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Le retour de l'Aigle

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Le retour de l'Aigle

Message par Joker » 03 Mai 2006 23:23

Plusieurs officiers, gens de tête, étaient allés de Grenoble au devant de Napoléon. S'il n'avait pas réussi à la porte de Bonne, ils avaient tout préparé pour lui faire passer l'Isère près de la porte Saint-Laurent, qui est au pied de la montagne, et sur la montagne dite de la Bastille, le rempart n'est qu'un simple mur de jardin qui tombe de toutes parts.
Ces officiers donnèrent le conseil à l'empereur d'empêcher que ses soldats ne tirassent un seul coup de fusil, cela pouvant donner l'apparence de gens vaincus à ceux qui le joindraient. Peut-être la moitié de l'armée eût tenu ferme par point d'honneur.
La foule se jeta autour de lui. Ils le regardaient, ils saisissaient ses mains et ses genoux, baisaient ses habits, voulaient au moins les toucher ; rien ne pouvait mettre un frein à leurs transports. Napoléon n'était pas le représentant de son propre gouvernement, mais d'un gouvernement contraire à celui des Bourbons. On voulait le loger à l'hôtel de ville, mais il choisit une auberge tenue par un ancien soldat de son armée d'Egypte, nommé Monsieur Labarre. Là, son état-major le perdit absolument de vue ; au bout d'une demi-heure Jermanowski et Bertrand réussirent enfin, en employant toutes leurs forces, à pénétrer dans la chambre où ils le trouvèrent environné de gens qui paraissaient fous tant l'enthousiasme et l'amour leur faisaient oublier les plus simples égards qu'on emploie ordinairement pour ne pas étouffer les gens. Ses officiers parvinrent pour un moment à faire évacuer la chambre ; ils plaçaient des tables et des chaises derrière la porte pour prévenir une seconde invasion, mais ce fut en vain.
La foule parvint à entrer une seconde fois, et l'empereur resta deux heures, perdu au milieu d'eux, sans être gardé par le moindre soldat. Il pouvait mille fois être mis à mort si, parmi les royalistes ou les prêtres, il y avait eu un seul homme de courage.
Peu après, une foule de peuple apporta la porte de Bonne sous les fenêtres de son auberge. Ils s'écriaient : "Napoléon, nous n'avons pas pu vous offrir les clés de votre bonne ville de Grenoble, mais voici les portes."
Le lendemain, Napoléon passa la revue des troupes sur la place d'armes. Là encore il fut entouré par le peuple ; l'enthousiasme était à son comble, mais n'inspira aucun de ces actes serviles avec lesquels le peuple a coutume d'approcher les rois ; on cria constamment sous ses fenêtres et autour de lui : "Plus de conscription, nous n'en voulons plus et il nous faut une constitution." Un jeune Grenoblois (M. Joseph Rey) recueillit les sentiments du peuple et en fit une adresse à Napoléon.
Un jeune gantier, M. Dumoulin, chez lequel, deux jours auparavant, était venu se cacher un Grenoblois arrivant de l'île d'Elbe et chirurgien de l'empereur, offrit à celui-ci cent mille francs et sa personne. L'empereur lui dit : "Je n'ai pas besoin d'argent en ce moment ; je vous remercie, j'ai besoin de gens déterminés." L'empereur transforma le gantier en officier d'ordonnance et lui donna sur le champ une mission dont celui-ci s'acquitta fort bien. Ce jeune homme abandonna sur-le-champ un grand établissement.
Napoléon reçut les autorités, il leur parla beaucoup, mais ses raisonnements étaient trop élevés pour être compris par des gens accoutumés quatorze ans de suite à obéir à la baguette et à ne nourrir d'autres sentiments que la crainte de perdre leurs appointements. Ils l'écoutaient d'un air stupide et il n'en put jamais tirer une seule phrase qui partît du coeur.
Ses véritables amis furent les paysans et les petits bourgeois. L'héroïsme patriotique respirait dans toutes leurs paroles. Napoléon remercia les Dauphinois par une adresse imprimée à Grenoble.
Presque tous les soldats avaient leur cocarde tricolore au fond de leurs shakos. Ils l'arborèrent avec une joie inexprimable. Le général Bertrand qui faisait les fonctions de major général dirigea la garnison de Grenoble sur Lyon.
Dans son voyage de Grenoble à Lyon, Napoléon fit une grande partie du chemin sans avoir un seul soldat à ses côtés ; sa calèche était souvent obligée d'aller au pas ; les paysans encombraient les routes ; tous voulaient lui parler, le toucher, ou, tout au moins, le voir.
Ils montaient sur sa voiture, sur les chevaux qui le traînaient, et lui jetaient de tous côtés des bouquets de violettes et de primevères.
En un mot, Napoléon fut continuellement perdu dans les bras du peuple.

