Joséphine.

Pour parler ici des habitudes de l'homme Napoléon, de ses préférences et de ses aversions, mais aussi de ses proches, des familiers, des contemporains, des militaires.
Pour aborder les habitudes, les grands évènements, le mode de vie...
Pour poser vos questions sur la période du Premier Empire.

Message par Frédéric Staps » 02 Fév 2007 23:57

André Castelot est généralement considéré comme un auteur de "seconde" voire de "troisième main". On peut donc supposer sans grands risques de se tromper qu'il cite cette lettre d'après Masson (ou un autre auteur) et non d'après l'original, ce qui pourrait expliquer qu'il ne la cite pas davantage dans son intégralité. Je ne sais pas ce qu'il en est exactement d'Octave Aubry, mais il pourrait lui aussi avoir puisé ses informations chez Masson.
Il est donc bien difficile de déterminer sur ces bases s'il s'agit de passages extraits d'une seule et même lettre où Désirée répéterait en des termes proches mais néanmoins légèrement différents les mêmes choses, s'il existe deux lettres différentes ou si l'un des deux auteurs (Masson ou Edmond de Beauverger dans le Dictionnaire Napoléon) cite la lettre de manière déformée.
Dernière édition par Frédéric Staps le 05 Mai 2007 7:34, édité 1 fois.
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Message par Drouet cyril » 03 Fév 2007 8:25

On peut donc supposer sans grands risques de se tromper qu'il cite cette lettre d'après Masson (ou un autre auteur) et non d'après l'original, ce qui pourrait expliquer qu'il ne la cite pas davantage dans son intégralité
.

Je n'en sais rien, mais peux seulement vous dire que Castelot donne des passages qui ne se retrouvent pas dans la lettre rapportée par Masson. Les deux auteurs se complètent.


Salutations respectueuses.
Dernière édition par Drouet cyril le 03 Fév 2007 16:28, édité 1 fois.
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Message par Joséphine » 03 Fév 2007 16:11

Il est décidément bien difficile de voir la vérité, même avec les sources!
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Message par Frédéric Staps » 05 Mai 2007 8:04

Drouet cyril a écrit :
Pierre Desmarest a écrit :Y a-t-il eu plusieurs lettres ?

Peut-être ? Mais peut-être qu'il s'agit tout simplement de la même lettre.

Il s'agit bien de deux lettres différentes si l'on se réfère au livre Lettres d'amour à Désirée, Joséphine, Marie et Marie-Louise publié en 2005 aux éditions l'Archipel.
La première daterait de janvier 1796 :
Par où commencerai-je, pour vous peindre l'affreuse situation dans laquelle votre lettre m'a plongée ? Mais quelle était votre intention ? Etait-ce de m'accabler ? Ah ! vous n'avez que trop réussi. Oui, cruel, vous m'avez réduite au désespoir. Ce mot de rompre "toute liaison" me fait frémir. Je croyais avoir trouvé en vous un ami que j'aurais aimé pour la vie. Pas du tout, il faut que je cesse de vous aimer; car mon imagination ne trouve aucun expédient pour faire consentir à notre union. Jamais je ne pourrai me décider de parler à mes parents, qui, me voyant dans l'intention de m'établir, me désespéreraient pour me faire accepter celui que j'ai refusé. Voilà mon ami - ah ! qu'il me soit permis de vous donner encore ce nom -, voilà ce qui m'a fait passer une nuit des plus cruelles, qui me parut cependant moins affreuse que cette journée parce que, étant seule dans ma chambre, j'ai pu laisser couler mes larmes avec abondance. Mais aujourd'hui combien j'ai souffert, obligée de paraître avec un visage gai. Me voici un peu plus à mon aise, je puis pleurer et vous ouvrir mon coeur. Vous voyez tout ce qui se passe dans ce coeur, qui jusqu'à ce moment n'avait éprouvé que des sentiments doux et paisibles auxquels ont succédé les tourments les plus affreux. Que faut-il faire, mon ami ? Conduisez-moi, soyez toujours mon ami, mais ne soyez que cela. Pouvez-vous vous plaindre ? Je vous ai donné tout ce qui m'appartenait : mon estime et mon amitié. Si ces sentiments ne peuvent pas vous suffire - aurai-je la force de le prononcer ? -, nous cesserons de nous voir. Ah ! combien il va m'en coûter... Mais peu importe ! Que ne ferais-je pour vous savoir heureux. Adieu, mon ami, puisse un coeur plus fortuné que le mien faire votre bonheur.

