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Napoléon et l'opium du peuple
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Pour l'Histoire



Inscrit le: 11 Juil 2015
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Posté le: 12 Juil 2015 16:52
Sujet du message: Napoléon et l'opium du peuple
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L'attitude de Napoléon a l'égard de la religion est assez tortueuse.
D'un point de vue personnel, Napoléon n'accordait pas beaucoup de place à Dieu dans sa vie. Il expliquera à Sainte-Hélène au général Bertrand qu'un sermon entendu dans sa jeunesse où le prédicateur annonçait que César, Caton et Alexandre grillaient en Enfer l'avait scandalisé et poussé à rejeter un grand nombre de croyances religieuses. Fut-il athée ou simplement déiste ? Rejeta-t-il toute croyance en Dieu ou se contenta-t-il de douter ? C'est une question controversée que ne règlent pas les dispositions de son testament. En effet, même si Napoléon y annonce mourir dans la foi chrétienne, il pourrait finalement ne s'agir que de l'expression d'un dernier doute pour le cas où... Mais à aucun moment dans sa vie, il ne semble avoir été influencé par un soudain scrupule qui lui aurait été inspiré par la religion.
D'un point de vue politique, l'attitude de Napoléon est tout autre. Il préfère ne pas vraiment laisser à l'ensemble de ses concitoyens la possibilité d'adopter la même attitude que lui. Le scepticisme ou l'athéisme doivent rester le fait d'une minorité. Pour les autres, il entend donc utiliser la religion comme d'un moyen pour favoriser un comportement moral et aussi pour imposer son autorité. Le catéchisme impérial prône en effet la soumission à l'Empereur.
C'est donc sans doute en grande partie dans la perspective d'instrumentaliser la religion qu'il signe le Concordat avec le pape. Il essaiera d'ailleurs par la suite d'imposer au pape emprisonné des mesures complémentaires pour renforcer son contrôle sur l'Eglise catholique.
Cette double attitude de Napoléon, sceptique voire athée pour lui-même, catholique pour imposer le respect à ses concitoyens, est peut-être un des rares cas où un souverain essaiera aussi ouvertement d'utiliser la religion de la manière dont la qualifiera ultérieurement Karl Marx, c'est-à-dire comme "opium du peuple".

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 16/02/2004 17:12
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Posté le: 12 Juil 2015 16:52
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Très bonne analyse !


Amicalement


Posté sur le forum Pour l'Histoire par FA8 le 16/02/2004 18:26
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Posté le: 12 Juil 2015 16:52
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A Sainte-Helene Napoleon avait eu ces mots sur la religion:
Citation:
Dieu est partout visible dans l'univers, et bien aveugles ou bien faibles sont les yeux qui ne l'aperçoivent pas. Pour moi je le vois dans la nature entière, je me sens sous sa main toute-puissante, et je ne cherche pas à douter de son existence, car je n'en ai pas peur. Je crois qu'il est aussi indulgent qu'il est grand, et je suis convaincu que revenus dans son vaste sein nous y trouverons confirmés tous les pressentiments de la conscience humaine, et que là sera bien ou sera mal, ce que les esprits vraiment éclirés ont declaré bien ou mal sur la terre. Je mets de côté les erreurs des peuples, qu'on peut reconnaitre à ce trait que l'erreur de l'un n'est jamais celle de l'autre, mais ce que les grands esprits de toutes les nations auront declaré bon ou mauvais, restera tel dans le sein de Dieu. Je n'ai point de doute a cet égard, et malgré mes fautes je m'approche tranquillement de la souveraine Justice. Je suis moins sûr de mon fait lorsque j'entre dans le domaine des religions positives. Là je rencontre à chaque pas la main de l'homme, et souvent elle m'offusque et me choque... Mais il faut ne pas céder à ce sentiment, dans lequel il entre beaucoup d'orgueil humain. Si, en mettant de côté les traditions nationales, dont tous les peuples ont compliqué la religion, on y trouve la notion de Dieu, la notion du bien et du mal fortement professées, c'est l'essentiel. Pour moi j'ai été dans les mosquées, j'y ai vu les hommes agenouillés devant la puissance éternelle, et bien que mes habitudes nationales fussent souvent froissées, pourtant je n'y ai point éprouvé le sentiment du ridicule. La calomnie travestissant mes actes, a dit qu'au Caire j'avais professé l'islamisme, tandis qu'à Paris, devant le Pape, je jouais le catholique. En tout cela il y a quelque chose de vrai, c'est que même dans les mosquées je trouvais du respectable, et que sans y être ému comme dans les églises catholiques oú mon enfance a été élevée, j'y voyais l'homme a genoux humiliant sa faiblesse devant la majesté de Dieu. Tou religion qui n'est pas barbare a droit à nos respects, et nous chrétiens nous avons l'avantage d'en avoir une qui est puisée aux sources de la morale la plus pure. S'il faut les respecter toutes, nous avons bien plus de raison de respecter la nôtre, et chacun d'ailleurs doit vivre et mourir dans celle où sa mère lui a enseigné à adorer Dieu. La religion est une partie de la destinée. Elle forme avec elsol, les lois, les moeurs, ce tout sacré qu'on appelle la patrie, et qu'il ne faut jamais déserter. Pour moi, quand a l'époque du Concordat quelques vieux révolutionnaires me parlaient de faire la France protestante, j'étais révolté, comme si on m'avait proposé d'abdiquer ma qualité de français pour devenir Anglais ou Allemand.

