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Frédéric Staps
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Re: Le droit de réponse de Monsieur Roy-Henry à Point de vue

Message par Frédéric Staps » Sam 02 Oct 2021 10:16

Cipriani Franceschi a écrit : Jeu 30 Sep 2021 22:33 Sans doute
Pour quelqu'un que le doute habite, vous ne doutez pas beaucoup quand vous vous prononcez sur des choses que vous ne pouvez pas savoir.

Il n'est en effet pas possible à partir du livre d'O'Meara de retracer une chronologie exacte de ses relations avec Cipriani. O'Meara relate ainsi une confidence que Cipriani lui a faite dans un chapitre où il parle également de discussions entre Hudson Lowe, arrivé depuis peu de temps à Sainte-Hélène, et les exilés. On pourrait donc conclure que cette confidence lui a été faite à cette même période, où il n'est pas certain que les relations entre O'Meara et Hudson Lowe s'étaient déjà dégradées.

Il n'est également pas certain que les Français aient pu être au courant qu'O'Meara n'était pas "en odeur de sainteté" auprès d'Hudson Lowe avant son expulsion de Sainte-Hélène. Vous n'hésitez pas cependant à conclure que c'est pour cela que Cipriani avait fait des confidences à O'Meara.

Bref, pour vous, Cipriani jouissait concernant O'Meara et Hudson Lowe de la même préscience que Napoléon quand il annonçait que les Anglais allaient l'enterrer à Westminster. :gek:

Je viens de trouver un texte qui semble confirmer mon impression. C'est extrait d'un livre intitulé Les Origines de la légende napoléonienne, l'oeuvre historique de Napoléon à Sainte-Hélène de Philippe Gonnard, professeur agrégé au lycée de Saint-Etienne, paru en 1906. L'auteur étant décédé en 1916 à 38 ans, il n'est pas impossible qu'il s'agisse d'une des nombreuses victimes de la Première Guerre mondiale.
Mais la complaisance mise par O'Meara à renseigner sir Hudson Lowe explique aussi la bonne intelligence qui régna longtemps entre eux. Au début, le gouverneur appuie la demande d'augmentation faite par O'Meara; il éprouva un vif mécontentement de ce que O'Meara ait gardé chez lui plusieurs jours une copie de la lettre du 23 août 1816, et de la découverte qu'il fit alors que le docteur correspondait avec l'Amirauté, mais ce mécontentement fut passager. Il en fut de même de celui que lui donna un rapport de O'Meara sur la santé du jeune Las Cases. Ce fut à partir de mai 1817 que les relations se tendirent : O'Meara avait conservé l'habitude de porter à Napoléon des journaux qui n'avaient pas passé par l'intermédiaire du gouverneur; O'Meara n'avait pas assez chaudement défendu le gouverneur, dans ses conversations avec Napoléon, lors de l'affaire du buste; en même temps, O'Meara, mécontent de ces petites querelles, arrêtait net ses rapports sur les conversations de Napoléon, et cette interruption ajouta à son tour à l'irritation de sir Hudson Lowe. La mesure lui parut comble quand le docteur, le 25 novembre 1817, refusa nettement de les recommencer, et déclara, le 18 décembre, qu'il était engagé vis-à-vis de Napoléon à ne pas le faire. Sir Hudson Lowe prit sa meilleure plume, écrivit le 20 et le 25 janvier 1818 un double réquisitoire contre O'Meara, et demanda son rappel.
Dans la seconde moitié de 1817, O'Meara, comprenant l'impossibilité de plaire à la fois au gouverneur et à Napoléon, vivement irrité contre sir Hudson Lowe, qui, malgré ses dénégations, paraît avoir été capable d'emportements violents et outrageux, semble s'être fait décidément l'homme de Napoléon. Des encouragements pécuniaires se joignirent-ils à ces griefs? Un passage de Gourgaud semble l'indiquer; mais ces arguments, si on les employa, ne furent pas les plus puissants : on devine en O'Meara une nature concentrée, violente, capable de rancunes profondes : l'impersonnalité et le détachement apparents dont il recouvre, en divers ouvrages, les plus terribles accusations, sont bien significatifs à cet égard. Mais Napoléon le traitait avec amitié, lui témoignait de la confiance : les effets ne tardèrent pas à s'en faire sentir. On constate dès ce moment les efforts souvent heureux de O'Meara pour créer à Napoléon un parti à Sainte-Hélène. Parmi les commissaires, il gagne presque entièrement le comte de Balmain, beaucoup plus libéral et moins « sainte alliance » que ses collègues. Balmain prend son parti lors de la discussion née de l'interruption de ses rapports au gouverneur. Il se laisse même persuader que jamais O'Meara n'a donné à sir Hudson Lowe des nouvelles de Longwood que par manière de conversation, qu'il s'est toujours conduit en galant homme ; dès lors il soutient O'Meara dans ses dépêches à Pétersbourg et dans ses conversations avec sir Hudson Lowe. Après lui, O'Meara conquiert en partie les officiers de la garnison et des vaisseaux. La maison de Balcombe, que Napoléon semble avoir gagné par son amabilité, par les affaires qu'il lui faisait faire, peut-être par son argent, devint le centre d'une coterie favorable à Napoléon. Sir Hudson Lowe avoue dans un de ses rapports que l'on eut beaucoup de peine à convaincre certains officiers que O'Meara avait été justement puni. A Sainte-Hélène même, il est difficile de préciser les noms de ces partisans de O'Meara : on ne voit guère que le docteur Stokoe et le lieutenant Reardon, du 66e, son ami intime.
Mais on trouve quelque lumière à ce sujet dans les pièces du procès que sir Hudson Lowe intenta à O'Meara, à la suite de la publication du Napoléon en exil. Les capitaines Fernandez et Younghusband, du 53e, les lieutenants Birmingham et Reardon, du 66e, le major Poppleton, du 53e, ancien officier d'ordonnance à Longwood, déposent en faveur de O'Meara et attaquent violemment l'ex-gouverneur.
On remarque que ce sont surtout les officiers inférieurs, tandis que ceux d'un plus haut rang, les hommes en place, déposent en faveur de sir Hudson Lowe.

Le gouverneur crut saisir sur le fait ces intrigues de O'Meara en faveur de Napoléon quand ce dernier, par l'entremise du docteur, offrit aux pasteurs Boys et Vernon des tabatières, au docteur Henry un service à thé, pour les remercier de leurs services lors de la maladie et de la mort de Cipriani. La vérité, difficile à démêler en cette affaire, est au reste d'assez peu de prix, mais l'incident alarma et irrita davantage encore le gouverneur.
« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? »

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Colonel Chabert
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Re: Le droit de réponse de Monsieur Roy-Henry à Point de vue

Message par Colonel Chabert » Mer 06 Oct 2021 8:20

Les mémoires de Marchand comportent une indication qui semble confirmer que Cipriani avait atteint l'âge adulte dans les premières années de la Révolution. Voici ce qu'écrit Marchand : « C’était un homme d’un commerce sûr, ses sentiments étaient républicains et son admiration toute aux Girondins, dont il avait connu quelques-uns, liés d’amitié avec lui. »

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