L'analyse du parcours de Napoléon par Napoléon

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L'analyse du parcours de Napoléon par Napoléon

Message par Pour l'Histoire » 12 Juil 2015 16:48

" C'était un bel empire, j'avais quatre-vingt trois millions d'êtres humains à gouverner; plus que la moitié de la population de l'Europe Entière.


On aura beau retrancher, supprimer, mutiler, il sera difficile de me faire disparaître tout à fait. Un historien Français, sera obligé d'aborder l'empire, et s'il a du coeur, il faudra bien qu'il me restitue quelque chose, qu'il me fasse ma part, et sa tâche sera aisée car les faits parlent, ils brillent comme le soleil.


J'ai refermé le gouffre de l'anarchie et débrouillé le chaos. J'ai excité toutes les émulations, récompensé tous les mérites, ai reculé les limites de la gloire. Sur quoi pourrait-on m'attaquer qu'un historien ne puisse me défendre? Mon despotisme? Mais il démontrera que la dictature était de toute nécessité.


M'accusera-t'on d'avoir trop aimé la guerre? Il montrera que j'ai toujours été attaqué. D'avoir voulu la monarchie universelle? Il fera voir qu'elle ne fût que l'oeuvre fortuite des circonstances, que ce furent nos ennemis eux-mêmes qui m'y conduisirent pas à pas."


Amicalement

Posté sur le forum Pour l'Histoire par FA8 le 13/02/2004 10:50
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Message par Frédéric Staps » 12 Juil 2015 16:48

Napoléon a écrit :C'était un bel empire, j'avais quatre-vingt trois millions d'êtres humains à gouverner; plus que la moitié de la population de l'Europe Entière.

Non seulement Napoléon se donne l'absolution, mais en plus il se congratule. Il se laisse subjugué et grisé par sa puissance.
Napoléon a écrit :On aura beau retrancher, supprimer, mutiler, il sera difficile de me faire disparaître tout à fait.

L'angoisse de Napoléon semble être que l'on veuille le faire sombrer dans l'oubli, alors que ce qui nuit le plus à son image est justement la connaissance précise de ce qu'il a véritablement fait.
Napoléon a écrit :Un historien Français, sera obligé d'aborder l'empire, et s'il a du coeur, il faudra bien qu'il me restitue quelque chose, qu'il me fasse ma part, et sa tâche sera aisée car les faits parlent, ils brillent comme le soleil.

Toujours la même angoisse : n'être plus rien, lui qui a été tant. Curieuse conception de ce qu'est avoir du coeur d'ailleurs. Comment Napoléon n'avait-il pas conscience que quelqu'un qui aurait du coeur puisse frémir à la vue de certains de ses actes ? Sans doute parce qu'il n'avait ni remords ni regrets et certainement aucun sentiment de culpabilité.
Napoléon a écrit :J'ai refermé le gouffre de l'anarchie et débrouillé le chaos.

Se prend-t-il pour Hercule ?
Napoléon a écrit :J'ai excité toutes les émulations, récompensé tous les mérites, ai reculé les limites de la gloire.

Il n'y a pas de doute : Napoléon a une très haute idée de lui-même et de son "oeuvre".
Napoléon a écrit :Sur quoi pourrait-on m'attaquer qu'un historien ne puisse me défendre?

C'est donc bien dans les écrits de Napoléon lui-même que l'on peut trouver l'origine de la vision manichéenne qui partage les historiens entre napoléoniens et anti-napoléoniens, entre défenseurs et détracteurs. Merci, ô grand Napoléon, d'avoir tout faussé dès le départ.
Napoléon a écrit :Mon despotisme? Mais il démontrera que la dictature était de toute nécessité.

Plus fort encore. La plupart récuse également les termes de despotisme et de dictature. Seul un anti-napoléonien extrêmiste peu parler de dictature à propos de Napoléon. Donc Napoléon est lui-même un des premiers anti-napoléoniens extrêmistes. :wink:
Napoléon a écrit :M'accusera-t'on d'avoir trop aimé la guerre? Il montrera que j'ai toujours été attaqué.

On remarquera que Napoléon ne démend pas catégoriquement d'avoir trop aimé la guerre. Il justifie simplement ce goût un peu excessif, par une contrevérité
Napoléon a écrit :D'avoir voulu la monarchie universelle? Il fera voir qu'elle ne fût que l'oeuvre fortuite des circonstances, que ce furent nos ennemis eux-mêmes qui m'y conduisirent pas à pas.

