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Jean-Baptiste Auguste Barrès
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fulub
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Posté le: 28 Sep 2006 9:41
Sujet du message: Jean-Baptiste Auguste Barrès
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Jean-Baptiste Auguste Barrès

SOUVENIRS D'UN OFFICIER DE LA GRANDE ARMÉE

Publiés par Maurice Barrès, son petit-fils, en 1923
PENDANT LES CENT-JOURS


Ce fut dans la dernière de ces courses, vers le 9 mars 1815, vaguement le vendredi soir, mais positivement le samedi matin, que j’appris par plusieurs lettres de Paris, que Napoléon avait débarqué en Provence le 1er mars, et marchait sur Lyon. Cette nouvelle plus qu’immense me surprit et m’étonna beaucoup. Rentré chez moi, je contins la joie que j’en éprouvais, sans pouvoir la définir, car j’étais aussi inquiet sur les suites que satisfait de l’événement. J’attendis quelques jours, espérant que des ordres me parviendraient, mais, n’en recevant pas, je me rendis au Puy pour savoir ce que nous devions faire.



C’est dans ce temps là que le courrier qui portait les fonds du gouvernement fut arrêté entre le Puy et Yssengeaux par des voleurs. Un général que l’Empereur avait chassé des rangs de l’armée, et qui commandait le département, eut l’infamie de soupçonner les officiers en demi-solde d’avoir exécuté ce coup de main. Il les fit venir chez lui, aussitôt qu’il eut connaissance de ce vol, pour s’assurer de leur présence au chef-lieu. Quand les officiers eurent connaissance du motif de cet injurieux appel, ils traitèrent le général comme il le méritait ; et quand ils surent que l’Empereur était à Paris et que le roi était parti, ils furent chez lui pour lui signifier de quitter le Puy, à l’instant même, parce que, une heure après, ils ne répondaient plus de son existence. Il partit immédiatement, bien heureux d’en être quitte pour des menaces.



Le jour qu’on reçut la nouvelle que l’Empereur était arrivé à Paris, j’allai à la préfecture avec mon frère, pour voir notre aîné, secrétaire général. Nous étions tous les deux en uniforme. Près d’entrer dans l’hôtel, nous fûmes assaillis par une multitude de misérables en haillons qui tombèrent sur nous aux cris de : « Vive l’Empereur, à bas la cocarde blanche ! » et sans nous donner le temps de répondre, nous bousculèrent, s’emparèrent de nos shakos, arrachèrent nos cocardes et nous couvrirent d’injures. Mon frère et moi, nous avions mis l’épée à la main pour nous défendre, mais saisis en même temps par derrière, nous ne pûmes en faire usage. La garde de la préfecture vint aussitôt à notre secours, et nous délivra des mains de ces forcenés, qui auraient fini par nous écharper. Mon Dieu, que j’étais en colère ! Je pleurais de rage !



Je pris ma feuille de route, le lendemain, pour rejoindre à Brest le régiment. À Tours, à l’hôtel où nous descendîmes, nous avons trouvé plusieurs officiers de l’ancienne armée qui, étant entrés dans la Maison Rouge du roi, l’avaient accompagné jusqu’à la frontière. Ils se plaignaient amèrement des mauvais procédés des troupes envoyées à la poursuite du roi, et qu’ils avaient rencontrées à leur retour.



Nous achetâmes un tout petit bateau pour descendre la Loire jusqu’à Nantes, et louâmes un homme pour la conduire. Il fallut ramer souvent et longtemps pour vaincre la résistance du vent et éviter les vagues qui étaient très fortes. J’avais plus de vingt ampoules aux mains quand je sortis du bateau. Nous le vendîmes plus qu’il ne nous avait coûté, et le produit du passage de trois à quatre personnes, que nous prîmes en route, nous couvrit de tous nos frais. Le voyage fut charmant pendant les deux premiers jours, et nous pûmes voir sans fatigue, très en détail, les rives tant vantées de la majestueuse Loire.



À Quimpert-Corentin, mon chef de bataillon, qui y était en garnison, nous chercha querelle, parce que nous avions encore sur nos croix d’honneur l’effigie d’Henri IV, lui qui, quelques mois auparavant, voulait m’envoyer aux arrêts parce que je n’avais pas fait changer l’effigie de Napoléon et remplacer l’aigle impériale par les fleurs de lis de l’ancien régime !



À Brest, où nous arrivâmes le 18 mars, nos camarades nous accueillirent avec cet empressement, cette cordialité qu’on ne trouve plus guère que chez les militaires. Le colonel lui-même nous invita à dîner, chose qu’il ne faisait guère et nous témoigna beaucoup d’amitié. Cela tenait en grande partie à ce que, pendant notre absence, il avait été excessivement mal pour les officiers. Ceux-ci, au retour de l’Empereur, le dénoncèrent et demandèrent son renvoi. Un capitaine se chargea de porter la pétition à Paris, et de la remettre en personne à l’Empereur. Cette requête, contraire à la discipline et à la soumission envers un chef, fut envoyée au président d’une commission, chargée de purger l’armée de tous les officiers, émigrés ou autres, qu’on y avait introduits depuis le retour des Bourbons. Ce général, ami du colonel, ne donna pas suite à cette dénonciation, et renvoya le capitaine au régiment. Il fut mis aux arrêts forcés, pour s’être absenté du corps sans permission. Les capitaines qui étaient cause de sa punition se réunirent pour demander sa grâce. C’était audacieux, mais l’effervescence du moment autorisait bien des choses. La demande ne fut pas accueillie ; on devait s’y attendre ; mais il s’en suivit des paroles si extraordinaires, des reproches si sanglants, des accusations si monstrueuses, que la majeure partie des capitaines qui les entendirent furent effrayés. Un capitaine accusa le colonel, après bien d’autres reproches, d’être un lâche, un voleur, un tigre : « Vous êtes un lâche, je vous ai vu fuir à Wagram ; un voleur, pour avoir fait tort aux soldats de telle et telle somme qu’il spécifia ; un tigre, vous avez fait manger des nègres par vos chiens à Saint-Domingue. Vous ne le nierez pas, je l’ai vu… » Le colonel écouta toutes ces accusations avec beaucoup de sang-froid, et nous renvoya en nous disant : « Voilà cependant où conduit l’indiscipline ; mais je ne m’abaisserai pas à me justifier d’aussi atroces calomnies. »



La Bretagne manifesta des symptômes d’insurrection, en faveur des Bourbons, qui nécessitèrent un envoi de troupes dans le Morbihan. Deux cents hommes du 3ème bataillon y furent envoyés, sous le commandement des deux plus anciens capitaines. Le général nous envoya parcourir le département pour contenir les partis, surveiller les côtes, et peut-être aussi pour se débarrasser de nous, se ménageant déjà les moyens de se réconcilier avec les Bourbons, dont la rentrée prochaine devait lui être connue.



Pendant notre séjour à Morlaix, plusieurs agents des républiques de l’Amérique méridionale nous engagèrent, vu les circonstances malheureuses où se trouvait la France, à aller servir dans leurs troupes. Les promesses étaient avantageuses, mais elles ne séduisirent aucun de nous
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Invité






Posté le: 28 Sep 2006 10:34
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Re-merci et re-félicitations... :wink:

rose blanche
 
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Inscrit le: 18 Avr 2006
Messages: 6317
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Posté le: 28 Sep 2006 15:48
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Magouilles, retournements de vestes et règlements de comptes... la soupe des changements de régime. Neutral
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