 février précédent au commandant du fort d’El Arich :
« Le général en chef me charge de vous faire connaître que la brèche commence à être praticable; que les lois de la guerre, chez tous les peuples, sont que la garnison d'une ville prise d'assaut doit être passée au fil de l'épée; que votre conduite, dans cette circonstance, n'est qu'une folie de laquelle il a pitié »

A noter que six ans plus tard, ces mêmes lois officiellement appliquées à Jaffa furent à nouveau rappelées dans le 6e Bulletin de la Grande Armée du 18 octobre 1805 :
« L'Empereur, lorsque l'armée occupait les hauteurs qui dominent Ulm, fit appeler le prince de Liechtenstein, général major, enfermé dans cette place, pour lui faire connaître qu'il désirait qu'elle capitulât, lui disant que, s'il la prenait d'assaut, il serait obligé de faire ce qu'il avait fait à Jaffa, où la garnison fut passée au fil de l'épée; que c'était le triste droit de la guerre; qu'il voulait qu'on lui épargnât, et à la brave nation autrichienne, la nécessité d'un acte aussi effrayant »
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Re: Procès de Buonaparte, Adresse à tous les souverains d'Eu

Message par Frédéric Staps » 04 mars 2019 22:49

Drouet cyril a écrit :Sur le théâtre d’opération oriental, ce « droit barbare », pour reprendre l’expression du général en chef de l’armée d’Italie, restait néanmoins applicable.
Dans le cadre des guerres "coloniales", les règles en la matière ne s'appliquaient apparemment pas tout à fait de la même façon que dans le cadre des guerres entre nations "civilisées". :( Dans son livre sur la campagne de Calabre, Nicolas Cadet souligne que cette campagne s'apparente à une guerre coloniale.
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Message par Cipriani Franceschi » 04 mars 2019 23:02

Drouet cyril a écrit : Ainsi, au début du Consulat, la version officielle était : Jaffa avait été prise d’assaut et la garnison ennemie, après avoir refusé de se soumettre, passée (dans des circonstances plutôt nébuleuses) par le fil de l’épée.
Aussi terrible soit ce genre de récit, un tel dénouement s’inscrivait cependant à l’époque dans le cadre de ce que l’on nommait les lois de la guerre ; pas de quoi imaginer un procès.
Les révélations sur le massacre des prisonniers de guerre vinrent ensuite.
Merci pour ces précisions ;)

L'expression "la garnison a été passée au fil de l'épée" est effectivement ambiguë car elle donne à penser qu'elle a été exterminée les armes à la main, alors qu'il n'en est rien puisqu'ils furent massacrés alors qu'ils avaient déposé les armes sous la promesse d'avoir la vie sauve :shock:

J'ai pu lire que sous la Restauration, seul Stendhal prendra la défense de Bonaparte sur Jaffa.... Ceci étant, lors de la Campagne d'Egypte, Bonaparte ne fut sans doute pas le seul à partager cet état d'esprit, Monge notamment lors de la révolte du Caire en octobre 1798 déclarant "la seule solution, c'est de tous les tuer" :shock:
Drouet cyril a écrit :
En effet, mais la loi, Peyrusse devait peut-être la connaître, et savait bien que la version officielle ramenée d'Egypte ne correspondait pas vraiment avec la réalité des faits.
Sans nul doute... En tout cas, sa lettre du 10 mars 1799 fait clairement allusion aux évènements de Jaffa, survenus trois jours avant :shock:

PS : il s'agit en fait d'André Peyrusse.... (j'ai songé qu'il s'agissait de son frère Guillaume) :?
La nature l’avait doué de toutes les qualités nécessaires à un ministre de la Police (Comte Charles-Tristan de Montholon)
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Cipriani Franceschi
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Re: Procès de Buonaparte, Adresse à tous les souverains d'Eu

Message par Cipriani Franceschi » 04 mars 2019 23:16

Frédéric Staps a écrit : Cela met en tout cas en lumière qu'une partie de ceux qui examinaient ces faits "avec des lunettes du 19e siècle" n'avaient pas une vision si différente de la nôtre.
Vous avez parfaitement raison, et je dois donc mettre un sérieux bémol à ma phrase habituelle "ne pas juger les évènements du passé avec nos lunettes du 21ème siècle"... car à l'évidence certains protagonistes de ces évènements du passé avaient tendance à réagir comme nous :shock:
Frédéric Staps a écrit :
Dans le cadre des guerres "coloniales", les règles en la matière ne s'appliquaient apparemment pas tout à fait de la même façon que dans le cadre des guerres entre nations "civilisées". :( Dans son livre sur la campagne de Calabre, Nicolas Cadet souligne que cette campagne s'apparente à une guerre coloniale.
Cela semble l'évidence, et pour en revenir à la Campagne d'Egypte, Bonaparte n'hésitera pas à déclarer en substance "ces gens là ne connaissent que la force, et pour se faire obéir il faut se faire craindre".... ce qui n'est pas exempt de préjugés raciaux et sous-entend que les populations locales ne bénéficieront pas des mêmes droits que les nations "civilisées" :shock:
La nature l’avait doué de toutes les qualités nécessaires à un ministre de la Police (Comte Charles-Tristan de Montholon)
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