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Histoire de fous
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Frédéric Staps
Réfractaire impénitent


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Posté le: 05 Jan 2010 20:56
Sujet du message: Histoire de fous
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Je suis occupé à lire la très intéressante Histoire de la folie de Claude Quétel, parue au mois de septembre.

Il n'y est guère question de la période napoléonienne. Voici cependant ce qu'on peut lire (p. 278) :
Citation:
Il faut se demander quel est l'état des lieux à la fin de l'Empire et sous la Restauration. Il suffirait de dire qu'il n'est pas fameux. En 1818, le "Rapport au roi sur la situation des hospices, des enfans trouvés, des aliénés, de la mendicité et des prisons dresse le bilan : "De toutes les infirmités qui accablent l'homme, l'aliénation mentale est celle qui mérite le plus d'intérêt, puisqu'elle le prive de toutes ses facultés, et qu'elle le frappe dans tous les âges, dans tous les rangs, dans toutes les conditions. C'est cependant celle à laquelle on s'est le moins occupé d'offrir des secours. [...] Les grandes améliorations qui ont été faites dans le régime des hôpitaux ne se sont étendues qu'en peu d'endroits au sort des aliénés."

En fait, ce qui caractérise surtout l'époque, c'est le vide juridique complet en la matière. La Révolution, après avoir aboli les lettres de cachet qui, malgré leur réputation d'arbitraire, offrait paradoxalement un certain cadre à l'enfermement des malades mentaux, s'était contentée de promulguer des lois pour pénaliser ceux qui laisseraient "divaguer" (non pas au sens moral du terme, mais au sens concret Wink ) les insensés et les bêtes sauvages, mais n'avait absolument fixé aucune règle à l'enfermement. Le Consulat et l'Empire, pourtant si fertiles en matière législative, n'apportèrent rien de nouveau. En fait, il faut attendre juin 1838 pour qu'une loi sur les "aliénés" soit enfin votée.
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Frédéric Staps
Réfractaire impénitent


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Posté le: 08 Jan 2010 22:10
Sujet du message:
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Aussi incroyable que cela puisse paraître, la première utilisation des électrochocs à des fins thérapeutiques sur un mélancolique remonte à l'époque de Napoléon. C'est en effet en 1804 que l'Italien Giovanni Aldini soumet un mélancolique à "l'action de la pile galvanique" (voir Claude Quétel, Histoire de la folie, p. 363).

Le même Giovanni Aldini s'était apparemment livré dès 1802 à quelques expériences un peu macabres en soumettant les têtes de deux jeunes brigands décapités à Bologne à des chocs électriques pour essayer de comprendre "la machine humaine animale".
http://www.evolutionnews.org/aldinism.jpg
http://www.evolutionnews.org/2007/11/meet_the_materialists_part_3_f.html
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Posté le: 09 Jan 2010 14:57
Sujet du message:
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Je n'ai pas tout compris à l'article (en fait je ne l'ai pas lu) mais j'ignorais que cette technique encore utilisée il y a peu remontait à si longtemps.
Je pense que maintenant ils l'ont abandonnée.

Les "mélancoliques" ce sont nos actuels "dépressifs"?

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Auteur Message
Frédéric Staps
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Posté le: 09 Jan 2010 17:00
Sujet du message:
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Je l'ignorais aussi jusqu'à ce que je le découvre en lisant le livre de Claude Quétel.
Quant à établir une équation mélancoliques = dépressifs, j'éviterai personnellement de le faire dans la mesure où j'estime que les diagnostics rétrospectifs en matière de "maladie mentale" sont tout à la fois extrêmement délicats et sans grand intérêt. Jusqu'au début du 19e siècle, la classification des "maladies mentales" était particulièrement floue et obscure. C'est en fait dans le courant du 19e siècle (mais après l'Empire) que des classifications plus systématiques commencent à être proposées, mais, dans un premier temps, chaque nouvelle classification proposée ne correspondait pas aux classifications précédentes.
Il faut attendre la seconde moitié du 19e siècle, voire le début du 20e siècle pour voir apparaître une terminologie encore employée de nos jours. Le terme paranoïa par exemple avait été utilisé pour la première fois en Allemagne en 1772, mais c'est seulement au début du 20e siècle qu'il est adopté en France pour désigner "une hypertrophie du moi, la méfiance et la fausseté du jugement". De même, c'est seulement en 1911 que le Suisse Eugène Bleuler propose le terme de schizophrénie pour désigner ce que l'on appelait jusque-là "démence précoce".
Un mélancolique pouvait donc être un dépressif, mais il pouvait aussi s'agir de quelqu'un souffrant du délire de persécution. A l'époque, la dépression qui ne se serait caractérisée que par un état de profonde tristesse n'était pas nécessairement regardée comme une maladie qui aurait justifié des essais de traitement. Il est probable que le mélancolique soumis à "l'action de la pile galvanique" par Giovanni Aldini souffrait d'autre chose que d'un état dépressif.
Voici ce qu'Aldini écrivait sur les effets de son "traitement" :
"Ce n'était plus un homme sombre et abattu; une gaieté douce se répandait sur tout son visage."
Quand on lit ça, on aurait tendance à se dire que les "électrochocs" d'Aldini transformaient un "imbécile malheureux" en "imbécile heureux".
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Posté le: 09 Jan 2010 18:10
Sujet du message:
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http://www.doctissimo.fr/html/psychologie/consulter/les_therapies/8162-electrochocs-traitements.htm

cette méthode inventée dans les années 30

A ce que je vois, on n'est pas les seuls à croire cette technique plus récente.

Mais son usage est réservé à des indications particulières, telle que la dépression résistante aux traitements. Dans ce cas, les électrochocs semblent efficaces dans plus de 80 % des cas ! Elle est également indiquée dans les dépressions "ou le risque vital est élevé", en clair, si les pulsions suicidaires sont fortes. Elle serait même efficace dans la prévention des rechutes dans la dépression récidivante ! En outre, cette technique peut être utilisée dans certains cas sévères de schizophrénie.

Ce qui me faisait comparer les "mélancoliques" et les "dépressifs".
Mais comme les terminologies ont changé, et qu'en plus il ne s'agissait que des premiers essais, c'est vrai qu'il est impossible de comparer.

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Auteur Message
Frédéric Staps
Réfractaire impénitent


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Posté le: 09 Jan 2010 18:30
Sujet du message:
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Citation:
Aujourd'hui encore, cinquante ans après l'apparition des thérapeutiques biologiques, l'électrochoc est toujours là sous le nom de "sismothérapie", ou encore "électroconvulsiothérapie" (ECT). Son administration a beaucoup évolué : sous anesthésie générale et avec curarisation pour limiter les effets secondaires. Le consentement "éclairé" du patient est requis, ou s'il n'est pas en état de le donner, celui de son tuteur légal. En dépit de controverses, on comptait néanmoins 70 000 ECT par an en France et 200 000 en Grande-Bretagne en 1999. C'est dire que cette thérapie n'est pas résiduelle. Les indications restent en effet nombreuses : efficacité curative à court terme sur les dépressions majeures mais aussi sur le moyen terme, tantôt en association, tantôt en lieu et place de thérapeutiques pharmacologiques. Au-delà de son indication de toujours dans ce qu'on appelait autrefois la mélancolie, l'ECT est considéré comme efficace dans les "exacerbations symptomatiques schizophréniques", ainsi que, de façon moins probante, dans des cas difficiles d'épilepsie.
Claude Quétel, p. 497
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