Napoléon et la paix

Sujets généraux concernant l'histoire du Consulat et de l'Empire
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Frédéric Staps
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Re: Napoléon et la paix

Message par Frédéric Staps »

Cyril Drouet a écrit : mer. 03 août 2022 11:07 "Je ne serais pas venu, qu'il est probable qu'un autre aurait fait de même. La France aurait fini par conquérir le monde ! Je le répète un homme n'est qu'un homme. Ses moyens ne sont rien si les circonstances, l'opinion ne favorisent pas."
(Gourgaud, Journal de Sainte-Hélène)
la remonte a écrit : mer. 03 août 2022 23:43 Je crois que Napoléon malgré ses talents, était réaliste sur le sujet
J'ai un peu de mal à comprendre en quoi cette citation de Napoléon vous amène à conclure qu'il était "réaliste sur le sujet".
Le fait que Napoléon suppose que si ça avait été un autre que lui qui avait fait ce qu'il a fait, "la France aurait fini par conquérir le monde", paraît au contraire plutôt déconnecté de la réalité. L'idée qu'une nation pourrait conquérir le monde est en effet un mythe qu'aucune nation n'a jamais pu réaliser. Même l'empire romain qui a servi et sert toujours de référence en matière de conquête universelle est resté limité au pourtour de la Méditerranée et a échoué à s'étendre en Germanie, en Ecosse et dans les profondeurs de l'Afrique ou de l'Asie.
Au début du 19e siècle, le rêve d'une reconstitution d'un empire universel sur le modèle de l'empire romain avait encore moins de chances d'aboutir qu'à l'époque de Charlemagne, d'Othon Ier ou de Charles Quint, car depuis plusieurs siècles, des états-nations s'étaient constitués en Europe qui ne pouvaient plus se fondre dans un empire. Il y avait même dans la démarche de Napoléon une contradiction fondamentale puisque ses armées étaient tout à la fois porteuses des idéaux de la Révolution, parmi lesquels la souveraineté du peuple occupait une place importante, et l'instrument d'une conquête visant à imposer une domination qui niait le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
J'ai cependant quelques doutes sur le fait que Napoléon aurait cru lui-même à son hypothèse. Je pense en effet qu'il ne croyait pas sérieusement qu'un autre que lui aurait pu réaliser ce qu'il n'a pas réussi à réaliser. Ce What-If ne traduit pas un réel regret de n'avoir pas laissé à un autre le soin de réussir là où il avait échoué. Il a plutôt pour but de démontrer qu'il n'aurait pas pu agir autrement qu'il ne l'a fait. Ainsi ce rêve de conquérir le monde cesse d'être une ambition personnelle pour devenir une nécessité qui s'était imposée à lui.
Cyril Drouet a écrit : ven. 05 août 2022 9:06 Napoléon les a en effet multipliés, tout particulièrement à Sainte Hélène.
Dans leur livre Pour une histoire des possibles. Analyses contrefactuelles et futurs non advenus du passé, Pierre Singaravélou et Quentin Deluermoz considéraient qu'un des intérêts de l'histoire contrefactuelle était de mettre en lumière que rien n'était écrit d'avance et que les choses auraient pu se passer différemment. Napoléon semble au contraire en faire l'usage inverse. Il s'en sert pour démontrer qu'il n'aurait pas pu agir autrement que ce qu'il a fait. Cela n'a toutefois de sens qu'après un échec et non après un succès. Il n'est donc guère étonnant que ce soit surtout à Sainte-Hélène qu'il ait multiplié ces "What-If" où il transforme certains de ses mauvais choix en décisions qui lui ont été imposées par le destin, les circonstances ou la fatalité.
« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? »
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