Pauvre, pauvre, pauvre Napoléon, victime de ses ennemis et obligé par eux d'essayer de conquérir la monarchie universelle. Mais n'est-ce pas un peu bizarre comme défense. La monarchie universelle n'est-elle pas une valeur positive ? Pourquoi Napoléon doit-il s'en défendre ?

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 12/03/2004 22:20
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Message par Pour l'Histoire » 12 Juil 2015 16:48

Et revoila le mythe de l'Ogre sanguinaire, sans pitié et sans coeur !
Si certains ont tendance à comparrer l'Empereur à Dieu, vous avez une facheuse tendance à le diaboliser ! :roll:


Posté sur le forum Pour l'Histoire par hypolite le 13/03/2004 09:30
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Message par Frédéric Staps » 12 Juil 2015 16:48

hypolite a écrit :Et revoila le mythe de l'Ogre sanguinaire, sans pitié et sans coeur !

Où voyez-vous ça ? Il n'est pas question de mythe, mais d'une lecture des paroles de Napoléon lui-même que certains, on ne sait trop pourquoi, continuent à trouver admirables, alors qu'elles sont plutôt effarantes.
hypolite a écrit :Si certains ont tendance à comparrer l'Empereur à Dieu, vous avez une facheuse tendance à le diaboliser !

Quand on connaît un peu l'histoire de Napoléon, lire un tel texte est assez insupportable. Se donner pareillement raison sur tout en prétendant que les gens qui ont "du coeur" ne pourront qu'être d'accord avec lui est de très mauvais goût. Napoléon n'est sans doute pas le seul responsable des guerres qui ont déchiré son époque, mais sa certitude d'avoir fait au mieux alors que pas mal de ses actes ont été à l'origine de grandes souffrances pour beaucoup de ses contemporains devient même écoeurante. Pas un mot de regret pour déplorer les horreurs de la guerre.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 13/03/2004 13:55
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Message par Frédéric Staps » 12 Juil 2015 16:49

Wagram a écrit :Je ne vois pas très bien en quoi Napoléon se congratule, je vois là une énumération de la vérité pure et simple, tout au plus une certaine fièrté, on le serait à bien moins. Le temps ou il s'est laissé subjugué par sa toute puissance et bel et bien révolu en 1817, il y à là plutôt une certaine nostalgie de la grandeur, c'est différent.

On peut effectivement voir les choses de cette manière. Toutefois, c'est un peu oublier la manière dont cette empire s'est construit et comment il fallait assurer sa persistance. Sans la guerre, cet empire n'aurait jamais été ce qu'il a été et son maintien ne dépendait que de la victoire dans la guerre. Ce rappel donne donc une résonance assez particulière à la formule : "C'était un bel Empire".
Wagram a écrit :Plutôt qu'on dénature son oeuvre, quand on a accomplis tant pour son pays, n'est-il pas légitime de ne pas vouloir sombrer dans l'oubli?

Cela n'a effectivement rien d'illégitime. Mais cette angoisse est quand même un peu surprenante. On aurait pu s'attendre à ce que Napoléon envisage l'avenir avec plus de sérénité.
Wagram a écrit :N'est-ce pas le rôle des ses mémoires que de se rappeler à la face du monde? Je crois bien au contraire que c'est la méconnaissance profonde de Napoléon, de son époque et la complexité du contexte qui nuisent le plus à son image.

Je ne peux guère partager cette opinion, même si effectivement il s'écrit parfois des choses assez absurdes sur Napoléon. Une bonne connaissance de l'histoire du Consulat et de l'Empire ne conduit pas nécessairement à admirer sans réserves l'homme qui mena les destinées de la France à cette époque.
Wagram a écrit :Encore la bonne vieille soupe à base de légende noire et de dénigrement systématique, le Napoléon tyran, insensible etc :clap: , vous tombez dans les mêmes excès (inverse) que ces Napoléoniens que vous critiquez tant.

Je cherche toujours l'expression de regrets ou d'un quelconque sentiment de culpabilité chez Napoléon. Je n'ai par contre pas parler d'insensibilité. Quant au mot "tyran", je ne vois pas très bien ce qu'il vient faire dans ce contexte.
Wagram a écrit :Et vous pour Derrick? ;)

Ce gag a une curieuse résonance sur ce forum. :cry:
Wagram a écrit :Dommage que la lucidité envers soi-même passe souvent pour de la haute opinion. De la haute estime envers son oeuvre, près de 200 ans après, des millions de gens de part le monde en ont.

