Les jardins de Longwood.

Le voici prisonnier de l'Europe... appellation qu'il a toujours refusée.
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CC
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Les jardins de Longwood.

Message par CC » 20 mai 2007 16:43

http://www.napoleonprisonnier.com/lieux ... ml#jardins

Peut-être prit-il plus de plaisir à tracer les plans de ces enclos, de ces allées creuses, de sa petite roseraie, qu'il n'en avait trouvé jadis à décider avec ses architectes des embellissements de Compiègne ou de Fontainebleau. (Octave Aubry)

Il est vrai que c'est là le dernier grand sursaut de cet homme qui avait dominé le monde. Il retrouve à ce moment une énergie qui l'avait abandonné depuis longtemps. Il retrouve même le goût au travail et aux dictées, reprend ensuite quelques promenades à cheval.
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Joséphine
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Message par Joséphine » 23 mai 2007 17:37

Il a retrouvé aussi, à ce moment-là, à faire travailler tout le monde et à les réveiller dès le jour. Il envoyait chercher tout le monde, même ceux qui avaient veillé tard. Quand il avait un enthousiasme, il aimait le partager.
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CC
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Message par CC » 08 mars 2008 17:51

Mémoires de Marchand – BN – Tallandier, 1991 p244


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L’Empereur, depuis quelque temps, parlait d’agrandir les jardins qu’il avait sous ses fenêtres. Il sentait le besoin de se préserver des vents alizés, par un mur de gazon élevé. Non seulement il y voyait un moyen de distraction pour lui et la colonie, mais il y trouvait aussi l’avantage de repousser de la maison le cordon de sentinelles qu’on y posait chaque soir à 9 heures. Les mesures prises et arrêtées, tout le monde dut mettre les mains au travail. L’Empereur y gagnait un exercice salutaire à sa santé. C’était aussi, me disait-il, un moyen de faciliter la convalescence du comte de Montholon et de procurer de l’ombre autour d’une habitation qui en était démunie. Il croyait aussi, en se promenant, trouver le moyen de se soustraire à la vue du capitaine de garde. Le comte de Montholon ne se doutait pas du sentiment qui faisait agir l’Empereur, il ne se prêtait aux idées de Sa Majesté que parce qu’il y voyait un moyen d’améliorer une santé qui déclinait visiblement.

Le maître d’hôtel, M. Pierron, fut chargé d’acheter en ville : brouettes, pioches, pelles et tous les instruments aratoires propres à mettre en culture et défricher une assez grande quantité de terrain. Chacun eut ses outils, l’Empereur lui-même eut son râteau et sa bêche, qui lui servait de bâton pour marcher ou s’appuyer lorsqu’il regardait travailler. Les travaux commencèrent par le mur de gazon du côté du sud, qui s’éleva en talus à 9 pieds de haut, ayant dans sa base 9 pieds le large sur 80 pieds de développement. Sir Hudson Lowe ne vit dans cette élévation que ce qui lui fut dit : un abri contre le vent, et n’y mit pas d’opposition. Mais lorsqu’il vit que la barrière des petits jardins était transportée à cette même distance, et que les sentinelles de la nuit se trouvaient aussi éloignées de l’habitation, il en conçut des craintes pour la sûreté de la détention. Il s’en expliqua, mais n’osa cependant pas prendre sur lui de s’opposer à ce que venait d’entreprendre l’Empereur, qui y gagnait d’autant en liberté autour le son habitation.

L’Empereur et le comte de Montholon étaient les directeurs des travaux. Tous les matins, à la pointe du jour, la colonie était réveillée par le valet de chambre de service. Souvent, une pierre lancée dans ma persienne par l’Empereur, m’annonçait que l’heure du travail était arrivée. Le mien était plutôt le tracé, sous la direction de l’Empereur ; si je prenais la bêche, c’était plutôt pour rectifier que défoncer, ce qui m’avait fait appeler par Sa Majesté « le pionneur ». L’Empereur avait adopté pour costume une veste de nankin comme celle des fermiers et un pantalon de même étoffe avec pantoufles rouges et un chapeau de paille à large bord pour se préserver du soleil, le col de la chemise rabattu sur celui de la veste. Pour être moins reconnu, il avait ordonné que Saint-Denis et Noverraz fussent vêtus de même. Par sa présence, l’Empereur excitait chacun dans son travail, le médecin et les prêtres y furent appelés ainsi que les Chinois ; chacun faisant la dose de travail proportionnée à ses forces. Le comte Bertrand n’arrivait jamais avant 8 heures et causait en se promenant avec l’Empereur ; le comte de Montholon y était en même temps que Sa Majesté. II est arrivé quelquefois que l’Empereur mit à chacun d’eux une pioche dans la main, mais elle ne fonctionnait pas comme dans celles de Noverraz.

« Messieurs, disait-il, vous n’êtes pas capables de gagner un shilling dans votre journée. »

L’Empereur lui-même voulut se servir d’une pioche, mais il l’abandonna bientôt comme un instrument peu fait pour ses mains. La pensée des jardins faisait faire à l’Empereur un exercice salutaire, cette causerie à l’air pendant plusieurs heures lui faisait du bien et le faisait déjeuner avec appétit, ce que nous éprouvions tous généralement à 10 heures ; alors la chaleur devenant trop forte, tout le monde rentrait.

Lorsque les murs furent élevés, il fit fermer par une grille en bois toute la partie qui regardait le camp et dont il n’avait pas à redouter le vent, qui disait-il, le desséchait et rendait ses nerfs irritables. C’était pour empêcher des animaux de pénétrer dans la plantation qu’il se proposait de faire. Ces jardins furent considérés comme intérieurs et repoussèrent le cordon de sentinelles posées la nuit à 80 pieds de la maison au lieu de 40.

Lorsque ces travaux commencèrent, le Gouverneur vint à Longwood et fit offrir tout ce que l’on pouvait désirer, des soldats même, si on le jugeait nécessaire. Le comte de Montholon remercia le capitaine de garde qui lui fit cette offre et lui dit que l’Empereur se trouvait bien de ce qui était autour de lui et n’avait besoin de personne. Le personnel de Longwood fut augmenté de quatre Chinois pour le soin des jardins et continuer les travaux pendant notre absence dans la journée. L’Empereur me dit de leur donner à chacun 30 shillings par mois, ils recevaient indépendamment de cela, une solde et la nourriture du gouvernement. Le cuisinier seul avait été excepté des travaux du matin par la nécessité où il était de s’occuper du déjeuner de l’Empereur, qui se servait à 10 heures dans l’un des petits jardins, à l’ombre de son bosquet d’orangers, en attendant que nos plantations nouvelles pussent lui en procurer dans les grands.
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Message par CC » 09 mars 2008 13:17

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