Sur l'utilite de la religion Napoleon avait dit:
Citation:
La Société ne peut exister sans la religion. Quand un homme meurt de faim à côté d'un autre qui regorge, il est impossible de lui faire admettre cette différence s'il n'y a pas là une autorité qui lui dise: Dieu le veut ainsi, il faut qu'il y ait des pauvres et des riches dans le monde mais ensuite, et pendant l'éternité, le partage se fera autrement.

La religion est encore une sorte d'inoculation ou de vaccine qui, en satisfaisant notre amour du merveilleux nous garantit des charlatans et des sorciers; les prêtres valent mieux que les Cagliostro, les Kant et tous les rêveurs de l'Allemagne.

Est-ce que la religion catholique ne parle pas bien plus à l'imagination des peuples par la pompe de ses cérémonies que par la sublimité de sa morale? Quand on veut électriser les masses il faut avant tout parler à leurs yeux.

Napoleon fut favorable surtout a une religion pragmatique copable d'etablir un ordre social:
Citation:
Je ne vois pas dans la religion le mystère de l'incarnation, mais le mystère de l'ordre social.

Les philosophes se tourmentent: ils bâtissent des systèmes, mais ils cherchent en vain une meilleure doctrine que celle du christianisme qui a réconcilié l'homme avec lui-même et garanti le repos et l'ordre public des peuples, tout aussi bien que le bonheur et l'espérance des individus.


Posté sur le forum Pour l'Histoire par the argie le 18/02/2004 22:12
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Posté le: 12 Juil 2015 16:52
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Si il parait clair que Napoléon n'était pas un athée, il est tout aussi évident qu'il n'avait rien de "Catholique" ! Sa vision du Divin me semble plus proche de l'animisme ou du Paganisme que du pur Christianisme ! :wink:

Posté sur le forum Pour l'Histoire par hypolite le 19/02/2004 11:08
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Posté le: 12 Juil 2015 16:52
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hypolite a écrit:
Si il parait clair que Napoléon n'était pas un athée

La chose n'est pas aussi claire que vous le pensez. Certains aspects de la pensée qu'il exprime dans le texte cité par Argie font penser à l'approche de Spinoza qui en son temps avait été qualifié d'athée, comme la religion bouddhique est parfois considérée comme une religion sans dieu.
hypolite a écrit:
il est tout aussi évident qu'il n'avait rien de "Catholique" !

Cela non plus, ce n'est pas aussi évident que vous le dites. Quand il dit : "S'il faut les respecter toutes, nous avons bien plus de raison de respecter la nôtre, et chacun d'ailleurs doit vivre et mourir dans celle où sa mère lui a enseigné à adorer Dieu", la référence au catholicisme est évidente.
De même quand il écrit : "Pour moi, quand a l'époque du Concordat quelques vieux révolutionnaires me parlaient de faire la France protestante, j'étais révolté, comme si on m'avait proposé d'abdiquer ma qualité de français pour devenir Anglais ou Allemand", même si on décèle ici plutôt un côté "nationaliste" à son attachement au catholicisme.
hypolite a écrit:
Sa vision du Divin me semble plus proche de l'animisme ou du Paganisme que du pur Christianisme !

