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Napoléon et la diplomatie
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Pour l'Histoire



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Posté le: 12 Juil 2015 17:58
Sujet du message: Napoléon et la diplomatie
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Une faiblesse : la diplomatie

L'Empereur a l'initiative diplomatique; ses collaborateurs ne sont que des conseillers. Il mène les discussions avec des monarques qu'il rencontre en plusieurs occasions - le 25 juin 1807, l'entrevue de Tilsit, après Friedland le 14 juin, réunit l'Empereur, le tsar et le roi de Prusse; l'entrevue d'Erfurt, du 27 septembre au 14 octobre 1808, réunit l'Empereur, le tsar et les souverains vassaux. L'intervention de princes supplantant leurs ambassadeurs ou plénipotentiaires n'est plus une nouveauté. Depuis la rencontre de Pillnitz, les souverains européens sont des acteurs présents dans la diplomatie, donnant à leurs rencontres un caractère que n'avaient pas les anciens congrès. La mondanité l'emporte sur la connaissance des dossiers, le charme influence les décisions. Le tsar Alexandre a été ébloui par la reine Louise de Prusse. Napoléon lui-même possède une séduction certaine, exerce une fascination autour de lui par ses qualités supérieures, joue de sa sensibilité et de ses colères, combine les grâces, les bons mots, les emportements. Sa grande faiblesse est d'avoir lui-même cru à ce jeu subtil des apparences. Il n'a jamais compris l'ardente passion patriotique de la reine de Prusse, qu'il qualifie parfois de « furie », ni le caractère profondément russe du tsar Alexandre, « ce Grec du Bas-Empire ». Homme de la Révolution, il est étranger à l'esprit du XVIIIe siècle qui imprègne les représentants de la cour d'Autriche. Passionné de l'Italie, il n'a pas senti que Marie-Caroline de Naples, autre « furie », raisonnait en princesse de la maison de Habsbourg, épouse d'un Bourbon. Homme nouveau, il ne voit pas que, même quand ils le craignent, ou admirent son intelligence, les monarques méprisent en lui le parvenu, et qu'il n'existe aucun francophile dans le monde des ambassadeurs - Mettemich (1773-1859), en poste à Paris puis ministre des Affaires étrangères, moins que tout autre.
De là le caractère superficiel des ententes conclues entre le vainqueur et les vaincus, et la position de retrait adoptée par les ministres des Relations extérieures, réduits par l'Empereur au rôle de commis, le ministère étant devenu une sorte d'état-major sans initiative. Talleyrand, prince de Bénévent, ministre jusqu'en 1807, cupide, sceptique, mais aux vues exactes face à la démesure impériale, se retire après Tilsit. Il continue à animer dans son hôtel parisien un réseau d'intrigues internationales, possède une clientèle personnelle dans tous les petits États européens où il a vendu dès 1797 son influence et sa protection, s'est lui-même vendu à Metternich. Il est lié à la cour de Russie par le mariage de son neveu avec Dorothée de Courlande, il est renseigné par ses créatures qui peuplent les ministères, les ambassades, les bureaux. Conscient des périls des nationalismes et des impérialismes russe et anglais, il entend rétablir l'équilibre européen tel qu'il était conçu au XVIIIe siècle, et doit pour cela modérer les ambitions de l'Empereur, quitte à le trahir, ou à partir. Seul, il continuera une sorte de diplomatie secrète qui s'imposera au grand jour en 1814. Ses successeurs n'ont pas ses qualités. Champagny (1756-1834), duc de Cadore, issu lui aussi de la noblesse de l'Ancien Régime, artisan du rapprochement avec l'Autriche et du mariage avec Marie-Louise, est insignifiant. Maret (1763-1839), duc de Bassano, est un inconditionnel de l'Empereur. Caulaincourt (1772-18217), duc de Vicence, a la tâche difficile de faire face à l'effondrement de l'Empire.
Subalternes, les ambassadeurs et leurs secrétaires, autres exécutants, n'ont pas de grand rôle à jouer. Ce sont parfois des généraux que l'Empereur veut fidéliser, mais ils peuvent être bien maladroits: ainsi, Lannes ou Junot, à Lisbonne, sont trop brutaux, le premier entre mars 1802 et juillet 1804, le second entre avril et octobre 1805; Caulaincourt, à Saint-Pétersbourg entre décembre 1807 et mai 1811, devient l'ami trop intime d'Alexandre. Ce sont parfois de simples techniciens, souvent de valeur, cornme le Badois Otto, ministre plénipotentiaire à Munich entre octobre 1803 et janvier 18 10, puis ambassadeur à Vienne jusqu'en mars 1813. Enfin, ce sont parfois des émigrés que l'Empereur cherche à se rallier, mais qui restent le plus souvent distants : ainsi, Chateaubriand (1768-1848), un moment secrétaire de légation à Rome, d'Aguesseau, ministre plénipotentiaire à Copenhague entre mai 1802 et mai 1805, ou Nicolaï, plénipotentiaire à Karlsruhe entre janvier 1812 et novembre 1813.

Jean-Pierre Bois, De la paix des rois à l'ordre des empereurs, 1714-1815. Nouvelle histoire des relations internationales, t. 3, Paris, 2003, pp. 340-342.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 21/05/2004 07:54
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