A tous âges les brocards se sont plaints des dix cors

Tout ce qui concerne la vie à l'époque de Napoléon
Bastet
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Re: A tous âges les brocards se sont plaints des dix cors

Message par Bastet »

Non ce n'est pas "une vague idée ne reposant sur rien" pour tous ceux qui ont étudié ou étudient le mythe et le sacré, symboles et rites, tels Mircea Eliade ou Julien Ries, "Le mythe est un système de communication, c'est un message" ou encore " le mythe est une parole choisie par l'histoire" Roland Barthes .
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Cyril Drouet
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Re: A tous âges les brocards se sont plaints des dix cors

Message par Cyril Drouet »

Bastet a écrit : Mar 18 Jan 2022 14:57 Non ce n'est pas "une vague idée ne reposant sur rien"
Je me plaçais basiquement au niveau de l'Homo sapiens.
Ainsi dire qu'un individu Homo sapiens est plus qu'un Homo sapiens, ne repose sur rien ; pas plus que de dire qu'une Parus major serait plus qu'une Parus major.
Après, dès que l'on ne place en dehors du champ défini par la classification des espèces, on peut partir très loin.
la remonte
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Re: A tous âges les brocards se sont plaints des dix cors

Message par la remonte »

" il ne suffit pas d'être un grand homme , il faut l'être au bon moment " . disait Pompidou
la France de Napoléon est ce bon moment , les vieux ne sont plus là ou se cachent et les talents se bousculent .
on peut inscrire dans le marbre par reconnaissance ; " qu'aucune génération ne peut assujettir par ses lois les générations futures " ! ... sauf que le conservatisme revient avec l'âge pas tant par conviction que par nécessité .
Ridley Scott dans son futur film va traiter de cette période avec un Bonaparte en chat botté , malheureusement ila du changer de Joséphine , ce ne sera plus celle de Jean de Carrouge qui je trouve faisait bien l'affaire :|
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Cyril Drouet
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Re: A tous âges les brocards se sont plaints des dix cors

Message par Cyril Drouet »

la remonte a écrit : Mar 18 Jan 2022 15:57 " il ne suffit pas d'être un grand homme , il faut l'être au bon moment " . disait Pompidou
Napoléon a dit quelque chose de ressemblant :
"Je ne serais pas venu, qu'il est probable qu'un autre aurait fait de même. La France aurait fini par conquérir le monde ! Je le répète un homme n'est qu'un homme. Ses moyens ne sont rien si les circonstances, l'opinion ne favorisent pas."
(Gourgaud, Journal de Sainte-Hélène)
la remonte
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Re: A tous âges les brocards se sont plaints des dix cors

Message par la remonte »

pendant que Chateaubriand est sur son chemin de Jérusalem , Napoléon rencontre un autre écrivain à Erfurt ; " vous êtes un homme " lui dit-il , qu'entend il par là ? en quoi Goethe serait-il plus homme ? est ce qu'à ses yeux comme l'avait fait Rousseau avec ses Rêveries , ses Souffrances valent autant ou plus que ce que lui même a accompli par la guerre ?
Des victoires accomplies qu'un Hoche ou un Bernadotte auraient pu faire à sa place avec des soldats exceptionnels , ceux de l'an II et du camp de Boulogne , tandis que réaliser un chef d'oeuvre était peut être son objectif premier . :idea:
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Frédéric Staps
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Re: A tous âges les brocards se sont plaints des dix cors

Message par Frédéric Staps »

la remonte a écrit : Mar 18 Jan 2022 17:24 Napoléon rencontre un autre écrivain à Erfurt ; " vous êtes un homme " lui dit-il
Qu'aurait-il dit s'il avait rencontré Jane Austen ? ;)
« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? »
la remonte
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Re: A tous âges les brocards se sont plaints des dix cors

Message par la remonte »

Ecce homo ?
" voici mon homme , voici l'homme " dit Napoléon comme Diogène qui souffla sa lanterne quand il rencontra un homme digne de ce nom .
c'est donc une admiration en miroir entre les 2 hommes en ce mois d'octobre 1808 ( et non 1806) .
Napoléon demande en fait à Goethe de venir à Paris écrire une pièce de théâtre sur Jules César ( pas comme celle de Voltaire qui pousse au régicide ) mais qui le représente en civilisateur comme lui dépassant les plans patriotiques .
en 1932 Paul Valéry reprendra , pour le centenaire de la mort de Goethe , cet espoir antinationaliste pour tenter de réconcilier les 2 nations :(
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L'âne
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Re: A tous âges les brocards se sont plaints des dix cors

Message par L'âne »

la remonte a écrit : Mer 19 Jan 2022 14:22 c'est donc une admiration en miroir entre les 2 hommes en ce mois d'octobre 1808...
Admiration....

