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Seconde tentative de la Sahla ?

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Seconde tentative de la Sahla ?

Message par Frédéric Staps » 01 Fév 2007 9:06

au mois d'avril 1814, l'entrée de ses compatriotes dans Paris lui procura sa liberté. Je n'ai pas su quelle fut alors sa position, sa conduite avec eux. Mais, dans les cent jours, il vint de nouveau se jeter en France. L'on a su à Paris que, le jour où Napoléon devait venir à la chambre des députés, un jeune étranger causa devant le palais de cette assemblée une explosion fulminante, dont lui-même fut atteint.

C'était ce même la Sahla !

Comment se trouvait-il là ? qu'était cette détonation ? C'est ce que je vais expliquer.

Il s'était présenté vers le 15 mai, sortant des lignes prussiennes, au commandant de Philippeville. Il demanda d'être conduit devant le ministre de la police, dont il disait être bien connu, et auquel il voulait faire d'importantes communications. Ma surprise fut grande à la nouvelle apparition du personnage ! La Sahla se hâta d'expliquer que, "revenu de ses premières préventions contre la personne et la politique de Napoléon, indigné surtout des traitements que le roi de Saxe, son souverain, éprouvait des puissances coalisées, il s'était dévoué entièrement contre une cause qui avait si mal répondu à ses espérances et à l'attente de toute l'Allemagne. Il avait reconnu, dit-il, les vues, les dispositions et les moyens de beaucoup de seigneurs saxons et polonais, qui l'avaient pressé de venir en faire part au gouvernement français... Il ne cacha point que, pour passer sans obstacles, il avait pris le parti de faire accroire aux généraux prussiens qu'il voulait reprendre et consommer son entreprise de 1811, contre Napoléon; ce qui lui avait procuré leur protection et toutes les facilités désirées. Il montra alors un petit paquet de poudre fulminante, qu'il offrit de déposer, et dont il démontrerait des applications très utiles pour l'artillerie.

L'on fit peu de cas de sa chimie. Ses mouvements sur la Saxe et la Pologne ne pouvaient être appréciés pour le moment. Mais sa manière franche de venir à découvert, se livrer à une autorité dont il avait tout à craindre, fit qu'au lieu de le détenir ou de l'expulser, on se borna à son égard aux moyens de surveillance. Il parcourait Paris avec beaucoup de curiosité, ayant des communications journalières avec moi, et portant toujours sur lui son échantillon de poudre, de peur de quelque accident s'il l'eût laissé dans une chambre à son hôtel; on sait que cette matière s'enflamme au moindre choc. Mais ce qu'il redoutait de l'imprudence d'autrui lui arriva à lui-même. Un jour de pluie, qu'il descendait de voiture, près de la chambre des députés, il glissa, tomba en arrière sur le pavé. Le choc fit prendre feu à la poudre, et l'explosion, en déchirant une partie de ses vêtements, lui imprima des plaies qui devinrent ensuite plus graves par l'action corrosive de cette substance. Conduit au poste militaire de la chambre, il se réclama de moi. J'étais alors dans la salle, où l'on me prévint sur le champ. Je le trouvai pâle, défait, en lambeaux et en sang. Coupant court à toute explication, je l'emmenai avec moi.

Le jour, le lieu, car Napoléon était attendu à la séance de la chambre, me donnaient de graves soupçons. La Sahla se défendit vivement et avec intelligence, entre autres moyens de justification, il me mit à même de vérifier que peu de temps avant il se trouvait sur le quai de Chaillot, n° 24, très près de la voiture de l'empereur qui se rendait au petit pas à la cérémonie du Champ-de-Mai. "Or, disait-il, si j'en voulais à sa vie, pourquoi n'aurais-je pas agi en ce moment ?" Mais il changea de langage quand l'armée prussienne vient encore une fois lui ouvrir sa prison, il se vantait alors de ce qu'il m'avait tant dénié; il m'affirma, à moi-même, son affreux projet avec détails, m'ayant appelé près de son lit pour me remercier et m'offrir ses bons offices auprès des chefs prussiens, il avait, à ce qu'il m'a dit, augmenté peu à peu chez divers chimistes sa provision de poudre, qui en effet était trop insignifiante pour nous donner de l'ombrage.