La seconde, bizarrement datée du 7 mars 1796, soit deux jours avant le mariage de Napoléon et de Joséphine, contient ceci :
Vous m'avez rendue malheureuse pour toute la vie, et j'ai encore la faiblesse de vous tout pardonner. Vous êtes donc marié ! Il n'est plus permis à la pauvre Eugénie de vous aimer, de penser à vous... A présent, la seule consolation qui me reste est de vous savoir persuadé de ma constance, après quoi je ne désire que la mort. La vie est un supplice affreux pour moi depuis que je ne puis plus vous la consacrer... Vous marié ! Je ne puis m'accoutumer à cette idée; elle me tue... Jamais je ne me marierai... Je vous souhaite toutes sortes de bonheurs et de prospérités dans votre mariage. Je désire que la femme que vous avez choisie vous rende aussi heureux que je me l'étais proposé et que vous méritez; mais au milieu de votre bonheur, n'oubliez pas Eugénie et plaignez son sort.

Les lettres de Napoléon auxquelles répondaient les lettres de Désirée ne semblent pas avoir été conservées.
En revanche, voici ce que Napoléon écrivait à Désirée le 31 août 1795 :
Quant à moi, je t'assure, si je pouvais être heureux loin de toi, je le serais. J'ai des amis, beaucoup de considération, des fêtes, des parties. Mais loin de ma tendre Eugénie, il peut exister pour moi quelque plaisir, quelques jouissances, mais pas de bonheur. Jouissons donc bien vite, ma bonne amie, hâtons-nous d'être heureux, le temps vole, les saisons se renouvellent et la vieillesse arrive. Je t'embrasse un million de fois. Ton cher ami pour la vie.
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Message par CC » 03 Oct 2007 17:28

Il est de coutume de dire que Joséphine s'est rajeunie pour son mariage. Elle aurait agi par coquetterie.

Bernard Chevallier, dans "douce et incomparable Joséphine" nous livre une version légèrement différente:


Elle s’est pliée à un caprice de Napoléon, cautionnant ainsi une inexactitude flatteuse pour elle – ce n’est l’ailleurs pas la seule irrégularité de ce mariage précipité – qui, si elle ne trompe personne, sauve du moins les apparences. Bonaparte se soucie alors autant de soigner les convenances que de saisir les opportunités favorables à sa carrière. Et le général craint par-dessus tout le ridicule de passer pour un freluquet épousant une vieillesse. Il redoute les qu’en-dira-t-on si vite colportés dans une société où chacun s’observe et où aucun geste ne semble jamais gratuit. Si l’on veut une preuve supplémentaire de son obsession à combler l’écart d’âge qui le sépare de sa femme, il suffit , ouvrir l’Almanach impérial. Chaque année, durant tout l’Empire, l’édition de cette publication officielle fixera ne varietur la date de naissance de Joséphine au 24 juin 1768, et pour mieux accréditer la supercherie elle rajeunira Eugène d’un an afin de rendre plus plausible la date de naissance officielle de sa mère !

(p.103 - 104)

On est loin des papiers uniquement pris à la hâte et donc inexacts.
:shock:
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Message par CC » 10 Oct 2007 17:33

Joséphine et Alexandre de Beauharnais:

Les liens conjugaux se resserrent. Depuis 1791, Alexandre s’est racheté par une attitude irréprochable de sa mauvaise conduite envers sa femme. Les griefs remontent à des faits qui ont près de dix ans ; il n’y a certainement pas prescription dans l’esprit de Joséphine, mais elle lui a rendu son estime en même temps que sa confiance. Leur réconciliation prélude à leur séparation : le 22 juillet, le nom de Beauharnais figure dans la liste des quarante-cinq prisonniers appelés devant le Tribunal révolutionnaire. Alexandre périt victime de l’odieuse « conspiration des Carmes » inventée de toutes pièces par Barère pour réduire la surpopulation carcérale. Les mots touchants par lesquels il termine sa lettre d’adieu à Joséphine, écrite quelques heures avant de monter à l’échafaud, effacent définitivement les outrages d’ hier.