"Le 2 (octobre 1808). Le maréchal Lannes et le ministre Maret ont, je pense, parlé de moi favorablement. – Je connaissais le premier depuis 1806. – Je suis mandé pour onze heures du matin chez l'Empereur. – Un gros chambellan, M. Pole, me dit d'attendre. – La foule s'éloigne. – On me présente à Savary et à Talleyrand. – Je suis appelé dans le cabinet de l'Empereur. – Dans ce moment, Daru se fait annoncer. Il est introduit aussitôt. – Cela me fait hésiter. – Je suis appelé une seconde fois. J'entre – L'Empereur est assis à une grande table ronde. Il déjeune. À sa droite, à quelque distance de la table, est Talleyrand ; à sa gauche, Daru avec qui il parle de contributions. – L'Empereur me fait signe d'approcher. – Je reste debout devant lui à une distance convenable. – Après m'avoir considéré un moment, il me dit : « Quel âge avez-vous ? – Soixante ans. – Vous êtes bien conservé. Vous avez écrit des tragédies ? » Je réponds le plus nécessaire. – Daru prend la parole. Pour flatter un peu les Allemands, auxquels il était obligé de faire tant de mal, il avait pris quelque connaissance de notre littérature. Il était d'ailleurs versé dans la littérature latine et avait même traduit Horace. Il parla de moi à peu près comme mes amis de Berlin en auraient parlé. Je reconnus leur manière de voir et leur sentiment. – Il ajouta que j'avais traduit des pièces françaises et, par exemple, le Mahomet de Voltaire. L'Empereur dit : « Ce n'est pas un bon ouvrage », et il développa avec détail combien il était peut convenable que le vainqueur du monde fît de lui-même une peinture si défavorable. – Il porta ensuite la conversation sur Werther, qu'il devait avoir étudié à fond. Après plusieurs observations tout à fait justes, il me signala un certain endroit et me dit : « Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel. » Et il développa sa thèse longuement et avec une parfaite justesse. Je l'écoutai, le visage serein, et je répondis, avec un sourire de satisfaction, que j'ignorais si jamais personne m'avait fait le même reproche, mais que je le trouvais parfaitement fondé, et je convins qu'on pouvait reprocher à cet endroit un défaut de vérité. « Mais, ajoutai-je, le poète est peut-être excusable de recourir à un artifice qui n'est pas facile à découvrir, pour produire certains effets, auxquels il ne serait pas arrivé par une voie simple et naturelle. » L'Empereur parut être de mon avis ; il revint au drame et fit des réflexions d'un grand sens, en homme qui avait observé avec beaucoup d'attention, comme un juge criminel, la scène tragique et qui avait profondément senti que le théâtre français s'était éloigné de la nature et de la vérité. Il en vint aux pièces fatalistes, et il les désapprouva. Elles avaient appartenu à un temps de ténèbres. « Que nous veut-on aujourd'hui avec le destin ? disait-il. Le destin, c'est la politique. » Il se tourna de nouveau vers Daru et lui parla de contributions. Je reculai de quelques pas et je me trouvai près de la tourelle où j'avais passé, plus de trente ans auparavant, bien des heures de plaisir et aussi de tristesse, et j'eus le temps de remarquer qu'à ma droite, vers la porte d'entrée, se trouvaient Berthier, Savary et quelqu'un encore. Talleyrand s'était éloigné. On annonce le maréchal Soult. Entre un personnage de haute taille à l'abondante chevelure. L'Empereur le questionne d'un ton badin sur quelques événements désagréables de Pologne, et j'ai le temps de jeter les yeux autour de moi dans la salle et de songer au passé. C'étaient toujours les anciennes tapisseries. Mais les portraits avaient disparu. Là, avait été suspendu celui de la duchesse Amélie, un demi-masque noir à la main, tous les autres portraits de gouverneurs et de membres de la famille. L'Empereur se leva, il vint droit à moi et, par une sorte de manoeuvre, il me sépara des autres personnes qui formaient la file où je me trouvais. Il tournait le dos à ces personnes et me parla en modérant sa voix. Il me demanda si j'étais marié, si j'avais des enfants et d'autres choses relatives à ma personne. Il me questionna aussi sur mes rapports avec la maison des princes, sur la duchesse Amélie, sur le prince, sur la princesse. Je répondis d'une manière naturelle. Il parut satisfait, et se traduisit ces réponses en sa langue, mais en termes un peu plus décidés que je n'avais pu le faire. Je dois remarquer aussi que, dans toute notre conversation, j'avais admiré chez lui la variété des formes approbatives, car il écoutait rarement en restant immobile. Ou bien il faisait un signe de tête méditatif et disait : « Oui » ou « C'est bien », ou quelque chose de pareil ; ou, s'il avait énoncé quelque idée, il ajoutait le plus souvent : « Qu'en dit monsieur Goethe ? » Je saisis l'occasion de demander par gestes au chambellan si je pouvais me retirer, et, sur sa réponse affirmative, je pris congé aussitôt."

Extrait de Mémoires de Goethe. Voyage, campagne de France et annales , Johann Wolfgang von Goethe, 1861.
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Frédéric Staps
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Re: A tous âges les brocards se sont plaints des dix cors

Message par Frédéric Staps »

la remonte a écrit : Mer 19 Jan 2022 14:22 Napoléon demande en fait à Goethe de venir à Paris écrire une pièce de théâtre sur Jules César ( pas comme celle de Voltaire qui pousse au régicide ) mais qui le représente en civilisateur comme lui dépassant les plans patriotiques .
en 1932 Paul Valéry reprendra , pour le centenaire de la mort de Goethe , cet espoir antinationaliste pour tenter de réconcilier les 2 nations :(
J'ai un peu de mal à comprendre en quoi ce projet aurait été antinationaliste. :shock:
« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? »
la remonte
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Re: A tous âges les brocards se sont plaints des dix cors

Message par la remonte »

Faut regarder sur YouTube la conférence de de Jacques Berchtold sur l’entrevue de Napoléon et Goethe
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