Comme bien souvent, vous projetez sur Napoléon ce que vous voudriez qu'il soit. Mais avant de dire que Napoléon serait animiste ou païen (ce qui est d'ailleurs probablement différent), il faudrait que vous expliquiez clairement ce que vous entendez par là. Les animistes sont ceux qui voient des divinités dans les phénomènes naturelles (la foudre, les sources, etc). C'est un qualificatif qu'on utilise souvent pour désigner les religions des populations dites "primitives". Cela ne paraît donc guère adapté pour qualifier l'attitude de Napoléon qui semble fortement marquée par la philosophie de Lumières.
Le paganisme se définit souvent en opposition au christianisme. En Chine, dans la première moitié du 20e siècle, on parlait ainsi des païens pour désigner les non-chrétiens. C'est donc un terme également flou qui ne peut que très difficilement être rattaché à une religion précise. Il est probable maintenant que vous voulez faire référence à la religion paîenne de l'Antiquité romaine. Mais en quoi pouvez-vous dire que Napoléon aurait de telles croyances ?

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 21/02/2004 17:37
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Posté le: 12 Juil 2015 16:52
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dans le texte principal de the argie il apparait tout de même que napoléon est plus déiste qu'athée, il y a notamment la notion d'être jugé après sa mort sur ses actes

ce qui est intéressant dans le message d'origine de Staps c'est de bien faire le distingo entre ce que napoléon l'homme privé pense de Dieu et de la religion, et ce que Napoléon l'homme d'État fait de la religion comme outil de cohésion sociale.

L'homme privé voit Dieu un peu comme l'Horloger de Voltaire, ce qui me fait le qualifier de déiste, l'utilisation de l'expression "opium du peuple" par Staps concernant le chef d'état est très bien vue quand notamment il évoque le fait que la religion va faire accepter aux pauvres leurs conditions de pauvres avec l'espoir que dans l'au-delà ces différences soient gommées (le système le plus efficace au monde d'acceptation passive de sa condition restant tout de même le système des castes en Inde)


ce qui serait intéressant c'est de savoir à partir de quand exactement les hommes politiques en sont arrivés à considérer comme napoléon la religion au niveau d'un état avant tout chose comme un outil favorisant l'ordre social...(influence des lumières certes mais avant la révolution après...) je m'explique je parcoure en ce moment une biographie de Richelieu, il apparait clairement dans la biographie de ce personnage que la religion ne fut pas un choix, mais plus un pis-aller à la carrière des armes qu'il avait entrevue mais à laquelle par soumission à sa famille il a du renoncer, cependant bien que n'étant pas mystique ni dévôt Richelieu était pourtant bien un catholique convaincu, et son combat contre le protestantisme même s'il y avait une dimension d'empêcher toute faille dans l'adéquation catholicisme, religion d'état, cohésion du royaume (donc là encore une dimension "opium") il était pour lui évident que le catholicisme était naturel pour la france..la position de napoléon est tout autre, il choisit le concordat et la religion catholique parce qu'elle est la religion dominante des français (qui entre temps se sont organisés en nation, c'est flou pour nous ces notions en tout cas pour moi, peut-on dire par exemple que louis XIII et Richelieu raisonnaient en terme de nation celle-ci étant incluse dans la notion de royaume ?) mais accepte les autres religions notamment la judaïque pour peu qu'elle se soumette à la tutelle de l'état et se serait fait naturellement musulman s'il était parvenu à créer l'empire d'orient auquel il semblait aspirer en partant en égypte(peut-on dire en ce sens que napoléon est un laïc ? ça me vient à l'esprit suite à une lecture sur la conception d'un Tariq Ramadan qui considère le fait d'être musulman comme plus important que d'être citoyen d'un état [en l'occurence citoyen helvétique pour lui] conception très dangereuse mettant à mal à mon avis le pacte républicain)

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Cipriani le 22/02/2004 11:25
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Posté le: 12 Juil 2015 16:52
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Cipriani a écrit:
ce qui serait intéressant c'est de savoir à partir de quand exactement les hommes politiques en sont arrivés à considérer comme napoléon la religion au niveau d'un état avant tout chose comme un outil favorisant l'ordre social...

Pour moi, justement, Napoléon était l'un des premiers à tenir ce raisonnement. Je connais trop mal les positions d'Henry VIII pour pouvoir affirmer qu'il aurait été un précurseur dans le domaine. De même, pour Pierre le Grand, Frédéric II, Catherine II ou Joseph II. Louis XV, par contre, tout libertin qu'il était, avait néanmoins de grandes croyances religieuses et son confesseur a pu exercer par moments sur lui une réelle influence. Par contre, je n'ai jamais vraiment entendu rapporter d'anecdotes où un confesseur aurait infléchi une décision de Napoléon en raison de la religion. Tout au contraire, Napoléon entendait bien user des prêtres comme relais des directives du pouvoir auprès de la population. Sa conception est donc bien une religion au service de l'Etat et non un Etat qui se conformerait aux valeurs de la religion.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 22/02/2004 20:26
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