BESSIERES Jean-Baptiste (1768-1813) Maréchal de France.

Pour parler ici des habitudes de l'homme Napoléon, de ses préférences et de ses aversions, mais aussi de ses proches, des familiers, des contemporains, des militaires.
Pour aborder les habitudes, les grands évènements, le mode de vie...
Pour poser vos questions sur la période du Premier Empire.

BESSIERES Jean-Baptiste (1768-1813) Maréchal de France.

Message par La Bédoyère » 20 Août 2008 23:53

Jean-Baptiste Bessières est né le 6 août 1768 à Prayssac, dans le département du Lot.

Son père, médecin, souhaitait lui voir exercer la même profession. La Révolution survient et, comme pour beaucoup d'hommes de cette génération, va être à l'origine d'une grande et belle carrière militaire.

Il s'engage dans la Garde constitutionnelle du Roi le 7 avril 1792. Deux mois plus tard, cette garde est licenciée. Bessières s'engage donc dans la Garde nationale de Paris. Son grand ami, Murat, venait d'en être congédié le 4 mars 1792.

Nous le retrouvons au 22ème régiment de chasseurs à l'armée des Pyrénées le 1er novembre 1792, il est élu lieutenant dans ce régiment le 10 mai 1793, puis capitaine le 8 mai 1794. il est de tous les combats dans la campagne à laquelle participe l'armée des Pyrénées. En 1795, son régiment part pour l'armée d'Italie.

Bessières, avec le 22ème régiment de chasseurs à cheval, se distingue dès les premiers combats de la campagne d'Italie. C'est à lui que pense Bonaparte lorsqu'il crée le corps des Guides. il lui en donne le commandement le 5 juin1796.

Après la victoire de Rivoli, Bonaparte envoie Bessières à Paris, le 21 janvier 1797, afin de remettre des drapeaux pris à l'ennemi : "Citoyens directeurs, je vous envoie onze drapeaux pris à l'ennemi aux batailles de Rivoli et de la favorite. Le citoyen bessières, commandant des Guides, qui les porte, est un officier distingué par sa bravoure."

Il est chef d'escadon le 4 mars 1797, puis le colonel le 9 mars 1797. Ce rapide avancement est dû, non seulement à sa grande bravoure, mais également au développement du corps des Guides qui, outre la cavalerie, possède de l'infanterie et de l'artillerie.

Il participe ensuite à la campagne d'Egypte et il s'y fait remarquer à Saint-Jean d'Acre (mars-mai 1799) et à la bataille d'Aboukir (25 juillet 1799).

Il devient un fidèle, proche du futur premier Consul. De plus, il partage une profonde amitié avec Murat. Ces deux frères d'armes ont deux caractères qui se complèteront admirablement dans l'action. Murat est un fonceur, Bessières est réfléchi. Cette dualité de caractères sera très utile lors des journées des 18 et 19 Brumaire.

Après ces deux journées, Bessières est nommé à la tête de la Garde du Corps Législatif. Ce corps constitue le noyau de ce qui sera la Garde consulaire, puis impériale. Eugène de beauharnais prendra le commandement des Guides, futurs chasseurs de la Garde.

Au nom de sa grande amitié avec Murat, Bessières va intervenir. Il s'agit de savoir qui épousera la soeur de Napoléon, Caroline Bonaparte. deux officiers généraux sont sur les rangs : Lannes et Murat. Bien que caroline préfère Murat, Bonaparte hésite...Béssières intervient en faveur de Murat.
Cette intervention vaudra à Bessières une grande inimitié de la part de Lannes ; et cette inimitié sera à l'origine de beaucoup de heurts entre les deux hommes...

Le 14 juin 1800 a lieu la bataille décisive de Marengo contre les Autrichiens.