Pourquoi éprouvez-vous le besoin de devoir justifier Napoléon d'avoir une haute opinion de lui-même puisque cette opinion semble fondée ? C'est un des traits de personnalité de Napoléon qui ne semble guère devoir être contesté. Certes, ça ne me le rend pas spécialement sympathique. Mais en quoi les admirateurs de Napoléon peuvent-ils être dérangés qu'il ait eu une juste opinion de lui-même ?
Wagram a écrit :Vous éxagérez tout et vous faites passer les Napoléoniens pour des gens peu cultivés, c'est bien dommage, bien évidemment que Napoléon a excercé une dictature!.. et de toute nécessité, je ne vois pas bien qui pourrait prétendre le contraire? A moins d'une personne à peu près ignard en la matière.

Certaines personnes se sont parfois indignées à la lecture de cette affirmation sur d'autres forums. Et on introduit parfois un subtil distinguo entre dictateur au sens romain du terme et dictateur au sens moderne, en se disant que Napoléon rentre dans la première catégorie, alors que si on lit la définition attentivement, il est clair qu'il rentre plutôt dans la seconde. Maintenant, j'avoue avoir écrit cette phrase avec l'intention de provoquer une réaction dans un sens ou dans un autre. J'ai donc obtenu l'effet recherché.
Wagram a écrit :Je n'ai pour ma part jamais chercher à faire passer l'Empereur pour un pacifiste, il ne voulait pas la guerre mais il ne l'a jamais craint.

Non seulement il ne l'a jamais craint, mais sans elle, il ne serait pas devenu ce qu'il est devenu.
Wagram a écrit :Pour la contrevérité, effectivement c'est un peu enjolivée le "j'ai toujours été attaqué"

C'est une manière de rejeter sur les autres l'entière responsabilité des guerres. Ce n'est pas très glorieux comme méthode. On se serait attendu à ce que Napoléon assume davantage certaines de ses actions.
Wagram a écrit :néanmoins la réalité n'est pas si loin que cela, la rupture de la paix d'Amiens due au gouvernement Anglais et bel et bien à la base de toutes les guerres baptisées à tort "guerres Napoléoniennes".

La base réelle, c'est plutôt les guerres révolutionnaires et les premières conquêtes réalisées qui ont dû être consolidées. Donc ce n'est pas à proprement parler Napoléon le réel responsable. Il n'a toutefois à aucun moment envisagé d'essayer de remédier aux causes profondes de ces guerres, comptant généralement sur sa capacité à gagner pour mettre un terme aux conflits.
Wagram a écrit :Cette rupture mène à Austerlitz, Iéna, au blocus continental etc. Napoléon le résume bien lui même "j'étais forcé d'abattre sous peine d'être d'abattu".

C'est en partie vrai, mais en partie seulement. On ne pourra jamais déterminer avec certitude quelle aurait été l'attitude des autres pays européens si, au moment de la signature des divers traités de paix, Napoléon avait appliqué les mêmes principes que Louis XV lors de la signature de la paix de la guerre de succession d'Autriche. Que se serait-il effectivement passé si Napoléon avait restitué aux vaincus tous les territoires conquis ? Aurait-il eu cette paix à laquelle il disait aspirer pour gouverner la France ?
Wagram a écrit :J'aime assez le titre "Napoléon, l'otage de l'Europe".

Le film qui porte ce titre relate le séjour à Sainte-Hélène. N'est-ce pas à cela qu'il faisait essentiellement référence ?
Wagram a écrit :Si vous commenciez par admettre qu'il a beaucoup oeuvré contre une reprise des hostilités envers Albion en 1803, vous commenceriez sérieusement à ne pas en rire du côté victime.

A la lecture des différentes informations sur le sujet, il m'est difficile de pouvoir admettre une telle chose. Et avant Sainte-Hélène, il m'est également très difficile de percevoir Napoléon comme une victime. Par contre, beaucoup de gens ont été victimes de sa politique et de celle des autres puissances européennes, car il faut faire bonne mesure. Je n'approuve pas plus l'attitude de l'empereur d'Autriche qui incite les Tyroliens à la révolte en 1809 pour ensuite les laisser tomber quand il connaît des revers militaires aux abords du Danube que je n'approuve la répression de cette révolte par les Français et les Bavarois.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 19/03/2004 18:32
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