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Frédéric Staps
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Re: La sexualité des Françaises et des Français à l'époque de Napoléon

Message par Frédéric Staps » Dim 20 Déc 2020 14:01

Ce ne sont point les lois, c'est la nature même qui a fait le lot de chacun des sexes. La femme a besoin de protection parce qu'elle est plus faible, l'homme est plus libre parce qu'il est plus fort. L'obéissance de la femme est un hommage rendu au pouvoir qui la protège et elle est la suite nécessaire de la vie conjugale qui ne saurait subsister si l'un des époux n'était subordonné à l'autre. (Portalis, rédacteur du Code civil)
Citation extraite de la contribution de Gabrielle Houbre à Une histoire des sexualités, Paris, 2018.

A la suite de cette citation, Gabrielle Houbre ajoute ce commentaire :
Ainsi est justifié l'un des articles les plus significatifs du Code civil qui glisse du biologique vers le politique en stipulant que "le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari" (article 213). Il entérine l'inégalité des sexes et oriente sans ambiguïté la répartition du pouvoir au sein du couple conjugal. Au seuil du XIXe et jusqu'au XXe siècle, "la" femme est soumise à sa capacité maternelle : elle doit être mère éducatrice dans son foyer ou n'être rien. Sa sexualité n'est guère appréhendée par les médecins que dans cette perspective, en termes de fécondité.
« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? »

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Cipriani Franceschi
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Re: La sexualité des Françaises et des Français à l'époque de Napoléon

Message par Cipriani Franceschi » Lun 21 Déc 2020 1:07

Frédéric Staps a écrit : Dim 20 Déc 2020 14:01 Citation extraite de la contribution de Gabrielle Houbre à Une histoire des sexualités, Paris, 2018.
Cette auteur(e) enfonce une porte ouverte, il y a belle lurette qu'on savait le Code Napoléon de 1804 macho :shock:

Sauf qu'il serait sain de rappeler que le Droit est une matière vivante, Napoléon lui-même déclara que son Code Civil serait amené à évoluer

la notion de puissance paternelle notamment (le fameux pater familias) a disparue de notre législation en 1970, le Code Napoléon à son origine n'est que le reflet, la traduction dans les textes, d'une conception machiste de la société et d'une morale bourgeoise, ce qui ne l'a pas empêché d'être très efficace sur bien d'autres points, la preuve il existe toujours (en dépit de ses nombreux remaniements)
La nature l’avait doué de toutes les qualités nécessaires à un ministre de la Police (Comte Charles-Tristan de Montholon)

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Frédéric Staps
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Re: La sexualité des Françaises et des Français à l'époque de Napoléon

Message par Frédéric Staps » Lun 21 Déc 2020 18:07

Cipriani Franceschi a écrit : Lun 21 Déc 2020 1:07 Cette auteur(e) enfonce une porte ouverte, il y a belle lurette qu'on savait le Code Napoléon de 1804 macho :shock:
L'ouvrage dont étaient extraites ces citations est un ouvrage de synthèse rédigé par les différents spécialistes des époques abordées. Gabrielle Houbre avait publié en 1997 un excellent livre intitulé La Discipline de l'amour. L'éducation sentimentale des filles et des garçons à l'âge du romantisme. Dans ce livre, elle ouvrait de nombreuses portes dans un domaine qui n'avait jusque-là guère été étudié sous cet aspect.
Sa contribution au livre Une histoire des sexualités, dirigée par Sylvie Steinberg, elle-même auteur d'une étude novatrice sur La confusion des sexes. Le travestissement de la Renaissance à la Révolution (2001) n'avait nullement la prétention de révolutionner les connaissances, mais au contraire de présenter l'état actuel de la recherche dans ce domaine.
Il est donc tout à fait normal qu'elle mentionne des choses que l'on savait depuis "belle lurette". Ce serait au contraire tout à fait anormal qu'elle ne le fasse pas. Elle ne s'est toutefois pas limitée à répéter ce que tout le monde savait déjà, mais cite un texte peu connu de Portalis pour illustrer son propos.
Remettre en question l'utilité d'une telle synthèse équivaut à remettre en question l'utilité de la recherche historique et de l'enseignement de l'histoire.
Cipriani Franceschi a écrit : Lun 21 Déc 2020 1:07 Sauf qu'il serait sain de rappeler que le Droit est une matière vivante, Napoléon lui-même déclara que son Code Civil serait amené à évoluer
Pourriez-vous citer votre source ? C'est bien beau de dire que Napoléon a déclaré que son Code civil serait amené à évoluer, encore faut-il que ce soit exact.
Concernant le texte de Portalis, puisque comme le montre Gabrielle Houbre, il justifie la législation par des considérations d'ordre biologique, il apparaît assez clairement qu'il percevait cette législation comme dictée par le "droit naturel" et donc que ce point lui paraissait sans doute aussi immuable que s'il avait été dicté par le "droit divin".
Cipriani Franceschi a écrit : Lun 21 Déc 2020 1:07 la notion de puissance paternelle notamment (le fameux pater familias) a disparue de notre législation en 1970, le Code Napoléon à son origine n'est que le reflet, la traduction dans les textes, d'une conception machiste de la société et d'une morale bourgeoise, ce qui ne l'a pas empêché d'être très efficace sur bien d'autres points, la preuve il existe toujours (en dépit de ses nombreux remaniements)
Il existait en France une loi qui interdisait aux femmes le port du pantalon. C'était une loi du 7 novembre 1800 (antérieure au Code civil donc) et elle a seulement été abrogée le 3 février 2013. La persistance de cette loi ne démontre nullement son efficacité. Elle n'était en fait plus appliquée depuis très longtemps, voire elle n'avait jamais été réellement appliquée en France, à la différence du Chili qui avait peut-être hérité de cette loi en s'inspirant du Code Napoléon pour rédiger son Code civil en 1855 et où, lors du coup d'Etat de Pinochet en 1973, les militaires s'en prirent aux femmes qui portaient des pantalons.
« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? »

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