Bessières fit une très belle charge à la tête de la cavalerie de la Garde consulaire ; mais ce fut la charge des dragons du général Kellerman fils qui fut déterminante. Sans, bien sûr, oublier le rôle capital du général Desaix, qui trouva à cette occasion une mort héroïque.
Après cette action, Bessières est nommé général de brigade le 18 juillet 1800. Ensuite il goûte les joies de la paix revenue en épousant Mademoiselle Lapeyrière, sans fortune, mais qu'il aimait. Et selon la duchesse d'Abrantès : "modèle parfait de toutes les vertus de la femme et de la mère, de la fille et de la soeur."

Napoléon réorganisa la garde consulaire qui aura désormais quatre chefs au lieu d'un. Bessières est nommé à la tête de la cavalerie et il reçoit le grade de général de division le 13 septembre 1802.

A la proclamation de l'Empire, Napoléon décide de rétablir la dignité de maréchal de France. Bessières est le dernier de la promotion de 1804. Il est nommé colonel-général de la cavalerie de la Garde et grand-aigle de laégion d'honneur.

La Troisiéme Coalition ouvre les hostilités contre la France en 1805. La Grande Armée se constitue. Bessières est à la tête de la Garde impériale.

Le 2 décembre 1805, à Austerlitz, la charge de Bessières est un moment capitazl de la bataille. La cavalerie de la Garde, en troisième ligne derrière les grenadiers d'Oudinot et la Garde à pied, est sur une seule ligne comprenant cinq escadrons de grenadiers à cheval, quatre de chasseurs et un de mamelucks.
Après le moment où le 4ème corps du maréchal Soult a pris le plateau de Pratzen, un bataillon du 4ème de ligne est en mauvaise posture et la division du général Vandamme est attaquée de flanc. Bessières ordonne à la cavalerie de la Garde de charger et c'est la charge d'anthologie menée par Rapp, aide de camp de l'Empereur qui dans un élan irrésistible disperse les chevaliers-gardes de la Garde impériale russe, et le prince Repnine qui commandait les chevaliers-gardes est fait prisonnier.

Le 14 octobre 1806, à Iéna, Bessiéres est avec l'Empereur, Berthier et Duroc pendant tout le déroulement dec la bataille.

Le 8 février 1807, à Eylau, c'est la légendaire charge de la réserve de cavalerie menée par Murat et celle de la cavalerie de la Garde, commandée par Bessières, qui sauvent l'armée française.

Napoléon avait créé une deuxième réserve de cavalerie, avec pour chefs : cuirassiers : d'Hautpoul, dragons : Grouchy et Sahuc et cavalerie légère : Tilly, et en donna le commandement à Bessières.
Le général Thoumas, célèbre historien de la cavalerie, a écrit : "il s'acquitte de cette besogne en conscience et exécute le programme qui lui avait été dicté, mais, avec moins d'activité et de brio qu'en aurait mis Murat, dont c'était le rôle ordinaire. Il faut dire à sa décharge qu'il était loin d'avoir la liberté d'allure accordée à Murat et qu'il était mis sous les ordres de Bernadotte".

Bessières reçut le commandement du 2ème corps de l'armée d'Espoagne le 7 septembre 1808. Ce coros opérait dans la province de Salamanque. Il établit son quartier général à Burgos.

Le général espagnol Cuesta menace, avec 40000 hommes, de couper les communications du corps d'armée de Bessières. Celui-ci ne disposant que de 14000 hommes, n'hésite pas à passer à l'attaque. Et le 14 juillet 1808, à Médina del Rio Secco, l'armée de Bessières écrase celle de Cuesta.
A la fin de la même année, il retrouve l'Empereur.

En 1809, c'est la guerre contre l'Autriche. Bessières est à la tête de la cavalerie de la Garde impériale.

A Landshut, il bat lavcavalerie autrichienne. Il bat la cavalerie autrichienne. Il combat aux côtés de Masséna à Ebersberg le 3 mai 1809 et à Essling le 21 mai 1809.

A Wagram, il mène plusieurs charges de cavalerie lourde. Au cours de l'une d'elle, il a son cheval touché par un boulet et il est renversé sous sa monture. A cette occasion Napoléon dira : "Bessières voilà un beau boulet, il a fait pleurer ma Garde."

Sa belle conduite, lors du débarquement de Walcheren, lui vaudra le titre de duc d'Istries.

