Pauline nymphomane ?

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Pour aborder les habitudes, les grands évènements, le mode de vie...
Pour poser vos questions sur la période du Premier Empire.

Pauline nymphomane ?

Message par Frédéric Staps » 17 Oct 2008 16:41

Sur un autre forum où je n'ai pas la liberté de m'exprimer, Drouet Cyril a écrit :« La vérité éclatait : les débordements sexuels de Pauline avaient une cause, et une conséquence, la nymphomanie d’une part, qui ne laissait guère d’espoir de guérison mais permettait même d’augurer des rechutes, et de chronicité de l’affection, la salpingite d’autres part, maladie sexuellement transmissible. »
(Pauline Bonaparte Princesse Borghèse, Gilbert Martineau)

« Les spécialistes qui, par la suite, examineront le rapport de Hallé, affirmeront que le cas de Pauline présente deux sortes d’affection : la première, une salpingite –autrement dit une inflammation des ovaires-, était tout à fait curable, la seconde, plus délicate à traiter, était une forme d’hystérie sexuelle qui confinait à la nymphomanie. »
(Pauline Bonaparte Princesse Borghèse, Antonio Spinosa)

« Plus que souffrante, épuisée, Pauline ne contient pas son ardeur amoureuse. Non pas ardeur qui serait vive et resterait dans le cadre normal des impulsions sexuelles. C’est une forme élémentaire irrésistible. Elle pousse à l’accomplissement de l’acte sexuel, qui n’apporte la satisfaction qu’un moment, et encore imparfaitement. C’est la nymphomanie. »
(Etude médicopsychologique sur Pauline Bonaparte, H. Pharlange)

Même son de cloche chez Georges Blond, Pauline Bonaparte La nymphomane au cœur fidèle.


[...]

J'ai en ma possession quatre biographies de Pauline. Trois parlent ouvertement de nymphomanie.

Si je suis entièrement d'accord avec Cyril sur le fait qu'il n'y a aucune raison valable de considérér que la lettre que le docteur Hallé a envoyée au docteur Peyre ne doit pas être utilisée comme n'importe quel document historique pour étudier la période de l'Empire, je suis en revanche nettement moins convaincu du bien-fondé d'en tirer un diagnostic d'une maladie imaginaire comme la "nymphomanie".

La médecine contemporaine s'accorde à reconnaître que la nymphomanie est une invention des médecins du 19e siècle qui considéraient non pas du tout pour des raisons médicales, mais pour des raisons culturelles et morales, que la liberté sexuelle des femmes était une maladie (alors que celle des hommes était tout à fait admise et encouragée par ces mêmes médecins).
On pourra notamment trouver une claire mise au point sur le caractère scientifique de la nymphomanie dans Jean THUILLIER, La folie. Histoire et dictionnaire, Paris, 1996.
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Message par bastet » 17 Oct 2008 18:34

Bonsoir! D'ailleurs les médecins avaient un terme pour qualifier la chose: hystérique, la femme était une hystérique. :pied:

Absolument d'accord avec vous ce qui choquait dans la liberté sexuelle des femmes, choquait pour des raisons surtout morales de ce fait culturelles, ou inversement comme vous voulez, ce qui choquait c'était le plaisir que la femme ne revendiquait pas encore mais que certaines vivaient librement, et donc une "punition" se devait d'être, cette soi-disant maladie. Pauvre Pauline! :pleure: encore poursuivie pour avoir aimé à la manière des hommes le plaisir...."Elle ne contient pas son ardeur amoureuse..elle pousse à l'accomplissement de l'acte sexuel"....Et il se trouve encore des messieurs pour le lui reprocher.
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Message par Frédéric Staps » 17 Oct 2008 21:04

bastet a écrit :Et il se trouve encore des messieurs pour le lui reprocher.

Et des femmes pour qualifier les historiens et historiennes de la sexualité de rapporteur de "ragots de caniveau". :pasbien:
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Message par bastet » 17 Oct 2008 21:16

Effectivement la sexualité intéresse certains historiens et historiennes... Mais je reste libre de considérer que n'étant pas médecins ils exploitent un secteur de la connaissance qui n'est pas particulièrement le leur, néanmoins chacun reste libre d'écrire ce qu'il veut du moment que les lecteurs sont là.
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Message par Frédéric Staps » 17 Oct 2008 21:47

bastet a écrit :que n'étant pas médecins ils exploitent un secteur de la connaissance qui n'est pas particulièrement le leur

En quoi serait-ce le domaine des médecins ? L'histoire de la sexualité, c'est aussi l'histoire du mariage, domaine dans lequel les médecins n'ont aucune compétence, car cela relève plutôt du domaine juridique ou moral.
A vous lire, on devrait conclure aussi que l'histoire de la criminalité ne devrait être traitée que par des juges, des flics ou des criminels, l'histoire politique par des hommes politiques, l'histoire militaire par des militaires, l'histoire de la cuisine par des cuisiniers, l'histoire religieuse par des théologiens, l'histoire agricole par des agriculteurs et l'histoire de l'esclavage par personne puisqu'il n'y a plus en Europe ni de maîtres ni d'esclaves.
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Message par bastet » 18 Oct 2008 0:20

" Il faudrait qu'après l'avoir lu, personne n'osât parler, de peur de dire quelque chose qui s'y trouve" disait Flaubert de son dictionnaires des idées reçues.
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Message par Frédéric Staps » 18 Oct 2008 7:28

Je vous ai déjà dit que ce n'est pas en faisant croire que les autres font ce que vous faites que vous allez faire croire que vous ne l'avez pas fait. :roll:
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Message par CC » 18 Oct 2008 10:01

Pierre Desmarest a écrit :
bastet a écrit :que n'étant pas médecins ils exploitent un secteur de la connaissance qui n'est pas particulièrement le leur

En quoi serait-ce le domaine des médecins ?