Dans l'incertitude où m'ont jeté ses assertions, car je doute encore aujourd'hui, je m'accuse non pas de négligence ou de légèreté, mais de faiblesse, causée par une erreur de générosité. Il fallait proposer son renvoi hors des frontières, ou sa réclusion. Toutefois, qu'on se rappelle que celui qui me trompait ainsi m'avait, naguère, refusé à moi de racheter sa liberté et sa vie par une parole fausse. Je croyais même avoir encore d'autres gages de sa foi et de son repentir... Mais qui peut compter sur l'homme possédé d'une pensée fanatique ? Saint-Réjant, qui s'était vivement opposé à l'assassinat de Hoche, vint-il pas exécuter le Trois Nivose à Paris ? Quoi qu'il en soit, je quittai la Sahla pour toujours, sans vouloir pénétrer plus avant dans ses relations prétendues avec l'état-major et le cabinet prussien.

Il est probable qu'elles devinrent peu satisfaisantes pour son amour-propre, car les journaux annoncèrent vers la fin de juillet; "que le jeune la Sahla, le même qui avait causé une explosion sur la place du Palais-Bourbon, venait de se précipiter du pont de Louis-Seize dans la Seine, d'où un prompt secours l'avait retiré." Un motif, dirai-je d'intérêt ou de curiosité, me porta à chercher à le voir. J'eus assez de peine à trouver son dernier logement (rue Michel-le-Comte). On l'y avait d'abord transporté, puis à l'hôpital de la Charité où il est inscrit au régistre : baron de la Sahla, né à Chaulan (Saxe), entré le 5 août 1815, malade d'une fièvre ataxique lente nerveuse, sorti le 8. Des renseignements ultérieurs m'ont certifié sa mort.


Desmarest, Témoignages historiques ou quinze ans de haute police sous Napoléon, Paris, 1833, p. 284-289.
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Message par Joséphine » 01 Fév 2007 17:11

J'ai lu, dans un roman, qu'il s'agissait d'un cousin de Staps. Est-ce exact, ou liberté de l'auteur?
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Message par Frédéric Staps » 01 Fév 2007 18:43

Ce n'est pas une liberté de l'auteur, c'est un non-sens. Le fait qu'Ernest von der Sahala faisait partie de la noblesse saxonne était un élément déterminant dans ses motivations. Frédéric Staps, en revanche, n'était qu'un obscur fils de pasteur.
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Message par Joséphine » 02 Fév 2007 18:47

Décidément les auteurs de romans ne se contentent pas de broder une histoire autour de l'histoire; ils arrangent aussi la vérité à leur façon. C'est dommage.
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Message par Frédéric Staps » 03 Fév 2007 0:09

Lors d'une des conversations que Desmarest a eue avec "l'accoucheur de Marie-Louise" (tel était le surnom dont les compagnons de détention avaient affublé la Sahla suite au fait qu'il espérait provoquer une fausse couche chez Marie-Louise en assassinant Napoléon juste avant la naissance), il a constaté avec un certain étonnement et une relative indignation que la Sahla tenait Staps en piètre estime.
Le lendemain, comprenant bien qu'il s'agissait d'être renvoyé chez lui sur la foi de sa promesse, même avec ses armes et en toute liberté, il [la Sahla] déclare que ses sentiments et ses principes s'opposaient à ce qu'il donnât la parole exigée, qu'au contraire s'il était libre, le devoir et sa volonté le portaient à poursuivre son opération. A ce sujet, il jeta quelques mots d'ironie sur Frédéric Staps, âme pusillanime apparemment et irrésolue ! J'appris ainsi, à mon grand étonnement, que le beau caractère et le courage de Staps étaient flétris au vain jutement de ces sectaires aveuglés.
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Message par Joséphine » 03 Fév 2007 16:18

La Sahla cherchait plus la renommée; Staps suivait seulement ce qui lui semblait juste. Les gens qui cherchent la reconnaissance avant tout méprisent ceux qui ont un coeur juste. C'est une notion qui les dépasse trop.
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