Nous le retrouvons en Espagne à partir du 15 janvier 1811 où il réorganise l'armée et préserve les populations civiles Mais une mésentente avec Masséna fait qu'il n'est pas très efficace, lors de la bataille de Fuentes de Onoro.

Lors de la campagne de Russie, il assure le commandement de la Garde impériale. A Gorodnia, le 24 octobre 1812, 8000 cosaques menés par l'hetman Platov attaquent le quartier général de l'Empereur. Bessières charge à la tête de sa cavalerie, dispersent les cosaques et tue mille d'entre-eux.

Au début de la campagne de Saxe de 1813, il est au commandement de toute la cavalerie de l'armée. Son aide de camp, Baudus, rapporte que le maréchal Bessières avait le pressentiment de sa mort prochaine. En déjeunant, le matin de ce 1er mai 1813, il dit : "Au fait, si un boulet de canon doit m'enlever ce matin, je ne veux pas qu'il me prenne à jeun ! "

Il est tué le 1er mai 1813 en avant et à gauche du village de Rippach, près de Weissenfels, par un boulet qui lui coupa le poignet, lui perça la poitrine et l'étendit raide mort.

Son nom est inscrit sur le côté Est de l'Arc de Triomphe de l'Etoile.

Napoléon dira de lui, à Sainte-Hélène : "Bessières était d'une bravoure froide, calme au milieu du feu ; il avait de très bons yeux, il était fort habitué aux manoeuvres de cavalerie, propre surtout à commander une réserve. Bessières était un officier de réserve plein de vigueur, mais prudent et circonspect. On le verra dans toutes les grandes batailles rendre les plus grands services."


Sources : : Le Maréchal Bessières d'A. Rabel, 1903.

Le Dictionnaire Napoléon Jean Tulard

Le Dictionnaire des Généraux de la Révolution et de l'Empire
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Message par CC » 22 Août 2008 20:06

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Message par cavalier jacobin » 23 Août 2008 21:27

Image

voici le bel Centaure :paix:
Un historien s'appuie sur ses recherches pour délivrer ses résultats, quitte à briser quelques clichés.

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Message par CC » 23 Août 2008 22:03

Il a de la prestance! Mais il a des cheveux comme une perruque. :|

Merci pour cette belle image! Je l'ai ajoutée à la page.


:fleur:
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Message par cavalier jacobin » 24 Août 2008 9:41

effectivement, côté look, Bessières avait gardé une coupe de cheveux un peu "rétro" venant du Directoire, les ailes de pigeons ou oreilles de chiens.
Un historien s'appuie sur ses recherches pour délivrer ses résultats, quitte à briser quelques clichés.

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Message par Frédéric Staps » 24 Août 2008 22:04