Stendhal, "Vie de Napoléon", 1818 (publié en 1929).
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Message par Frédéric Staps » 04 Mai 2006 8:27

Je n'arrive toujours pas à comprendre comment Stendhal, auteur d'un récit délicieusement ironique et désabusé de la bataille de Waterloo dans La chartreuse de Parme, peut avoir produit une Vie de Napoléon aussi plate et barbante. :cry:
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Message par Dalmatie » 17 Mai 2006 19:37

Bonsoir à tous,

J'aimerai citer un texte extrait de l'ouvrage "Les Maréchaux de Napoléon" de Louis Chardigny (édition tallandier) qui résume parfaitement mon sentiment vis à vis des 100 jours :

Ce vol de l'aigle, de clocher en clocher jusqu'aux tours de Notre-Dame, comme nous devrions le détester pour le mal qu'il nous a fait, et comme nous l'admirons pourtant ! Il est le type parfait de l'aventure de cape et d'épée si chère au coeur des Français. Il est aussi le seul évènement ayant coûté à une grande nation cinquante mille soldats, des territoires importants, deux à trois cent mille habitants, une occupation étrangère de trois années et une énorme indemnité de guerre, il est, dis-je, le seul évènement de ce genre qui ait été glorifié par des chants, des poêmes, des monuments, des plaques et des statues.



Amicalement

Dalmatie "bonne soirée"
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Message par Drouet cyril » 17 Mai 2006 20:39

Au constat de Chardigny, j'ajouterai la guerre civile.
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Message par CC » 17 Mai 2006 20:39

Comment ne pas admirer cette reconquête de la France sans un seul coup de feu?
C'est le héros bafoué qui revient, reconnu par tout un peuple, aimé de ses soldats, fui par l'opposition.
Devant lui, tout ne peut que plier - sans cris, sans armes.

C'est un héros de film, de légende ça!

La suite, évidemment... mais là, ce n'est plus le héros seul qui est en cause.
Lui, il avait d'autres désirs.
Non, la suite c'est une méchante coalition. :cry:
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Message par Drouet cyril » 17 Mai 2006 21:27

Le vol de l'Aigle est en effet impressionnant, mais il est diffcile de faire fi dans le même temps de la catastrophe que furent pour la France les Cent Jours, pièce dont le premier acte fut le fameux vol.
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Message par fulub » 17 Mai 2006 22:10

Non, la suite c'est une méchante coalition.
j'adore cette phrase cc
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Message par Drouet cyril » 18 Mai 2006 7:05

Si Napoléon a décidé par lui-même de s'envoler de son rocher elbois, il devait quand même bien se douter qu'il n'allait pas être le seul acteur de la pièce, où plutôt le seul à jouer dans ce qui apparait comme un coup de poker.


Salutations respectueuses.
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Message par Frédéric Staps » 18 Mai 2006 9:49

CC a écrit :Comment ne pas admirer cette reconquête de la France sans un seul coup de feu?

Ca aussi, c'est de la légende. Dominique de Villepin (je pense que c'est lui, mais cela pourrait aussi être Jean Tulard) signale qu'il y a eu au moment du vol de l'aigle quelques manifestations d'une "terreur napoléonienne". Je cite de mémoire, mais il était question de massacres du côté des Cévennes où des catholiques qui s'étaient mobilisés pour empêcher le retour de Napoléon avaient été massacrés par des protestants quand ils étaient rentrés chez eux après avoir constaté l'inutilité de leur action. Si quelqu'un a le livre sous la main, il serait bien aimable de rechercher le passage en question.
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Message par CC » 18 Mai 2006 12:11

Des coups de feu entre différents groupes alors?

Un début de guerre civile qui aurait pris de l'ampleur sans la réussite rapide et incontestable de Napoléon. :|
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Message par Frédéric Staps » 18 Mai 2006 16:11

Dans le cas cité, ça correspondrait plutôt à une "épuration des collabos" sur fond de querelles ancestrales. Venir dire que la réussite rapide de Napoléon y aurait mis un terme est une vision un peu orientée des choses, car, sans le retour de Napoléon, ces violences n'auraient probablement pas eu lieu. De même que la flambée de terreur blanche n'aurait pas eu lieu après la chute de Napoléon si celui-ci n'était pas revenu.
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Message par CC » 18 Mai 2006 16:15

Oui, bien évidemment.

Mais bon, disons qu'il n'est pas responsable directement en ce sens que ces personnes ont profité des circonstances pour donner libre cours à leurs rancoeurs.
N'importe quelle circonstance aurait sans doute fait leur affaire. :cry:
C'est le genre de personne qui profite du moindre battement pour se lancer dans la violence. :evil:
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Message par Frédéric Staps » 18 Mai 2006 16:31

On pourrait dire la même chose à propos de la Terreur blanche et de Louis XVIII, mais je ne suis pas sûr que si on faisait un procès à Louis XVIII avec un jury de "napoléoniens", il bénéficierait de la même indulgence. :lol:
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Message par CC » 18 Mai 2006 16:38

Mais je pensais la même chose justement, pour cette terreur-là.

Est-ce L18 qui a organisé les représailles?

On peut sans doute lui reprocher de ne pas avoir agi assez vite.
Mais a-t-il lancé des tueurs sur les routes?
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Message par Joker » 18 Mai 2006 23:46

Pour autant que je sache, c'est davantage Monsieur, le Comte de Provence, et sa clique d'ultras qui eurent ce genre de comportement.
Louis XVII était plutôt bonhomme et peu enclin à prôner des violences.
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