« Adieu mon amie ; console-toi par mes enfants, console-les en les éclairant, et surtout en leur apprenant que c’est à force de vertus et de civisme qu’ils doivent effacer le souvenir de mon supplice, et rappeler mes services et mes titres à la reconnaissance nationale. Adieu, tu sais ceux que j’aime ; sois leur consolateur, et protège par tes soins ma vie dans leur cœur. Adieu, je te presse, ainsi que mes chers enfants, pour la dernière fois de ma vie contre mon sein. »



Bernard Chevallier, Joséphine - p 72
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Message par CC » 10 Oct 2007 17:44

Vous trouverez la dispute et la réconciliation sur cette page:

http://www.napoleonprisonnier.com/napol ... phine.html

:fleur:
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Message par CC » 12 Oct 2007 18:27

Napoléon et Joséphine: la dernière entrevue, la dernière lettre.

Bernard Chevallier, Douce et incomparable Joséphine - Payot, 1999 (p208-209)

Le 30 avril 1812, à onze heures vingt du matin, l’empereur, sans se faire annoncer, arrive à Malmaison en calèche découverte par un temps magnifique, accompagné par le grand maréchal Duroc, le maréchal Mortier, le général Durosnel et trois personnes du service. Joséphine a tout juste le temps de l’accueillir au débouché du petit pont qui ouvre sur le vestibule du château. Les anciens époux s’embrassent tendrement puis font quelques pas dans le jardin, sans chercher à se dérober à la vue des personnes de leurs suites. Qu’ont-ils bien pu se raconter pendant l’heure et demie où ils sont restés ensemble (on sait que l’empereur est parti à exactement une heure moins dix) ? Sans doute l’a-t-il entretenue de son départ imminent pour la campagne de Russie. De retour chez elle, Joséphine laisse éclater sa joie comme après chaque rencontre avec Napoléon nais elle ignore alors qu’elle l’a vu pour la dernière fois.

L’empereur ne reviendra plus à Malmaison parce que Marie-Louise, informée de sa visite malgré les précautions qu’il a prises pour la lui cacher, lui en fait reproche. Désormais, les anciens époux ne correspondent plus que d’une manière épisodique. Leur destin est scellé, jusqu’à cette dernière lettre de l’empereur à Joséphine, écrite depuis Fontainebleau le 16 avril 1814, trois jours après sa tentative d’empoisonnement. « Adieu, ma chère Joséphine, résignez-vous ainsi que moi, et ne perdez jamais le souvenir de celui qui ne vous a jamais oubliée et ne vous oubliera jamais. »


http://www.napoleonprisonnier.com/napol ... ml#dernier
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Message par Joséphine » 14 Oct 2007 11:30

C'est émouvant.
Ils s'aimaient ces deux-là!
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Message par CC » 21 Déc 2008 16:39