Au moment de la vive canonnade qui venait de tuer le malheureux d'Albuquerque, le maréchal Lannes, voyant les Autrichiens exécuter un mouvement rétrograde, voulut les faire charger par toute sa cavalerie. Il m'appela pour en porter l'ordre au général Bessières, qui, vous le savez, venait d'être placé sous son commandement par l'Empereur ; mais comme j'étais en course, l'aide de camp, le premier à marcher, s'approcha : c'était de Viry. Le maréchal Lannes lui donna l'ordre suivant : "Aller dire au maréchal Bessières que je lui ordonne de charger à fond !" Or, vous saurez que ce dernier mot signifiant qu'on doit aller jusqu'à ce que les sabres piquent le corps des ennemis, il devient un reproche, puisqu'il semble dire que jusque-là la cavalerie n'a pas agi assez vigoureusement. L'expression je lui ordonne était également très dure, employée par un maréchal vis-à-vis d'un autre maréchal ; mais c'était préciséement pour cela que le maréchal se servait des mots ordonne et charger à fond.
Le capitaine de Viry part, remplit sa mission et revient auprès du maréchal, qui lui demande : "Qu'avez-vous dit au maréchal Bessières ?" - "Je l'ai informé que Votre Excellence le priait de faire charger toute la cavalerie." - Le maréchal Lannes, haussant les épaules, s'écria : "Vous êtes un enfant... faites approcher un autre officier." C'était Labédoyère. Le maréchal le sachant plus ferme que de Viry, lui donne la même mission, en appuyant fortement sur les expressions vous ordonne et charger à fond ; mais Labédoyère, ne comprenant pas non plus l'intention du maréchal Lannes, n'osa répéter mot à mot au maréchal Bessières l'ordre qu'il avait à lui transmettre, et de même que de Viry, il se servit d'une circonlocution. Aussi, à son retour, le maréchal Lannes, lui ayant demandé ce qu'il avait dit, lui tourna le dos. - Je rentrais à ce moment au galop dans le groupe de l'état-major, et, bien que ce ne fût pas à moi à marcher, le maréchal m'appela et me dit : "Marbot, le maréchal Augereau m'assuré que vous étiez un homme sur lequel on pouvait compter; votre manière de servir auprès de moi m'a confirmé dans cette pensée ; j'en désire une nouvelle preuve : allez dire au maréchal Bessières que je lui ordonne de charger à fond ; vous entendez bien, monsieur, à fond !..." Et en parlant ainsi il me pointait les côtes avec ses doigts. Je compris parfaitement que le maréchal Lannes voulait humilier le maréchal Bessières, d'abord en lui faisant durement sentir que l'Empereur lui avait donné pleine autorité sur lui ; en second lui, en blâmant la manière dont il dirigeait la cavalerie. J'étais navré de la nécessité de transmettre au maréchal Bessières des expressions blessantes, dont il était facile de prévoir les fâcheux résultats ; mais enfin, je devais obéir à mon chef direct !...
Je m'élance donc au galop vers le centre, en désirant qu'un des nombreux boulets qui tombaient autour de moi, abattant mon cheval, me donnât une bonne excuse pour ne pas remplir la pénible mission dont j'étais chargé !... J'aborde très respectueusement le maréchal Bessières, auquel j'exprime le désir de parler en particulier. Il me répond fort sèchement : "Parlez haut, monsieur !" - Je fus donc contraint de lui dire en présence de son nombreux état-major et d'une foule de généraux et colonels : "M. le maréchal Lannes m'a chargé de dire à Votre Excellence qu'il lui ordonnait de charger à fond..." - Alors Bessières, en fureur, s'écrie : "Est-ce ainsi, monsieur, qu'on parle à un maréchal ?... Quels termes ! vous ordonne et charger à fond !... Je vous ferai sévèrement punir de cette inconvenance !..." - Je répondis : "Monsieur le maréchal, plus les expressions dont je me suis servi paraissent fortes à Votre Excellence, plus elle doit être convaincue que je ne fais qu'obéir aux ordres que j'ai reçus !..." Puis je saluai et revins auprès du maréchal Lannes. "Eh bien ! qu'avez-vous dit au maréchal Bessières ?" - "Que Votre Excellence lui ordonnait de charger à fond !..." - "C'est cela, voilà au moins un aide de camp qui me comprend !..."
Vous sentez que, malgré ce compliement, je regrettais fort d'avoir été obligé d'accomplir un tel message. Cependant, la charge de cavalerie eut lieu, le général Espagne y fut tué, mais le résultat fut très bon, ce qui fit dire au maréchal Lannes : "Vous voyez bien que ma sévère injonction a produit un excellent effet ; sans cela, M. le maréchal Bessières eût tâtonné toute la journée !"