Pour poser un nom de "maladie" sur des comportements, ne faudrait-il pas être médecin?

Ce qui n'empêche l'un ou l'autre de pouvoir donner un avis... mais à prendre alors comme avis et non comme vérité établie.
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Message par Frédéric Staps » 18 Oct 2008 18:03

CC a écrit :Pour poser un nom de "maladie" sur des comportements, ne faudrait-il pas être médecin?

Depuis quand la sexualité est-elle une maladie ? :shock:
Sur Wikipédia, le commentaire qu'on peut lire sur les travaux de Kraft-Ebing est sans appel : "ce type de recherches est tombé en désuétude."
A nouveau (même si cela a été coupé), je ne peux que recommander la lecture du livre d'Yvonne Kniebiehler, La sexualité et l'histoire. Malgré le grand âge de son auteure au moment de sa rédaction (80 ans), c'est un ouvrage qui met en lumière tout l'intérêt des recherches historiques dans le domaine de la sexualité, sans aucun caractère racoleur, et qui fait apparaître aussi de manière évidente que ce sont les historiens les personnes les plus habilitées à faire des recherches historiques, quoi qu'en pensent certains.
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Message par CC » 18 Oct 2008 18:19

Hihi! Je n'ai jamais dit que la sexualité était une maladie.
Par contre le titre du sujet, lui, fait référence à une "maladie" de Pauline. Non?
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Message par Frédéric Staps » 18 Oct 2008 20:06

CC a écrit :Par contre le titre du sujet, lui, fait référence à une "maladie" de Pauline. Non?

Il m'avait semblé que le seul point sur lequel Bastet semblait d'accord avec moi, c'était pour considérer que la nymphomanie était une maladie imaginaire inventée par les médecins du 19e siècle pour stigmatiser ce qui leur faisait horreur, à savoir la liberté sexuelle au féminin. Il paraîtrait dès lors particulièrement absurde (mais bon, ce n'est pas impossible, vu ce qui a été écrit par ailleurs) de considérer que l'étude de la sexualité dans une perspective historique doive rester le monopole des médecins sur base du fait que des médecins, qui confondaient préjugés misogynes et approche scientifique objective, ont décrété que la multiplication des aventures amoureuses et sexuelles chez la femme était une maladie alors que ce même comportement chez les hommes était tout à fait sain. :fou:
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Message par CC » 18 Oct 2008 23:43

Absolument. Ce n'est pas moi qui vais contredire ce point. :D

Il est donc d'autant plus malvenu de prendre comme référence sur ce point des livres non écrits par des médecins.

Sans doute que les personnes en question l'ont fait de bonne foi, prenant pour argent comptant l'avis éclairé de ceux qui parlaient de cette "maladie".

Je n'ai pas lu les ouvrages en question, mais peut-être mentionnent-ils le fait qu'elle passait alors pour nymphomane ce qui n'a pas le sens que d'affirmer qu'elle l'aurait bien été.
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Message par Frédéric Staps » 19 Oct 2008 8:19

CC a écrit :Il est donc d'autant plus malvenu de prendre comme référence sur ce point des livres non écrits par des médecins.

Jean Thuillier au livre duquel j'ai fait référence pour écrire que la nymphomanie n'était plus de nos jours considérée comme une véritable maladie est psychiatre, mais pour la partie historique de son ouvrage, il n'a pas hésité pas à se réfèrer à des ouvrages d'historiens ou de philosophes qui ne sont pas médecins alors que la folie semble (mais cela n'a pas toujours été si clairement le cas) relever plus du domaine de la médecine que la sexualité.
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Message par CC » 19 Oct 2008 10:39

Il faut aussi voir le fait que les médecins ou psy divers qui désirent donner leur avis sur l'état de santé de quelqu'un de mort (par exemple sur les causes de la mort de Napoléon) sont bien obligés de se référer aux livres déjà écrits, aux mémoires etc.
Impossible de faire autrement.

Quant à l'opinion de certains sur les femmes, leur sexualité et leurs maladies bien connues, elle relève plus de la bêtise et du machisme que d'une connaissance réelle en la matière.
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Message par bastet » 19 Oct 2008 13:33

Oui, chère CC, trop souvent et derrière cela se cache la vieille peur masculine de la femme, sorcière si possible lubrique, plus convenablement on appelle cela misogynie....Oh!là!là je vois déjà l'ombre de Pierre Desmarest se projeter sur la page...
:paix:
Bonne après-midi à vous :bras:
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