Mémoires intimes de Napoléon 1er par Constant:
p.317


L’impératrice Joséphine était d’une taille moyenne, modelée avec une rare perfection : elle avait dans les mouvements une souplesse, une légèreté, qui donnaient à sa démarche quelque chose d’aérien, sans exclure néanmoins la majesté d’une souveraine. Sa physionomie expressive suivait toutes les impressions de son âme, sans jamais perdre de la douceur charmante qui en faisait le fond. Dans le plaisir comme dans la douleur, elle était belle à regarder ; on souriait malgré soi en la voyant sourire… Si elle était triste, on l’était aussi. Jamais femme ne justifia mieux qu’elle cette expression, que les yeux sont le miroir de l’âme. Les siens, d’un bleu foncé, étaient presque toujours à demi fermés par ses longues paupières, légèrement arquées, et bordées des plus beaux cils du monde; et quand elle regardait ainsi, on se sentait entraîné vers elle par une puissance irrésistible. Il eût été difficile à l’impératrice de donner de la sévérité à ce séduisant regard ; mais elle pouvait, et savait au besoin, le rendre imposant. Ses cheveux étaient fort beaux, longs et soyeux ; leur teint châtain clair se mariait admirablement à celui de sa peau, éblouissante de finesse et de fraîcheur Au commencement de sa suprême puissance, l’impératrice aimait encore à se coiffer le matin avec un madras rouge, qui lui donnait l’air de créole le plus piquant à voir.

Mais ce qui, plus que tout le reste, contribuait au charme dont l’impératrice était entourée, c’était le son ravissant de sa voix. Que de fois il est arrivé à moi, comme à bien d’autres, de nous arrêter tout d’un coup en entendant cette voix, uniquement pour jouir du plaisir de l’entendre ! On ne pouvait peut-être pas dire que l’impératrice était une belle femme, mais sa figure, toute pleine de sentiment et de bonté mais la grâce angélique répandue sur toute sa personne en faisaient la femme la plus attrayante.


Et en note, 573:

Laure Junot disait : « Si elle avait eu des dents, je ne dis pas jolies ou laides mais seulement des dents, elle aurait certainement effacé à la cour consulaire bien des femmes qui ne la valaient pas. »
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Message par CC » 21 Déc 2008 17:19

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Message par bastet » 22 Déc 2008 13:11

.......Homme politique lucide ou administrateur tatillon, ces manuscrits révèlent les différentes facettes du personnage historique. Même celles les plus intimes… "On voit un autre homme, on voit un financier, on voit un diplomate, on voit un père de famille, on voit un grand amoureux...", lance Gérard Lhéritier. "Un amoureux transi de Joséphine qui a été l'amour de sa vie, comme chacun le sait, ajoute Pascal Fulacher. Mais dans ses lettres, il s'exprime avec ses tripes, avec beaucoup d'émotions." Fougueux, émouvant mais aussi lucide et attentif, Napoléon l'a été. Loin de la légende, cette exposition, qui s'achève au mois de mars, met en relief les contours de cet homme au destin hors-norme qui bouleversa l'Histoire de l'Europe.

Bonjour! je me souviens qu'ici même on déniait à Napoléon d'avoir été amoureux de Joséphine...Relevé dans l'avant-propos à une expo qui se tient à Paris. Et bien avant, Bainville,- de" haute vulgarisation" ce qui implique qu'il y a une basse vugarisation,- avait écrit dans son Napoléon que l'Emprereur était un homme de Lettres, un homme du livre...

Voici donc encore une mise en valeur du Mythe de Napoléon! Décidément certains n'apprendront jamais rien....

"L'Angleterre en exilant à Sainte-hélène l'empereur deux fois déchu commit une lourde imprudence; n'aurait-elle pas eu quelque excuse si elle avait fait fusiller ce héros du banditisme international? Pendant cinq années, Napoléon plaide pour sa politique. Il dicte ses mémoires, crée de lui-même une image nouvelle. Cette transfiguration, - où le Blocus Continental occupe peu de place-, est d'une considérable portée historique, car elle permet le bonapartisme qui triomphera aumilieu du siècle, avec le Second Empire. Ainsi naît le mythe de Napoléon, cachant sous un masque d'idéalisme l'âpreté de ses convoitises et leur fatalité"
Léon- E. Halkin, le mythe de Napoléon in Initiation à la critique historique.

Néanmoins, une très bonne étude avec une belle conclusion, presque lyrique:
"Comme tous les mythes il appartient à l'histoire. Il a pesé sur elle. Il est générateur d'histoire" ce qui sonne pour moi comme une reconnaisance de sa grandeur. Mais appréciation toute subjective.
"Mes vers fuiraient doux et frais/Vers votre jardin si beau/Si mes vers avaient des ailes/Des ailes comme l'oiseau"
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