Extrait des Mémoires du général Marbot.
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Message par david saforcada » 25 Août 2008 19:49

Pierre Desmarest a écrit :
Au moment de la vive canonnade qui venait de tuer le malheureux d'Albuquerque, le maréchal Lannes, voyant les Autrichiens exécuter un mouvement rétrograde, voulut les faire charger par toute sa cavalerie. Il m'appela pour en porter l'ordre au général Bessières, qui, vous le savez, venait d'être placé sous son commandement par l'Empereur ; mais comme j'étais en course, l'aide de camp, le premier à marcher, s'approcha : c'était de Viry. Le maréchal Lannes lui donna l'ordre suivant : "Aller dire au maréchal Bessières que je lui ordonne de charger à fond !" Or, vous saurez que ce dernier mot signifiant qu'on doit aller jusqu'à ce que les sabres piquent le corps des ennemis, il devient un reproche, puisqu'il semble dire que jusque-là la cavalerie n'a pas agi assez vigoureusement. L'expression je lui ordonne était également très dure, employée par un maréchal vis-à-vis d'un autre maréchal ; mais c'était préciséement pour cela que le maréchal se servait des mots ordonne et charger à fond.
Le capitaine de Viry part, remplit sa mission et revient auprès du maréchal, qui lui demande : "Qu'avez-vous dit au maréchal Bessières ?" - "Je l'ai informé que Votre Excellence le priait de faire charger toute la cavalerie." - Le maréchal Lannes, haussant les épaules, s'écria : "Vous êtes un enfant... faites approcher un autre officier." C'était Labédoyère. Le maréchal le sachant plus ferme que de Viry, lui donne la même mission, en appuyant fortement sur les expressions vous ordonne et charger à fond ; mais Labédoyère, ne comprenant pas non plus l'intention du maréchal Lannes, n'osa répéter mot à mot au maréchal Bessières l'ordre qu'il avait à lui transmettre, et de même que de Viry, il se servit d'une circonlocution. Aussi, à son retour, le maréchal Lannes, lui ayant demandé ce qu'il avait dit, lui tourna le dos. - Je rentrais à ce moment au galop dans le groupe de l'état-major, et, bien que ce ne fût pas à moi à marcher, le maréchal m'appela et me dit : "Marbot, le maréchal Augereau m'assuré que vous étiez un homme sur lequel on pouvait compter; votre manière de servir auprès de moi m'a confirmé dans cette pensée ; j'en désire une nouvelle preuve : allez dire au maréchal Bessières que je lui ordonne de charger à fond ; vous entendez bien, monsieur, à fond !..." Et en parlant ainsi il me pointait les côtes avec ses doigts. Je compris parfaitement que le maréchal Lannes voulait humilier le maréchal Bessières, d'abord en lui faisant durement sentir que l'Empereur lui avait donné pleine autorité sur lui ; en second lui, en blâmant la manière dont il dirigeait la cavalerie. J'étais navré de la nécessité de transmettre au maréchal Bessières des expressions blessantes, dont il était facile de prévoir les fâcheux résultats ; mais enfin, je devais obéir à mon chef direct !...
Je m'élance donc au galop vers le centre, en désirant qu'un des nombreux boulets qui tombaient autour de moi, abattant mon cheval, me donnât une bonne excuse pour ne pas remplir la pénible mission dont j'étais chargé !... J'aborde très respectueusement le maréchal Bessières, auquel j'exprime le désir de parler en particulier. Il me répond fort sèchement : "Parlez haut, monsieur !" - Je fus donc contraint de lui dire en présence de son nombreux état-major et d'une foule de généraux et colonels : "M. le maréchal Lannes m'a chargé de dire à Votre Excellence qu'il lui ordonnait de charger à fond..." - Alors Bessières, en fureur, s'écrie : "Est-ce ainsi, monsieur, qu'on parle à un maréchal ?... Quels termes ! vous ordonne et charger à fond !... Je vous ferai sévèrement punir de cette inconvenance !..." - Je répondis : "Monsieur le maréchal, plus les expressions dont je me suis servi paraissent fortes à Votre Excellence, plus elle doit être convaincue que je ne fais qu'obéir aux ordres que j'ai reçus !..." Puis je saluai et revins auprès du maréchal Lannes. "Eh bien ! qu'avez-vous dit au maréchal Bessières ?" - "Que Votre Excellence lui ordonnait de charger à fond !..." - "C'est cela, voilà au moins un aide de camp qui me comprend !..."
Vous sentez que, malgré ce compliement, je regrettais fort d'avoir été obligé d'accomplir un tel message. Cependant, la charge de cavalerie eut lieu, le général Espagne y fut tué, mais le résultat fut très bon, ce qui fit dire au maréchal Lannes : "Vous voyez bien que ma sévère injonction a produit un excellent effet ; sans cela, M. le maréchal Bessières eût tâtonné toute la journée !"

Extrait des Mémoires du général Marbot.



????? et alors ???
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Message par CC » 25 Août 2008 20:05

Alors il s'agit là d'un autre moment de leurs vies.

Et ils ne s'entendaient pas tous si bien que ça.

Et c'est un peu partout ainsi, non?

Vous trouvez cela choquant?

Moi j'aime bien, au contraire, lire divers extraits se rapportant à un même personnage; ça permet de mieux le cerner, de voir les réactions dans divers moments.

Vous ne trouvez pas?


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Message par david saforcada » 25 Août 2008 20:33

CC a écrit :Alors il s'agit là d'un autre moment de leurs vies.

Et ils ne s'entendaient pas tous si bien que ça.

Et c'est un peu partout ainsi, non?

Vous trouvez cela choquant?

Moi j'aime bien, au contraire, lire divers extraits se rapportant à un même personnage; ça permet de mieux le cerner, de voir les réactions dans divers moments.

Vous ne trouvez pas?


je n'ai pas dis que je n'aimais pas mais un texte "brut" comme celà, sans explication ... peut être aurait il été judicieux de dire d'ou vient le fait que les deux hommes ne s'aiment pas ... "magouilles" de Lannes dans les comptes de la Garde ou bien rancune de "coeur" car Bessières a "sponsorisé" Murat pour Caroline ???

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Message par Frédéric Staps » 25 Août 2008 22:37

david saforcada a écrit :je n'ai pas dis que je n'aimais pas mais un texte "brut" comme celà, sans explication ...

N'importe qui d'autre aurait cité un extrait de Marbot sans explication, cela ne vous aurait pas dérangé. Mais évidemment quand c'est moi qui le fais, c'est nécessairement mal.
david saforcada a écrit :peut être aurait il été judicieux de dire d'ou vient le fait que les deux hommes ne s'aiment pas ... "magouilles" de Lannes dans les comptes de la Garde ou bien rancune de "coeur" car Bessières a "sponsorisé" Murat pour Caroline ???

Ca, c'est l'interprétation de Marbot et je ne la trouve pas pleinement satisfaisante. Le mariage de Caroline avec Murat remonte à plus de 9 ans. De son côté, Lannes a fait apparemment un mariage bien plus heureux avec Louise Guéhéneuc au même moment.
On peut également constater que Lannes s'y est repris à trois fois pour faire parvenir son ordre "vexant" à Bessières qui, semble-t-il, a attendu ce troisième ordre pour se décider à l'exécuter.
On peut dès lors se poser la question de savoir si la provocation de Lannes n'était pas motivée par le fait que c'était pour lui le meilleur moyen d'obtenir le résultat qu'il voulait. C'est en tout cas ce que laisserait penser sa conclusion : "Vous voyez bien que ma sévère injonction a produit un excellent effet ; sans cela, M. le maréchal Bessières eût tâtonné toute la journée !"
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Message par david saforcada » 26 Août 2008 12:58

Bessières était même témoins de Lannes à son mariage ... la brouille vient sans doute de l'époque du Consulat ou Lannes aurait (je dis bien aurait) fait quelques excés avec la caisse de la Garde mais aussi eut une attitude, tout du moins des propos hostiles à Napoléon et à sa politique (notament le Concordat) ... Lannes soupsonna Bessières de l'avoir "vendu" au Premier Consul d'ou leur brouille qui ne pris fin qu'à Essling .....

pour le reste, vous ou un autre j'aurais demandé des précision sur un texte "brut".
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Message par bastet » 26 Août 2008 13:18

:roll: Je sens que le ton monte dans ce Forum, personnellement je serai de l'avis de CC, une vie c'est fait de jours, de nuits, de semaines, de mois, d'années alors même les héros se fatiguent :humour: de poser pour la postérité :pleure:
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